A2 / Quand autrefois à Balbec / When, in the summer at Balbec

Quand autrefois à Balbec Albertine m'attendait sous les arcades d'Incarville et sautait dans ma voiture, non seulement elle n'avait pas encore « épaissi », mais à la suite d'excès d'exercice elle avait trop fondu ; maigre, enlaidie par un vilain chapeau qui ne laissait dépasser qu'un petit bout de vilain nez et voir de côté des joues blanches comme des vers blancs, je retrouvais bien peu d'elle, assez cependant pour qu'au saut qu'elle faisait dans ma voiture je susse que c'était elle, qu'elle avait été exacte au rendez-vous et n'était pas allée ailleurs ; et cela suffit ; ce qu'on aime est trop dans le passé, consiste trop dans le temps perdu ensemble pour qu'on ait besoin de toute la femme ; on veut seulement être sûr que c'est elle, ne pas se tromper sur l'identité, autrement importante que la beauté pour ceux qui aiment ; les joues peuvent se creuser, le corps s'amaigrir, même pour ceux qui ont été d'abord le plus orgueilleux aux yeux des autres, de leur domination sur une beauté, ce petit bout de museau, ce signe où se résume la personnalité permanente d'une femme, cet extrait algébrique, cette constance, cela suffit pour qu'un homme attendu dans le plus grand monde, et qui l'aimerait, ne puisse disposer d'une seule de ses soirées parce qu'il passe son temps à peigner et à dépeigner, jusqu'à l'heure de s'endormir, la femme qu'il aime, ou simplement à rester auprès d'elle, pour être avec elle, ou pour qu'elle soit avec lui, ou seulement pour qu'elle ne soit pas avec d'autres.

