Génération 1871 : Paul Valéry et Marcel Proust : "la valeur absolue que l'on attachait aux mystères et aux promesses de l'art"

Paul Valéry évoque sa génération, celle de Marcel Proust - tous deux nés en 1871.

"Une génération "formée par le culte du beau". Ceci n'est pas ironie. Je note un fait - que je vois : un moment dont j'ai fait partie. Le rôle joué par l'idée vague et intense de "Beauté" sur les jeunes gens nés de 1870 à 1880 - (et d'un certain "milieu") est à noter. Il y a eu un moment où ce qu'on est convenu d'appeler Beau, Art etc. a failli devenir un culte - à mille sectes. Ce culte a assez mal tourné - de par le manque de l'homme qui l'eût établi. Sport et journalisme sont venus s'y mêler. Aussi bien devenait-il bête. Enfin l'humanitarisme, l'anarchie. Il en est resté sans doute un goût complexe mélangé de la Perfection, du Surhomme, de classique, de décadent, de progrès, de mystique, de philosophico-scientifique qui est encore notre fond commun. La guerre venue là-dessus."

(Paul Valéry, 1916
Cahiers Littérature,
Pléiade Cahiers II, page 1167)

"Cette époque presque religieuse à l'égard du beau, que nous avons vécue au temps de notre jeunesse. Cette jeunesse voyait dans l'art la seule issue, la seule culture désormais possible, des sentiments les plus élevés. L'acte de l'artiste, l'émotion communiquée par les oeuvres lui paraissaient les seuls objets indiscutables d'amour, de travail, de désir, les seuls moyens de rédemption; en somme, les seules certitudes qui lui fussent immédiates, soustraites à toute atteinte critique, qui donnassent enfin la force de la foi sans exiger aucune croyance."

(Paul Valéry, 1931,
allocution prononcée le 4 janvier 1931,
à l'occasion du cinquantenaire des Concerts Lamoureux : Au concert Lamoureux en 1893
Pléiade, Oeuvres II, page 1274)

"Notre certitude, c'était notre émotion et notre sensation de la beauté; quand nous nous retrouvions, quand nous écoutions toute la série des symphonies de Beethoven, des fragments éblouissants des drames de Wagner, une atmosphère extraordinaire se composait. Nous sortions en fanatiques, en dévots, en prosélytes de l'art ; car là, aucun subterfuge, aucun doute, aucune interposition entre nous et notre lumière. Nous avions senti ; et ce que nous avions senti nous donnait la force de résister à toutes les occasions de dispersion et à toutes les niaiseries et maléfices de la vie... Nous nous retrouvions avec une âme illuminée et une intelligence chargée de foi, tant ce que nous avions entendu nous paraissait une sorte de révélation personnelle et de vérité essentiellement nôtre. Le sérieux, la valeur absolue que l'on attachait aux mystères et aux promesses de l'art."

(Paul Valéry, 1937,
Variété, Théorie poétique et esthétique, Nécessité de la poésie,
Conférence à l'Université des Annales, le 19 novembre 1937,
Pléiade Oeuvres I, pages 1381-1382)

 

PAUL VALERY
Sète, 30 octobre 1871 - Paris, 20 juillet 1945

MARCEL PROUST
Paris, 10 juillet 1871 - Paris, 18 novembre 1922

Génération 1871 : Paul Valéry et Marcel Proust : Cette jeunesse voyait dans l'art la seule issue, la seule culture désormais possible, des sentiments les plus élevés. L'acte de l'artiste, l'émotion communiquée par les oeuvres lui paraissaient les seuls objets indiscutables d'amour, de travail, de désir, les seuls moyens de rédemption
Génération 1871 : Paul Valéry et Marcel Proust : la valeur absolue que l'on attachait aux mystères et aux promesses de l'art