« Tu es sûr, me dit Robert, que je peux offrir comme cela à cette femme trente mille francs pour le comité électoral de son mari ? Elle est malhonnête à ce point-là ? Si tu ne te trompes pas, trois mille francs suffiraient. – Non, je t'en prie, n'économise pas pour une chose qui me tient tant à cœur. Tu dois dire ceci, où il y a du reste une part de vérité : « Mon ami avait demandé ces trente mille francs à un parent pour le comité de l'oncle de sa fiancée. C'est à cause de cette raison de fiançailles qu'on les lui avait donnés. Et il m'avait prié de vous les porter pour qu'Albertine n'en sût rien. Et puis voici qu'Albertine le quitte. Il ne sait plus que faire. Il est obligé de rendre les trente mille francs s'il n'épouse pas Albertine. Et s'il l'épouse, il faudrait qu'au moins pour la forme elle revînt immédiatement, parce que cela ferait trop mauvais effet si la fugue se prolongeait. » Tu crois que c'est inventé exprès ? – Mais non », me répondit Saint-Loup par bonté, par discrétion et puis parce qu'il savait que les circonstances sont souvent plus bizarres qu'on ne croit. Après tout, il n'y avait aucune impossibilité à ce que dans cette histoire des trente mille francs il y eût, comme je le lui disais, une grande part de vérité. C'était possible, mais ce n'était pas vrai et cette part de vérité était justement un mensonge. Mais nous nous mentions, Robert et moi, comme dans tous les entretiens où un ami désire sincèrement aider son ami en proie à un désespoir d'amour. L'ami conseil, appui, consolateur, peut plaindre la détresse de l'autre, non la ressentir, et meilleur il est pour lui, plus il ment. Et l'autre lui avoue ce qui est nécessaire pour être aidé, mais, justement peut-être pour être aidé, cache bien des choses. Et l'heureux est tout de même celui qui prend de la peine, qui fait un voyage, qui remplit une mission, mais qui n'a pas de souffrance intérieure. J'étais en ce moment celui qu'avait été Robert à Doncières quand il s'était cru quitté par Rachel. « Enfin, comme tu voudras ; si j'ai une avanie, je l'accepte d'avance pour toi. Et puis cela a beau me paraître un peu drôle, ce marché si peu voilé, je sais bien que dans notre monde il y a des duchesses, et même des plus bigotes, qui feraient pour trente mille francs des choses plus difficiles que de dire à leur nièce de ne pas rester en Touraine. Enfin je suis doublement content de te rendre service, puisqu'il faut cela pour que tu consentes à me voir. Si je me marie, ajouta-t-il, est-ce que nous ne nous verrons pas davantage, est-ce que tu ne feras pas un peu de ma maison la tienne ?... » Il s'arrêta, ayant tout à coup pensé, supposai-je alors, que si moi aussi je me mariais Albertine ne pourrait pas être pour sa femme une relation intime. Et je me rappelai ce que les Cambremer m'avaient dit de son mariage probable avec la fille du prince de Guermantes. L'indicateur consulté, il vit qu'il ne pourrait partir que le soir. Françoise me demanda : « Faut-il ôter du cabinet de travail le lit de Mlle Albertine ? – Au contraire, dis-je, il faut le faire. » J'espérais qu'elle reviendrait d'un jour à l'autre et je ne voulais même pas que Françoise pût supposer qu'il y avait doute. Il fallait que le départ d'Albertine eût l'air d'une chose convenue entre nous, qui n'impliquait nullement qu'elle m'aimât moins. Mais Françoise me regarda avec un air sinon d'incrédulité, du moins de doute. Elle aussi avait ses deux hypothèses. Ses narines se dilataient, elle flairait la brouille, elle devait la sentir depuis longtemps. Et si elle n'en était pas absolument sûre, c'est peut-être seulement parce que, comme moi, elle se défiait de croire entièrement ce qui lui aurait fait trop de plaisir. Maintenant le poids de l'affaire ne reposait plus sur mon esprit surmené mais sur Saint-Loup. Une allégresse me soulevait parce que j'avais pris une décision, parce que je me disais : « J'ai répondu du tac au tac, j'ai agi. » Saint-Loup devait être à peine dans le train que je me croisai dans mon antichambre avec Bloch que je n'avais pas entendu sonner, de sorte que force me fut de le recevoir un instant. Il m'avait dernièrement rencontré avec Albertine (qu'il connaissait de Balbec) un jour où elle était de mauvaise humeur. « J'ai dîné avec M. Bontemps, me dit-il, et comme j'ai une certaine influence sur lui, je lui ai dit que je m'étais attristé que sa nièce ne fût pas plus gentille avec toi, qu'il fallait qu'il lui adressât des prières en ce sens. » J'étouffais de colère, ces prières et ces plaintes détruisaient tout l'effet de la démarche de Saint-Loup et me mettaient directement en cause auprès d'Albertine que j'avais l'air d'implorer. Pour comble de malheur Françoise restée dans l'antichambre entendit tout cela. Je fis tous les reproches possibles à Bloch, lui disant que je ne l'avais nullement chargé d'une telle commission et que, du reste, le fait était faux. Bloch à partir de ce moment-là ne cessa plus de sourire, moins, je crois, de joie que de gêne de m'avoir contrarié. Il s'étonnait en riant de soulever une telle colère. Peut-être le disait-il pour ôter à mes yeux de l'importance à son indiscrète démarche, peut-être parce qu'il était d'un caractère lâche et vivant gaiement et paresseusement dans les mensonges, comme les méduses à fleur d'eau, peut-être parce que, même eût-il été d'une autre race d'hommes, les autres, ne pouvant se placer au même point de vue que nous, ne comprennent pas l'importance du mal que les paroles dites au hasard peuvent nous faire. Je venais de le mettre à la porte, ne trouvant aucun remède à apporter à ce qu'il avait fait, quand on sonna de nouveau et Françoise me remit une convocation chez le chef de la Sûreté. Les parents de la petite fille que j'avais amenée une heure chez moi avaient voulu déposer contre moi une plainte en détournement de mineure. Il y a des moments de la vie où une sorte de beauté naît de la multiplicité des ennuis qui nous assaillent, entrecroisés comme des leitmotive wagnériens, de la notion aussi, émergente alors, que les événements ne sont pas situés dans l'ensemble des reflets peints dans le pauvre petit miroir que porte devant elle l'intelligence et qu'elle appelle l'avenir, qu'ils sont en dehors et surgissent aussi brusquement que quelqu'un qui vient constater un flagrant délit. Déjà, laissé à lui-même, un événement se modifie, soit que l'échec nous l'amplifie ou que la satisfaction le réduise. Mais il est rarement seul. Les sentiments excités par chacun se contrarient, et c'est dans une certaine mesure, comme je l'éprouvai en allant chez le chef de la Sûreté, un révulsif au moins momentané et assez agissant des tristesses sentimentales que la peur. Je trouvai à la Sûreté les parents qui m'insultèrent en me disant : « Nous ne mangeons pas de ce pain-là », me rendirent les cinq cents francs que je ne voulais pas reprendre, et le chef de la Sûreté qui, se proposant comme inimitable exemple la facilité des présidents d'assises à « reparties », prélevait un mot de chaque phrase que je disais, mot qui lui servait à en faire une spirituelle et accablante réponse. De mon innocence dans le fait il ne fut même pas question, car c'est la seule hypothèse que personne ne voulut admettre un instant. Néanmoins les difficultés de l'inculpation firent que je m'en tirai avec un savon extrêmement violent, tant que les parents furent là. Mais dès qu'ils furent partis, le chef de la Sûreté, qui aimait les petites filles, changea de ton et me réprimanda comme un compère : « Une autre fois, il faut être plus adroit. Dame, on ne fait pas des levages aussi brusquement que ça, ou ça rate. D'ailleurs vous trouverez partout des petites filles mieux que celle-là et pour bien moins cher. La somme était follement exagérée. » Je sentais tellement qu'il ne me comprendrait pas si j'essayais de lui expliquer la vérité que je profitai sans mot dire de la permission qu'il me donna de me retirer. Tous les passants, jusqu'à ce que je fusse rentré, me parurent des inspecteurs chargés d'épier mes faits et gestes. Mais ce leitmotiv-là, de même que celui de la colère contre Bloch, s'éteignirent pour ne plus laisser place qu'à celui du départ d'Albertine. Or celui-là reprenait, mais sur un mode presque joyeux depuis que Saint-Loup était parti. Depuis qu'il s'était chargé d'aller voir Mme Bontemps, mes souffrances avaient été dispersées. Je croyais que c'était pour avoir agi, je le croyais de bonne foi, car on ne sait jamais ce qui se cache dans notre âme. Au fond, ce qui me rendait heureux, ce n'était pas de m'être déchargé de mes indécisions sur Saint-Loup, comme je le croyais. Je ne me trompais pas du reste absolument ; le spécifique pour guérir un événement malheureux (les trois quarts des événements le sont) c'est une décision ; car elle a pour effet, par un brusque renversement de nos pensées, d'interrompre le flux de celles qui viennent de l'événement passé et en prolongent la vibration, de le briser par un flux inverse de pensées inverses, venu du dehors, de l'avenir. Mais ces pensées nouvelles nous sont surtout bienfaisantes (et c'était le cas pour celles qui m'assiégeaient en ce moment) quand du fond de cet avenir c'est une espérance qu'elles nous apportent. Ce qui au fond me rendait si heureux, c'était la certitude secrète que, la mission de Saint-Loup ne pouvant échouer, Albertine ne pouvait manquer de revenir. Je le compris ; car n'ayant pas reçu dès le premier jour de réponse de Saint-Loup, je recommençai à souffrir. Ma décision, ma remise à lui de mes pleins pouvoirs, n'étaient donc pas la cause de ma joie qui sans cela eût duré, mais le « la réussite est sûre » que j'avais pensé quand je disais « Advienne que pourra ». Et la pensée, éveillée par son retard, qu'en effet autre chose que la réussite pouvait advenir, m'était si odieuse que j'avais perdu ma gaîté. C'est en réalité notre prévision, notre espérance d'événements heureux qui nous gonfle d'une joie que nous attribuons à d'autres causes et qui cesse pour nous laisser retomber dans le chagrin si nous ne sommes plus si assurés que ce que nous désirons se réalisera. C'est toujours cette invisible croyance qui soutient l'édifice de notre monde sensitif, et privé de quoi il chancelle. Nous avons vu qu'elle faisait pour nous la valeur ou la nullité des êtres, l'ivresse ou l'ennui de les voir. Elle fait de même la possibilité de supporter un chagrin qui nous semble médiocre simplement parce que nous sommes persuadés qu'il va y être mis fin, ou son brusque agrandissement jusqu'à ce qu'une présence vaille autant, parfois même plus que notre vie. Une chose, du reste, acheva de rendre ma douleur au cœur aussi aiguë qu'elle avait été la première minute et qu'il faut bien avouer qu'elle n'était plus. Ce fut de relire une phrase de la lettre d'Albertine. Nous avons beau aimer les êtres, la souffrance de les perdre, quand dans l'isolement nous ne sommes plus qu'en face d'elle, à qui notre esprit donne dans une certaine mesure la forme qu'il veut, cette souffrance est supportable et différente de celle moins humaine, moins nôtre, aussi imprévue et bizarre qu'un accident dans le monde moral et dans la région du cœur, – qui a pour cause moins directement les êtres eux-mêmes que la façon dont nous avons appris que nous ne les verrions plus. Albertine, je pouvais penser à elle en pleurant doucement, en acceptant de ne pas plus la voir ce soir qu'hier ; mais relire « ma décision est irrévocable », c'était autre chose, c'était comme prendre un médicament dangereux, qui m'eût donné une crise cardiaque à laquelle on peut ne pas survivre. Il y a dans les choses, dans les événements, dans les lettres de rupture, un péril particulier qui amplifie et dénature la douleur même que les êtres peuvent nous causer. Mais cette souffrance dura peu. J'étais malgré tout si sûr du succès, de l'habileté de Saint-Loup, le retour d'Albertine me paraissait une chose si certaine que je me demandais si j'avais eu raison de le souhaiter. Pourtant je m'en réjouissais. Malheureusement pour moi qui croyais l'affaire de la Sûreté finie, Françoise vint m'annoncer qu'un inspecteur était venu s'informer si je n'avais pas l'habitude d'avoir des jeunes filles chez moi ; que le concierge, croyant qu'on parlait d'Albertine, avait répondu que si, et que depuis ce moment la maison semblait surveillée. Dès lors il me serait à jamais impossible de faire venir une petite fille dans mes chagrins pour me consoler, sans risquer d'avoir la honte devant elle qu'un inspecteur surgît et qu'elle me prît pour un malfaiteur. Et du même coup je compris combien on vit plus pour certains rêves qu'on ne croit, car cette impossibilité de bercer jamais une petite fille me parut ôter à la vie toute valeur, mais de plus je compris combien il est compréhensible que les gens aisément refusent la fortune et risquent la mort, alors qu'on se figure que l'intérêt et la peur de mourir mènent le monde. Car si j'avais pensé que même une petite fille inconnue pût avoir, par l'arrivée d'un homme de la police, une idée honteuse de moi, combien j'aurais mieux aimé me tuer. Il n'y avait même pas de comparaison possible entre les deux souffrances. Or dans la vie les gens ne réfléchissent jamais que ceux à qui ils offrent de l'argent, qu'ils menacent de mort, peuvent avoir une maîtresse, ou même simplement un camarade, à l'estime de qui ils tiennent, même si ce n'est pas à la leur propre. Mais tout à coup, par une confusion dont je ne m'avisai pas (je ne songeai pas, en effet, qu'Albertine, étant majeure, pouvait habiter chez moi et même être ma maîtresse), il me sembla que le détournement de mineures pouvait s'appliquer aussi à Albertine. Alors la vie me parut barrée de tous les côtés. Et en pensant que je n'avais pas vécu chastement avec elle, je trouvai, dans la punition qui m'était infligée pour avoir forcé une petite fille inconnue à accepter de l'argent, cette relation qui existe presque toujours dans les châtiments humains et qui fait qu'il n'y a presque jamais ni condamnation juste, ni erreur judiciaire, mais une espèce d'harmonie entre l'idée fausse que se fait le juge d'un acte innocent et les faits coupables qu'il a ignorés. Mais alors, en pensant que le retour d'Albertine pouvait amener pour moi une condamnation infamante qui me dégraderait à ses yeux et peut-être lui ferait à elle-même un tort qu'elle ne me pardonnerait pas, je cessai de souhaiter ce retour, il m'épouvanta. J'aurais voulu lui télégraphier de ne pas revenir. Et aussitôt, noyant tout le reste, le désir passionné qu'elle revînt m'envahit. C'est qu'ayant envisagé un instant la possibilité de lui dire de ne pas revenir et de vivre sans elle, tout d'un coup je me sentis au contraire prêt à sacrifier tous les voyages, tous les plaisirs, tous les travaux, pour qu'Albertine revînt ! Ah ! combien mon amour pour Albertine, dont j'avais cru que je pourrais prévoir le destin d'après celui que j'avais eu pour Gilberte, s'était développé en parfait contraste avec ce dernier ! Combien rester sans la voir m'était impossible ! Et pour chaque acte, même le plus minime, mais qui baignait auparavant dans l'atmosphère heureuse qu'était la présence d'Albertine, il me fallait chaque fois, à nouveaux frais, avec la même douleur, recommencer l'apprentissage de la séparation. Puis la concurrence des autres formes de la vie rejeta dans l'ombre cette nouvelle douleur, et pendant ces jours-là, qui furent les premiers du printemps, j'eus même, en attendant que Saint-Loup pût voir Mme Bontemps, à imaginer Venise et de belles femmes inconnues, quelques moments de calme agréable. Dès que je m'en aperçus, je sentis en moi une terreur panique. Ce calme que je venais de goûter, c'était la première apparition de cette grande force intermittente, qui allait lutter en moi contre la douleur, contre l'amour, et finirait par en avoir raison. Ce dont je venais d'avoir l'avant-goût et d'apprendre le présage, c'était pour un instant seulement ce qui plus tard serait chez moi un état permanent, une vie où je ne pourrais plus souffrir pour Albertine, où je ne l'aimerais plus. Et mon amour qui venait de reconnaître le seul ennemi par lequel il pût être vaincu, l'Oubli, se mit à frémir, comme un lion qui dans la cage où on l'a enfermé a aperçu tout d'un coup le serpent python qui le dévorera.

Je pensais tout le temps à Albertine, et jamais Françoise en entrant dans ma chambre ne me disait assez vite : « Il n'y a pas de lettres », pour abréger l'angoisse. Mais de temps en temps je parvenais, en faisant passer tel ou tel courant d'idées au travers de mon chagrin, à renouveler, à aérer un peu l'atmosphère viciée de mon cœur ; mais le soir, si je parvenais à m'endormir, alors c'était comme si le souvenir d'Albertine avait été le médicament qui m'avait procuré le sommeil, et dont l'influence, en cessant m'éveillerait. Je pensais tout le temps à Albertine en dormant. C'était un sommeil spécial à elle, qu'elle me donnait et où, du reste, je n'aurais plus été libre comme pendant la veille de penser à autre chose. Le sommeil, son souvenir, c'étaient les deux substances mêlées qu'on nous fait prendre à la fois pour dormir. Réveillé, du reste, ma souffrance allait en augmentant chaque jour au lieu de diminuer, non que l'oubli n'accomplît son œuvre, mais, là même, il favorisait l'idéalisation de l'image regrettée et par là l'assimilation de ma souffrance initiale à d'autres souffrances analogues qui la renforçaient. Encore cette image était-elle supportable. Mais si tout d'un coup je pensais à sa chambre, à sa chambre où le lit restait vide, à son piano, à son automobile, je perdais toute force, je fermais les yeux, j'inclinais ma tête sur l'épaule comme ceux qui vont défaillir. Le bruit des portes me faisait presque aussi mal parce que ce n'était pas elle qui les ouvrait.

Quand il put y avoir un télégramme de Saint-Loup, je n'osai pas demander : « Est-ce qu'il y a un télégramme ? » Il en vint un enfin, mais qui ne faisait que tout reculer, me disant : « Ces dames sont parties pour trois jours. » Sans doute, si j'avais supporté les quatre jours qu'il y avait déjà depuis qu'elle était partie, c'était parce que je me disais : « Ce n'est qu'une affaire de temps, avant la fin de la semaine elle sera là. » Mais cette raison n'empêchait pas que pour mon cœur, pour mon corps, l'acte à accomplir était le même : vivre sans elle, rentrer chez moi sans la trouver, passer devant la porte de sa chambre – l'ouvrir, je n'avais pas encore le courage – en sachant qu'elle n'y était pas, me coucher sans lui avoir dit bonsoir, voilà les choses que mon cœur avait dû accomplir dans leur terrible intégralité et tout de même que si je n'avais pas dû revoir Albertine. Or qu'il l'eût accompli déjà quatre fois prouvait qu'il était maintenant capable de continuer à l'accomplir. Et bientôt peut-être la raison qui m'aidait à continuer ainsi à vivre – le prochain retour d'Albertine – je cesserais d'en avoir besoin (je pourrais me dire : « Elle ne reviendra jamais », et vivre tout de même comme j'avais déjà fait pendant quatre jours) comme un blessé qui a repris l'habitude de la marche et peut se passer de ses béquilles. Sans doute le soir en rentrant je trouvais encore, m'ôtant la respiration, m'étouffant du vide de la solitude, les souvenirs, juxtaposés en une interminable série, de tous les soirs où Albertine m'attendait ; mais déjà je trouvais ainsi le souvenir de la veille, de l'avant-veille et des deux soirs précédents, c'est-à-dire le souvenir des quatre soirs écoulés depuis le départ d'Albertine, pendant lesquels j'étais resté sans elle, seul, où cependant j'avais vécu, quatre soirs déjà, faisant une bande de souvenirs bien mince à côté de l'autre, mais que chaque jour qui s'écoulerait allait peut-être étoffer. Je ne dirai rien de la lettre de déclaration que je reçus à ce moment-là d'une nièce de Mme de Guermantes, qui passait pour la plus jolie jeune fille de Paris, ni de la démarche que fit auprès de moi le duc de Guermantes de la part des parents résignés pour le bonheur de leur fille à l'inégalité du parti, à une semblable mésalliance. De tels incidents qui pourraient être sensibles à l'amour-propre sont trop douloureux quand on aime. On aurait le désir et on n'aurait pas l'indélicatesse de les faire connaître à celle qui porte sur nous un jugement moins favorable, qui ne serait du reste pas modifié si elle apprenait qu'on peut être l'objet d'un tout différent. Ce que m'écrivait la nièce du duc n'eût pu qu'impatienter Albertine. Comme depuis le moment où j'étais éveillé et où je reprenais mon chagrin à l'endroit où j'en étais resté avant de m'endormir, comme un livre un instant fermé et qui ne me quitterait plus jusqu'au soir, ce ne pouvait jamais être qu'à une pensée concernant Albertine que venait se raccorder pour moi toute sensation, qu'elle me vînt du dehors ou du dedans. On sonnait : c'est une lettre d'elle, c'est elle-même peut-être ! Si je me sentais bien portant, pas trop malheureux, je n'étais plus jaloux, je n'avais plus de griefs contre elle, j'aurais voulu vite la revoir, l'embrasser, passer gaiement toute ma vie avec elle. Lui télégraphier : « Venez vite » me semblait devenu une chose toute simple comme si mon humeur nouvelle avait changé non pas seulement mes dispositions, mais les choses hors de moi, les avait rendues plus faciles. Si j'étais d'humeur sombre, toutes mes colères contre elle renaissaient, je n'avais plus envie de l'embrasser, je sentais l'impossibilité d'être jamais heureux par elle, je ne voulais plus que lui faire du mal et l'empêcher d'appartenir aux autres. Mais de ces deux humeurs opposées le résultat était identique, il fallait qu'elle revînt au plus tôt. Et pourtant, quelque joie que pût me donner au moment même ce retour, je sentais que bientôt les mêmes difficultés se présenteraient et que la recherche du bonheur dans la satisfaction du désir moral était quelque chose d'aussi naïf que l'entreprise d'atteindre l'horizon en marchant devant soi. Plus le désir avance, plus la possession véritable s'éloigne. De sorte que si le bonheur, ou du moins l'absence de souffrances, peut être trouvé, ce n'est pas la satisfaction, mais la réduction progressive, l'extinction finale du désir qu'il faut chercher. On cherche à voir ce qu'on aime, on devrait chercher à ne pas le voir, l'oubli seul finit par amener l'extinction du désir. Et j'imagine que si un écrivain émettait des vérités de ce genre, il dédierait le livre qui les contiendrait à une femme, dont il se plairait ainsi à se rapprocher, lui disant : ce livre est le tien. Et ainsi, disant des vérités dans son livre, il mentirait dans sa dédicace, car il ne tiendra à ce que le livre soit à cette femme que comme à cette pierre qui vient d'elle et qui ne lui sera chère qu'autant qu'il aimera la femme. Les liens entre un être et nous n'existent que dans notre pensée. La mémoire en s'affaiblissant les relâche, et malgré l'illusion dont nous voudrions être dupes, et dont par amour, par amitié, par politesse, par respect humain, par devoir, nous dupons les autres, nous existons seuls. L'homme est l'être qui ne peut sortir de soi, qui ne connaît les autres qu'en soi, et, en disant le contraire, ment. Et j'aurais eu si peur, si on avait été capable de le faire, qu'on m'ôtât ce besoin d'elle, cet amour d'elle, que je me persuadais qu'il était précieux pour ma vie. Pouvoir entendre prononcer sans charme et sans souffrance les noms des stations par où le train passait pour aller en Touraine m'eût semblé une diminution de moi-même (simplement au fond parce que cela eût prouvé qu'Albertine me devenait indifférente) ; il était bien, me disais-je, qu'en me demandant sans cesse ce qu'elle pouvait faire, penser, vouloir, à chaque instant, si elle comptait, si elle allait revenir, je tinsse ouverte cette porte de communication que l'amour avait pratiquée en moi, et sentisse la vie d'une autre submerger par des écluses ouvertes le réservoir qui n'aurait pas voulu redevenir stagnant.

Bientôt, le silence de Saint-Loup se prolongeant, une anxiété secondaire – l'attente d'un nouveau télégramme, d'un téléphonage de Saint-Loup – masqua la première, l'inquiétude du résultat, savoir si Albertine reviendrait. Épier chaque bruit dans l'attente du télégramme me devenait si intolérable qu'il me semblait que, quel qu'il fût, l'arrivée de ce télégramme, qui était la seule chose à laquelle je pensais maintenant, mettrait fin à mes souffrances. Mais quand j'eus reçu enfin un télégramme de Robert où il me disait qu'il avait vu Mme Bontemps, mais, malgré toutes ses précautions, avait été vu par Albertine, que cela avait fait tout manquer, j'éclatai de fureur et de désespoir, car c'était là ce que j'avais voulu avant tout éviter. Connu d'Albertine, le voyage de Saint-Loup me donnait un air de tenir à elle qui ne pouvait que l'empêcher de revenir et dont l'horreur d'ailleurs était tout ce que j'avais gardé de la fierté que mon amour avait au temps de Gilberte et qu'il avait perdue. Je maudissais Robert. Puis me dis que si ce moyen avait échoué, j'en prendrais un autre. Puisque l'homme peut agir sur le monde extérieur, comment, en faisant jouer la ruse, l'intelligence, l'intérêt, l'affection, n'arriverais-je pas à supprimer cette chose atroce : l'absence d'Albertine ? On croit que selon son désir on changera autour de soi les choses, on le croit parce que, hors de là, on ne voit aucune solution favorable. On ne pense pas à celle qui se produit le plus souvent et qui est favorable aussi : nous n'arrivons pas à changer les choses selon notre désir, mais peu à peu notre désir change. La situation que nous espérions changer parce qu'elle nous était insupportable nous devient indifférente. Nous n'avons pas pu surmonter l'obstacle, comme nous le voulions absolument, mais la vie nous l'a fait tourner, dépasser, et c'est à peine alors si en nous retournant vers le lointain du passé nous pouvons l'apercevoir, tant il est devenu imperceptible. J'entendis à l'étage au-dessus du nôtre des airs joués par une voisine. J'appliquais leurs paroles que je connaissais à Albertine et à moi et je fus rempli d'un sentiment si profond que je me mis à pleurer. C'était :

Hélas, l'oiseau qui fuit ce qu'il croit l'esclavage,

D'un vol désespéré revient battre au vitrage

et la mort de Manon :

Manon, réponds-moi donc, seul amour de mon âme,

Je n'ai su qu'aujourd'hui la bonté de ton cœur.

Puisque Manon revenait à Des Grieux, il me semblait que j'étais pour Albertine le seul amour de sa vie. Hélas, il est probable que si elle avait entendu en ce moment le même air, ce n'eût pas été moi qu'elle eût chéri sous le nom de Des Grieux, et si elle en avait eu seulement l'idée, mon souvenir l'eût empêchée de s'attendrir en écoutant cette musique qui rentrait pourtant bien, quoique mieux écrite et plus fine, dans le genre de celle qu'elle aimait. Pour moi je n'eus pas le courage de m'abandonner à la douceur, de penser qu'Albertine m'appelait « seul amour de mon âme » et avait reconnu qu'elle s'était méprise sur ce qu'elle « avait cru l'esclavage ». Je savais qu'on ne peut lire un roman sans donner à l'héroïne les traits de celle qu'on aime. Mais le dénouement a beau en être heureux, notre amour n'a pas fait un pas de plus et, quand nous avons fermé le livre, celle que nous aimons et qui est enfin venue à nous dans le roman ne nous aime pas davantage dans la vie. Furieux, je télégraphiai à Saint-Loup de revenir au plus vite à Paris, pour éviter au moins l'apparence de mettre une insistance aggravante dans une démarche que j'aurais tant voulu cacher. Mais avant même qu'il fût revenu selon mes instructions, c'est d'Albertine elle-même que je reçus cette lettre :

« Mon ami, vous avez envoyé votre ami Saint-Loup à ma tante, ce qui était insensé. Mon cher ami, si vous aviez besoin de moi pourquoi ne pas m'avoir écrit directement ? J'aurais été trop heureuse de revenir ; ne recommencez plus ces démarches absurdes. » « J'aurais été trop heureuse de revenir ! » Si elle disait cela, c'est donc qu'elle regrettait d'être partie, qu'elle ne cherchait qu'un prétexte pour revenir. Donc je n'avais qu'à faire ce qu'elle me disait, à lui écrire que j'avais besoin d'elle, et elle reviendrait. J'allais donc la revoir, elle, l'Albertine de Balbec (car, depuis son départ, elle l'était redevenue pour moi ; comme un coquillage auquel on ne fait plus attention quand on l'a toujours sur sa commode, une fois qu'on s'en est séparé pour le donner, ou l'ayant perdu, et qu'on pense à lui, ce qu'on ne faisait plus, elle me rappelait toute la beauté joyeuse des montagnes bleues de la mer). Et ce n'est pas seulement elle qui était devenue un être d'imagination, c'est-à-dire désirable, mais la vie avec elle qui était devenue une vie imaginaire, c'est-à-dire affranchie de toutes difficultés, de sorte que je me disais : « Comme nous allons être heureux ! » Mais du moment que j'avais l'assurance de ce retour, il ne fallait pas avoir l'air de le hâter, mais au contraire effacer le mauvais effet de la démarche de Saint-Loup que je pourrais toujours plus tard désavouer en disant qu'il avait agi de lui-même, parce qu'il avait toujours été partisan de ce mariage. Cependant, je relisais sa lettre et j'étais tout de même déçu du peu qu'il y a d'une personne dans une lettre. Sans doute les caractères tracés expriment notre pensée, ce que font aussi nos traits : c'est toujours en présence d'une pensée que nous nous trouvons. Mais tout de même, dans la personne, la pensée ne nous apparaît qu'après s'être diffusée dans cette corolle du visage épanouie comme un nymphéa. Cela la modifie tout de même beaucoup. Et c'est peut-être une des causes de nos perpétuelles déceptions en amour que ces perpétuelles déviations qui font qu'à l'attente de l'être idéal que nous aimons, chaque rendez-vous nous apporte, en réponse, une personne de chair qui tient déjà si peu de notre rêve. Et puis quand nous réclamons quelque chose de cette personne, nous recevons d'elle une lettre où même de la personne il reste très peu, comme, dans les lettres de l'algèbre, il ne reste plus la détermination des chiffres de l'arithmétique, lesquels déjà ne contiennent plus les qualités des fruits ou des fleurs additionnés. Et pourtant, l'amour, l'être aimé, ses lettres, sont peut-être tout de même des traductions (si insatisfaisant qu'il soit de passer de l'un à l'autre) de la même réalité, puisque la lettre ne nous semble insuffisante qu'en la lisant, mais que nous suons mort et passion tant qu'elle n'arrive pas, et qu'elle suffit à calmer notre angoisse, sinon à remplir, avec ses petits signes noirs, notre désir qui sait qu'il n'y a là tout de même que l'équivalence d'une parole, d'un sourire, d'un baiser, non ces choses mêmes.

J'écrivis à Albertine :

« Mon amie, j'allais justement vous écrire, et je vous remercie de me dire que, si j'avais eu besoin de vous, vous seriez accourue ; c'est bien de votre part de comprendre d'une façon aussi élevée le dévouement à un ancien ami, et mon estime pour vous ne peut qu'en être accrue. Mais non, je ne vous l'avais pas demandé et ne vous le demanderai pas ; nous revoir, au moins d'ici bien longtemps, ne vous serait peut-être pas pénible, jeune fille insensible. À moi que vous avez cru parfois si indifférent, cela le serait beaucoup. La vie nous a séparés. Vous avez pris une décision que je crois très sage et que vous avez prise au moment voulu, avec un pressentiment merveilleux, car vous êtes partie le jour où je venais de recevoir l'assentiment de ma mère à demander votre main. Je vous l'aurais dit à mon réveil, quand j'ai eu sa lettre (en même temps que la vôtre). Peut-être auriez-vous eu peur de me faire de la peine en partant là-dessus. Et nous aurions peut-être lié nos vies par ce qui aurait été pour nous, qui sait ? le pire malheur. Si cela avait dû être, soyez bénie pour votre sagesse. Nous en perdrions tout le fruit en nous revoyant. Ce n'est pas que ce ne serait pas pour moi une tentation. Mais je n'ai pas grand mérite à y résister. Vous savez l'être inconstant que je suis et comme j'oublie vite. Vous me l'avez dit souvent, je suis surtout un homme d'habitudes. Celles que je commence à prendre sans vous ne sont pas encore bien fortes. Évidemment, en ce moment, celles que j'avais avec vous et que votre départ a troublées sont encore les plus fortes. Elles ne le seront plus bien longtemps. Même, à cause de cela, j'avais pensé à profiter de ces quelques derniers jours où nous voir ne serait pas encore pour moi ce que ce sera dans une quinzaine, plus tôt peut-être (pardonnez-moi ma franchise) : un dérangement, – j'avais pensé à en profiter, avant l'oubli final, pour régler avec vous de petites questions matérielles où vous auriez pu, bonne et charmante amie, rendre service à celui qui s'est cru cinq minutes votre fiancé. Comme je ne doutais pas de l'approbation de ma mère, comme, d'autre part, je désirais que nous ayons chacun toute cette liberté dont vous m'aviez trop gentiment et abondamment fait un sacrifice qui se pouvait admettre pour une vie en commun de quelques semaines, mais qui serait devenu aussi odieux à vous qu'à moi maintenant que nous devions passer toute notre vie ensemble (cela me fait presque de la peine, en vous écrivant, de penser que cela a failli être, qu'il s'en est fallu de quelques secondes), j'avais pensé à organiser notre existence de la façon la plus indépendante possible, et pour commencer j'avais voulu que vous eussiez ce yacht où vous auriez pu voyager pendant que, trop souffrant, je vous eusse attendue au port (j'avais écrit à Elstir pour lui demander conseil, comme vous aimez son goût), et pour la terre j'avais voulu que vous eussiez votre automobile à vous, rien qu'à vous, dans laquelle vous sortiriez, vous voyageriez à votre fantaisie. Le yacht était déjà presque prêt, il s'appelle, selon votre désir exprimé à Balbec, le Cygne. Et me rappelant que vous préfériez à toutes les autres les voitures Rolls, j'en avais commandé une. Or maintenant que nous ne nous verrons plus jamais, comme je n'espère pas vous faire accepter le bateau ni la voiture (pour moi ils ne pourraient servir à rien), j'avais pensé – comme je les avais commandés à un intermédiaire, mais en donnant votre nom – que vous pourriez peut-être en les décommandant, vous, m'éviter le yacht et cette voiture devenus inutiles. Mais pour cela, et pour bien d'autres choses, il aurait fallu causer. Or je trouve que tant que je suis susceptible de vous réaimer, ce qui ne durera plus longtemps, il serait fou, pour un bateau à voiles et une Rolls Royce, de nous voir et de jouer le bonheur de votre vie puisque vous estimez qu'il est de vivre loin de moi. Non, je préfère garder la Rolls et même le yacht. Et comme je ne me servirai pas d'eux et qu'ils ont chance de rester toujours, l'un au port, désarmé, l'autre à l'écurie, je ferai graver sur le... (mon Dieu, je n'ose pas mettre un nom de pièce inexact et commettre une hérésie qui vous choquerait) du yacht ces vers de Mallarmé que vous aimiez :

Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui

Magnifique mais qui sans espoir se délivre

Pour n'avoir pas chanté la région où vivre

Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui.

» Vous vous rappelez – c'est le poème qui commence par : Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui... Hélas, « aujourd'hui » n'est plus ni vierge, ni beau. Mais ceux qui comme moi savent qu'ils en feront bien vite un « demain » supportable ne sont guère supportables. Quant à la Rolls, elle eût mérité plutôt ces autres vers du même poète que vous disiez ne pouvoir comprendre :

Dis si je ne suis pas joyeux

Tonnerre et rubis aux moyeux

De voir en l'air que ce feu troue

Avec des royaumes épars

Comme mourir pourpre la roue

Du seul vespéral de mes chars.

» Adieu pour toujours, ma petite Albertine, et merci encore de la bonne promenade que nous fîmes ensemble la veille de notre séparation. J'en garde un bien bon souvenir. »

« P.-S. – Je ne réponds pas à ce que vous me dites de prétendues propositions que Saint-Loup (que je ne crois d'ailleurs nullement en Touraine) aurait faites à votre tante. C'est du Sherlock Holmes. Quelle idée vous faites-vous de moi ? »

Sans doute, de même que j'avais dit autrefois à Albertine : « Je ne vous aime pas », pour qu'elle m'aimât ; « J'oublie quand je ne vois pas les gens », pour qu'elle me vît très souvent ; « J'ai décidé de vous quitter », pour prévenir toute idée de séparation, maintenant c'était parce que je voulais absolument qu'elle revînt dans les huit jours que je lui disais : « Adieu pour toujours » ; c'est parce que je voulais la revoir que je lui disais : « Je trouverais dangereux de vous voir » ; c'est parce que vivre séparé d'elle me semblait pire que la mort que je lui écrivais : « Vous avez eu raison, nous serions malheureux ensemble. » Hélas, cette lettre feinte, en l'écrivant pour avoir l'air de ne pas tenir à elle et aussi pour la douceur de dire certaines choses qui ne pouvaient émouvoir que moi et non elle, j'aurais dû d'abord prévoir qu'il était possible qu'elle eût pour effet une réponse négative, c'est-à-dire consacrant ce que je disais ; qu'il était même probable que ce serait, car Albertine eût-elle été moins intelligente qu'elle n'était, elle n'eût pas douté un instant que ce que je disais était faux. Sans s'arrêter, en effet, aux intentions que j'énonçais dans cette lettre, le seul fait que je l'écrivisse, n'eût-il même pas succédé à la démarche de Saint-Loup, suffisait pour lui prouver que je désirais qu'elle revînt et pour lui conseiller de me laisser m'enferrer dans l'hameçon de plus en plus. Puis, après avoir prévu la possibilité d'une réponse négative, j'aurais dû toujours prévoir que brusquement cette réponse me rendrait dans sa plus extrême vivacité mon amour pour Albertine. Et j'aurais dû, toujours avant d'envoyer ma lettre, me demander si, au cas où Albertine répondrait sur le même ton et ne voudrait pas revenir, je serais assez maître de ma douleur pour me forcer à rester silencieux, à ne pas lui télégraphier : « Revenez » ou à ne pas lui envoyer quelque autre émissaire, ce qui, après lui avoir écrit que nous ne nous reverrions pas, était lui montrer avec la dernière évidence que je ne pouvais me passer d'elle, et aboutirait à ce qu'elle refusât plus énergiquement encore, à ce que, ne pouvant plus supporter mon angoisse, je partisse chez elle, qui sait ? peut-être à ce que je n'y fusse pas reçu. Et sans doute c'eût été, après trois énormes maladresses, la pire de toutes, après laquelle il n'y avait plus qu'à me tuer devant sa maison. Mais la manière désastreuse dont est construit l'univers psycho-pathologique veut que l'acte maladroit, l'acte qu'il faudrait avant tout éviter, soit justement l'acte calmant, l'acte qui, ouvrant pour nous, jusqu'à ce que nous en sachions le résultat, de nouvelles perspectives d'espérance, nous débarrasse momentanément de la douleur intolérable que le refus a fait naître en nous. De sorte que, quand la douleur est trop forte, nous nous précipitons dans la maladresse qui consiste à écrire, à faire prier par quelqu'un, à aller voir, à prouver qu'on ne peut se passer de celle qu'on aime. Mais je ne prévis rien de tout cela. Le résultat de cette lettre me paraissait être au contraire de faire revenir Albertine au plus vite. Aussi en pensant à ce résultat, avais-je eu une grande douceur à l'écrire. Mais en même temps je n'avais cessé en écrivant de pleurer ; d'abord un peu de la même manière que le jour où j'avais joué la fausse séparation, parce que, ces mots me représentant l'idée qu'ils m'exprimaient quoiqu'ils tendissent à un but contraire (prononcés mensongèrement pour ne pas, par fierté, avouer que j'aimais), ils portaient en eux leur tristesse, mais aussi parce que je sentais que cette idée avait de la vérité.

Le résultat de cette lettre me paraissant certain, je regrettai de l'avoir envoyée. Car en me représentant le retour, en somme si aisé, d'Albertine, brusquement toutes les raisons qui rendaient notre mariage une chose mauvaise pour moi revinrent avec toute leur force. J'espérai qu'elle refuserait de revenir. J'étais en train de calculer que ma liberté, tout l'avenir de ma vie étaient suspendus à son refus ; que j'avais fait une folie d'écrire ; que j'aurais dû reprendre ma lettre hélas partie, quand Françoise en me donnant aussi le journal qu'elle venait de monter me la rapporta. Elle ne savait pas avec combien de timbres elle devait l'affranchir. Mais aussitôt je changeai d'avis ; je souhaitais qu'Albertine ne revînt pas, mais je voulais que cette décision vînt d'elle pour mettre fin à mon anxiété, et je résolus de rendre la lettre à Françoise. J'ouvris le journal, il annonçait une représentation de la Berma. Alors je me souvins des deux façons différentes dont j'avais écouté Phèdre, et ce fut maintenant d'une troisième que je pensai à la scène de la déclaration. Il me semblait que ce que je m'étais si souvent récité à moi-même, et que j'avais écouté au théâtre, c'était l'énoncé des lois que je devais expérimenter dans ma vie. Il y a dans notre âme des choses auxquelles nous ne savons pas combien nous tenons. Ou bien si nous vivons sans elles, c'est parce que nous remettons de jour en jour, par peur d'échouer, ou de souffrir, d'entrer en leur possession. C'est ce qui m'était arrivé pour Gilberte quand j'avais cru renoncer à elle. Qu'avant le moment où nous sommes tout à fait détachés de ces choses – moment bien postérieur à celui où nous nous en croyons détachés – la jeune fille que nous aimons, par exemple, se fiance, nous sommes fous, nous ne pouvons plus supporter la vie qui nous paraissait si mélancoliquement calme. Ou bien si la chose est en notre possession, nous croyons qu'elle nous est à charge, que nous nous en déferions volontiers. C'est ce qui m'était arrivé pour Albertine. Mais que par un départ l'être indifférent nous soit retiré, et nous ne pouvons plus vivre. Or l'« argument » de Phèdre ne réunissait-il pas les deux cas ? Hippolyte va partir. Phèdre qui jusque-là a pris soin de s'offrir à son inimitié, par scrupule, dit-elle, ou plutôt lui fait dire le poète, parce qu'elle ne voit pas à quoi elle arriverait et qu'elle ne se sent pas aimée, Phèdre n'y tient plus. Elle vient lui avouer son amour, et c'est la scène que je m'étais si souvent récitée : « On dit qu'un prompt départ vous éloigne de nous. » Sans doute cette raison du départ d'Hippolyte est accessoire, peut-on penser, à côté de celle de la mort de Thésée. Et de même quand, quelques vers plus loin, Phèdre fait un instant semblant d'avoir été mal comprise : « Aurais-je perdu tout le soin de ma gloire », on peut croire que c'est parce qu'Hippolyte a repoussé sa déclaration : « Madame, oubliez-vous que Thésée est mon père, et qu'il est votre époux ? » Mais il n'aurait pas eu cette indignation, que, devant le bonheur atteint, Phèdre aurait pu avoir le même sentiment qu'il valait peu de chose. Mais dès qu'elle voit qu'il n'est pas atteint, qu'Hippolyte croit avoir mal compris et s'excuse, alors, comme moi voulant rendre à Françoise ma lettre, elle veut que le refus vienne de lui, elle veut pousser jusqu'au bout sa chance : « Ah ! cruel, tu m'as trop entendue. » Et il n'y a pas jusqu'aux duretés qu'on m'avait racontées de Swann envers Odette, ou de moi à l'égard d'Albertine, duretés qui substituèrent à l'amour antérieur un nouvel amour, fait de pitié, d'attendrissement, de besoin d'effusion et qui ne faisait que varier le premier, qui ne se trouvent aussi dans cette scène : « Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins. Tes malheurs te prêtaient encor de nouveaux charmes. » La preuve que le « soin de sa gloire » n'est pas ce à quoi tient le plus Phèdre, c'est qu'elle pardonnerait à Hippolyte et s'arracherait aux conseils d'Oenone si elle n'apprenait à ce moment qu'Hippolyte aime Aricie. Tant la jalousie, qui en amour équivaut à la perte de tout bonheur, est plus sensible que la perte de la réputation. C'est alors qu'elle laisse Oenone (qui n'est que le nom de la pire partie d'elle-même) calomnier Hippolyte sans se charger « du soin de le défendre » et envoie ainsi celui qui ne veut pas d'elle à un destin dont les calamités ne la consolent d'ailleurs nullement elle-même, puisque sa mort volontaire suit de près la mort d'Hippolyte. C'est du moins ainsi, en réduisant la part de tous les scrupules « jansénistes », comme eût dit Bergotte, que Racine a donnés à Phèdre pour la faire paraître moins coupable, que m'apparaissait cette scène, sorte de prophétie des épisodes amoureux de ma propre existence. Ces réflexions n'avaient d'ailleurs rien changé à ma détermination, et je rendis ma lettre à Françoise pour qu'elle la mît enfin à la poste, afin de réaliser auprès d'Albertine cette tentative qui me paraissait indispensable depuis que j'avais appris qu'elle ne s'était pas effectuée. Et sans doute, nous avons tort de croire que l'accomplissement de notre désir soit peu de chose, puisque dès que nous croyons qu'il peut ne pas se réaliser nous y tenons de nouveau, et ne trouvons qu'il ne valait pas la peine de le poursuivre que quand nous sommes bien sûrs de ne le manquer pas. Et pourtant on a raison aussi. Car si cet accomplissement, si le bonheur ne paraissent petits que par la certitude, cependant ils sont quelque chose d'instable d'où ne peuvent sortir que des chagrins. Et les chagrins seront d'autant plus forts que le désir aura été plus complètement accompli, plus impossibles à supporter que le bonheur aura été, contre la loi de nature, quelque temps prolongé, qu'il aura reçu la consécration de l'habitude. Dans un autre sens aussi, les deux tendances, dans l'espèce celle qui me faisait tenir à ce que ma lettre partît, et, quand je la croyais partie, à la regretter, ont l'une et l'autre en elles leur vérité. Pour la première, il est trop compréhensible que nous courions après notre bonheur – ou notre malheur – et qu'en même temps nous souhaitions de placer devant nous, par cette action nouvelle qui va commencer à dérouler ses conséquences, une attente qui ne nous laisse pas dans le désespoir absolu, en un mot que nous cherchions à faire passer par d'autres formes que nous nous imaginons devoir nous être moins cruelles le mal dont nous souffrons. Mais l'autre tendance n'est pas moins importante, car, née de la croyance au succès de notre entreprise, elle est tout simplement le commencement anticipé de la désillusion que nous éprouverions bientôt en présence de la satisfaction du désir, le regret d'avoir fixé pour nous, aux dépens des autres qui se trouvent exclues, cette forme du bonheur. J'avais donné la lettre à Françoise en lui demandant d'aller vite la mettre à la poste. Dès que ma lettre fut partie je conçus de nouveau le retour d'Albertine comme imminent. Il ne laissait pas de mettre dans ma pensée de gracieuses images qui neutralisaient bien un peu par leur douceur les dangers que je voyais à ce retour. La douceur, perdue depuis si longtemps, de l'avoir auprès de moi m'enivrait.

Le temps passe, et peu à peu tout ce qu'on disait par mensonge devient vrai, je l'avais trop expérimenté avec Gilberte ; l'indifférence que j'avais feinte quand je ne cessais de sangloter avait fini par se réaliser ; peu à peu la vie, comme je le disais à Gilberte en une formule mensongère et qui rétrospectivement était devenue vraie, la vie nous avait séparés. Je me le rappelais, je me disais : « Si Albertine laisse passer quelques mois, mes mensonges deviendront une vérité. Et maintenant que le plus dur est passé, ne serait-il pas à souhaiter qu'elle laissât passer ce mois ? Si elle revient, je renoncerai à la vie véritable que, certes, je ne suis pas en état de goûter encore, mais qui progressivement pourra commencer à présenter pour moi des charmes tandis que le souvenir d'Albertine ira en s'affaiblissant. »

J'ai dit que l'oubli commençait à faire son œuvre. Mais un des effets de l'oubli était précisément – en faisant que beaucoup des aspects déplaisants d'Albertine, des heures ennuyeuses que je passais avec elle, ne se représentaient plus à ma mémoire, cessaient donc d'être des motifs à désirer qu'elle ne fût plus là comme je le souhaitais quand elle y était encore – de me donner d'elle une image sommaire, embellie de tout ce que j'avais éprouvé d'amour pour d'autres. Sous cette forme particulière, l'oubli, qui pourtant travaillait à m'habituer à la séparation, me faisait, en me montrant Albertine plus douce, souhaiter davantage son retour.

When, in the summer at Balbec, Albertine used to wait for me beneath the arcades of Incarville and spring into my carriage, not only had she not yet put on weight, she had, as a result of too much exercise, begun to waste; thin, made plainer by an ugly hat which left visible only the tip of an ugly nose, and a side-view, pale cheeks like white slugs, I recognised very little of her, enough however to know, when she sprang into the carriage, that it was she, that she had been punctual in keeping our appointment and had not gone somewhere else; and this was enough; what we love is too much in the past, consists too much in the time that we have spent together for us to require the whole woman; we wish only to be sure that it is she, not to be mistaken as to her identity, a thing far more important than beauty to those who are in love; her cheeks may grow hollow, her body thin, even to those who were originally most proud, in the eyes of the world, of their domination over beauty, that little tip of a nose, that sign in which is summed up the permanent personality of a woman, that algebraical formula, that constant, is sufficient to prevent a man who is courted in the highest society and is in love with her from being free upon a single evening because he is spending his evenings in brushing and entangling, until it is time to go to bed, the hair of the woman whom he loves, or simply in staying by her side, so that he may be with her or she with him, or merely that she may not be with other people.

“You are sure,” Robert asked me, “that I can begin straight away by offering this woman thirty thousand francs for her husband’s constituency? She is as dishonest as all that? You’re sure you aren’t exaggerating and that three thousand francs wouldn’t be enough?” “No, I beg of you, don’t try to be economical about a thing that matters so much to me. This is what you are to say to her (and it is to some extent true): ‘My friend borrowed these thirty thousand francs from a relative for the election expenses of the uncle of the girl he was engaged to marry. It was because of this engagement that the money was given him. And he asked me to bring it to you so that Albertine should know nothing about it. And now Albertine goes and leaves him. He doesn’t know what to do. He is obliged to pay back the thirty thousand francs if he does not marry Albertine. And if he is going to marry her, then if only to keep up appearances she ought to return immediately, because it will look so bad if she stays away for long.’ You think I’ve made all this up?” “Not at all,” Saint-Loup assured me out of consideration for myself, out of discretion, and also because he knew that truth is often stranger than fiction. After all, it was by no means impossible that in this tale of the thirty thousand francs there might be, as I had told him, a large element of truth. It was possible, but it was not true and this element of truth was in fact a lie. But we lied to each other, Robert and I, as in every conversation when one friend is genuinely anxious to help another who is desperately in love. The friend who is being counsellor, prop, comforter, may pity the other’s distress but cannot share it, and the kinder he is to him the more he has to lie. And the other confesses to him as much as is necessary in order to secure his help, but, simply perhaps in order to secure that help, conceals many things from him. And the happy one of the two is, when all is said, he who takes trouble, goes on a journey, executes a mission, but feels no anguish in his heart. I was at this moment the person that Robert had been at Doncières when he thought that Rachel had abandoned him. “Very well, just as you like; if I get my head bitten off, I accept the snub in advance for your sake. And even if it does seem a bit queer to make such an open bargain, I know that in our own set there are plenty of duchesses, even the most stuffy of them, who if you offered them thirty thousand francs Would do things far more difficult than telling their nieces not to stay in Touraine. Anyhow I am doubly glad to be doing you a service, since that is the only reason that will make you consent to see me. If I marry,” he went on, “don’t you think we might see more of one another, won’t you look upon my house as your own....” He stopped short, the thought having suddenly occurred to him (as I supposed at the time) that, if I too were to marry, his wife would not be able to make an intimate friend of Albertine. And I remembered what the Cambremers had said to me as to the probability of his marrying a niece of the Prince de Guermantes. He consulted the time-table, and found that he could not leave Paris until the evening. Françoise inquired: “Am I to take Mlle. Albertine’s bed out of the study?” “Not at all,” I said, “you must leave everything ready for her.” I hoped that she would return any day and did not wish Françoise to suppose that there could be any doubt of her return. Albertine’s departure must appear to have been arranged between ourselves, and not in any way to imply that she loved me less than before. But Françoise looked at me with an air, if not of incredulity, at any rate of doubt. She too had her alternative hypotheses. Her nostrils expanded, she could scent the quarrel, she must have felt it in the air for a long time past. And if she was not absolutely sure of it, this was perhaps because, like myself, she would hesitate to believe unconditionally what would have given her too much pleasure. Now the burden of the affair rested no longer upon my overwrought mind, but upon Saint-Loup. I became quite light-hearted because I had made a decision, because I could say to myself: “I haven’t lost any time, I have acted.” Saint-Loup can barely have been in the train when in the hall I ran into Bloch, whose ring I had not heard, and so was obliged to let him stay with me for a minute. He had met me recently with Albertine (whom he had known at Balbec) on a day when she was in bad humour. “I met M. Bontemps at dinner,” he told me, “and as I have a certain influence over him, I told him that I was grieved that his niece was not nicer to you, that he must make entreaties to her in that connexion.” I boiled with rage; these entreaties, this compassion destroyed the whole effect of Saint-Loup’s intervention and brought me into direct contact with Albertine herself whom I now seemed to be imploring to return. To make matters worse, Françoise, who was lingering in the hall, could hear every word. I heaped every imaginable reproach upon Bloch, telling him that I had never authorised him to do anything of the sort and that, besides, the whole thing was nonsense. Bloch, from that moment, continued to smile, less, I imagine, from joy than from self-consciousness at having made me angry. He laughingly expressed his surprise at having provoked such anger. Perhaps he said this hoping to minimise in my mind the importance of his indiscreet intervention, perhaps it Was because he was of a cowardly nature, and lived gaily and idly in an atmosphere of falsehood, as jelly-fish float upon the surface of the sea, perhaps because, even if he had not been of a different race, as other people can never place themselves at our point of view, they do not realise the magnitude of the injury that words uttered at random can do us. I had barely shewn him out, unable to think of any remedy for the mischief that he had done, when the bell rang again and Françoise brought me a summons from the head of the Sûreté. The parents of the little girl whom I had brought into the house for an hour had decided to lodge a complaint against me for corruption of a child under the age of consent. There are moments in life when a sort of beauty is created by the multiplicity of the troubles that assail us, intertwined like Wagnerian leitmotiv, from the idea also, which then emerges, that events are not situated in the content of the reflexions portrayed in the wretched little mirror which the mind holds in front of it and which is called the future, that they are somewhere outside, and spring up as suddenly as a person who comes to accuse us of a crime. Even when left to itself, an event becomes modified, whether frustration amplifies it for us or satisfaction reduces it. But it is rarely unaccompanied. The feelings aroused by each event contradict one another, and there comes to a certain extent, as I felt when on my way to the head of the Sûreté, an at least momentary revulsion which is as provocative of sentimental misery as fear. I found at the Sûreté the girl’s parents who insulted me by saying: “We don’t eat this sort of bread,” and handed me back the five hundred francs which I declined to take, and the head of the Sûreté who, setting himself the inimitable example of the judicial facility in repartee, took hold of a word from each sentence that I uttered, a word which enabled him to make a witty and crushing retort. My innocence of the alleged crime was never taken into consideration, for that was the sole hypothesis which nobody was willing to accept for an instant. Nevertheless the difficulty of a conviction enabled me to escape with an extremely violent reprimand, while the parents were in the room. But as soon as they had gone, the head of the Sûreté, who had a weakness for little girls, changed his tone and admonished me as one man to another: “Next time, you must be more careful. Gad, you can’t pick them up as easily as that, or you’ll get into trouble. Anyhow, you can find dozens of girls better than that one, and far cheaper. It was a perfectly ridiculous amount to pay.” I felt him to be so incapable of understanding me if I attempted to tell him the truth that without saying a word I took advantage of his permission to withdraw. Every passer-by, until I was safely at home, seemed to me an inspector appointed to spy upon my behaviour. But this leitmotiv, like that of my anger with Bloch, died away, leaving the field clear for that of Albertine’s departure. And this took its place once more, but in an almost joyous tone now that Saint-Loup had started. Now that he had undertaken to go and see Mme. Bontemps, my sufferings had been dispelled. I believed that this was because I had taken action, I believed it sincerely, for we never know what we conceal in our heart of hearts. What really made me happy was not, as I supposed, that I had transferred my load of indecisions to Saint-Loup. I was not, for that matter, entirely wrong; the specific remedy for an unfortunate event (and three events out of four are unfortunate) is a decision; for its effect is that, by a sudden reversal of our thoughts, it interrupts the flow of those that come from the past event and prolong its vibration, and breaks that flow with a contrary flow of contrary thoughts, come from without, from the future. But these new thoughts are most of all beneficial to us when (and this was the case with the thoughts that assailed me at this moment), from the heart of that future, it is a hope that they bring us. What really made me so happy was the secret certainty that Saint-Loup’s mission could not fail, Albertine was bound to return, I realised this; for not having received, on the following day, any answer from Saint-Loup, I began to suffer afresh. My decision, my transference to him of full power of action, were not therefore the cause of my joy, which, in that case, would have persisted; but rather the ‘Success is certain’ which had been in my mind when I said: “Come what may.” And the thought aroused by his delay, that, after all, his mission might not prove successful, was so hateful to me that I had lost my gaiety. It is in reality our anticipation, our hope of happy events that fills us with a joy which we ascribe to other causes and which ceases, letting us relapse into misery, if we are no longer so assured that what we desire will come to pass. It is always this invisible belief that sustains the edifice of our world of sensation, deprived of which it rocks from its foundations. We have seen that it created for us the merit or unimportance of other people, our excitement or boredom at seeing them. It creates similarly the possibility of enduring a grief which seems to us trivial, simply because we are convinced that it will presently be brought to an end, or its sudden enlargement until the presence of a certain person matters as much as, possibly more than our life itself. One thing however succeeded in making my heartache as keen as it had been at the first moment and (I am bound to admit) no longer was. This was when I read over again a passage in Albertine’s letter. It is all very well our loving people, the pain of losing them, when in our isolation we are confronted with it alone, to which our mind gives, to a certain extent, whatever form it chooses, this pain is endurable and different from that other pain less human, less our own, as unforeseen and unusual as an accident in the moral world and in the region of our heart, which is caused not so much by the people themselves as by the manner in which we have learned that we are not to see them again. Albertine, I might think of her with gentle tears, accepting the fact that I should not be able to see her again this evening as I had seen her last night, but when I read over again: “my decision is irrevocable,” that was another matter, it was like taking a dangerous drug which might give me a heart attack which I could not survive. There is in inanimate objects, in events, in farewell letters a special danger which amplifies and even alters the nature of the grief that people are capable of causing us. But this pain did not last long. I was, when all was said, so sure of Saint-Loup’s skill, of his eventual success, Albertine’s return seemed to me so certain that I asked myself whether I had had any reason to hope for it. Nevertheless, I rejoiced at the thought. Unfortunately for myself, who supposed the business with the Sûreté to be over and done with, Françoise came in to tell me that an inspector had called to inquire whether I was in the habit of having girls in the house, that the porter, supposing him to refer to Albertine, had replied in the affirmative, and that from that moment it had seemed that the house was being watched. In future it would be impossible for me ever to bring a little girl into the house to console me in my grief, without the risk of being put to shame in her eyes by the sudden intrusion of an inspector, and of her regarding me as a criminal. And at the same instant I realised how far more we live for certain ideas than we suppose, for this impossibility of my ever taking a little girl on my knee again seemed to me to destroy all the value of my life, but what was more I understood how comprehensible it is that people will readily refuse wealth and risk their lives, whereas we imagine that pecuniary interest and the fear of death rule the world. For if I had thought that even a little girl who was a complete stranger might by the arrival of a policeman, be given a bad impression of myself, how much more readily would I have committed suicide. And yet there was no possible comparison between the two degrees of suffering. Now in everyday life we never bear in mind that the people to whom we offer money, whom we threaten to kill, may have mistresses or merely friends, to whose esteem they attach importance, not to mention their own self-respect. But, all of a sudden, by a confusion of which I was not aware (I did not in fact remember that Albertine, being of full age, was free to live under my roof and even to be my mistress), it seemed to me that the charge of corrupting minors might include Albertine also. Thereupon my life appeared to me to be hedged in on every side. And when I thought that I had not lived chastely with her, I found in the punishment that had been inflicted upon me for having forced an unknown little girl to accept money, that relation which almost always exists in human sanctions, the effect of which is that there is hardly ever either a fair sentence or a judicial error, but a sort of compromise between the false idea that the judge forms of an innocent action and the culpable deeds of which he is unaware. But then when I thought that Albertine’s return might involve me in the scandal of a sentence which would degrade me in her eyes and would perhaps do her, too, an injury which she would not forgive me, I ceased to look forward to her return, it terrified me. I would have liked to telegraph to her not to come back. And immediately, drowning everything else, the passionate desire for her return overwhelmed me. The fact was that having for an instant considered the possibility of telling her not to return and of living without her, all of a sudden, I felt myself on the contrary ready to abandon all travel, all pleasure, all work, if only Albertine might return! Ah, how my love for Albertine, the course of which I had supposed that I could foretell, on the analogy of my previous love for Gilberte, had developed in an entirely opposite direction! How impossible it was for me to live without seeing her! And with each of my actions, even the most trivial, since they had all been steeped before in the blissful atmosphere which was Albertine’s presence, I was obliged in turn, with a fresh expenditure of energy, with the same grief, to begin again the apprenticeship of separation. Then the competition of other forms of life thrust this latest grief into the background, and, during those days which were the first days of spring, I even found, as I waited until Saint-Loup should have seen Mme. Bontemps, in imagining Venice and beautiful, unknown women, a few moments of pleasing calm. As soon as I was conscious of this, I felt in myself a panic terror. This calm which I had just enjoyed was the first apparition of that great occasional force which was to wage war in me against grief, against love, and would in the end prove victorious. This state of which I had just had a foretaste and had received the warning, was, for a moment only, what would in time to come be my permanent state, a life in which I should no longer be able to suffer on account of Albertine, in which I should no longer be in love with her. And my love, which had just seen and recognised the one enemy by whom it could be conquered, forgetfulness, began to tremble, like a lion which in the cage in which it has been confined has suddenly caught sight of the python that is about to devour it.

I thought of Albertine all the time and never was Françoise, when she came into my room, quick enough in saying: “There are no letters,” to curtail my anguish. From time to time I succeeded, by letting some current or other of ideas flow through my grief, in refreshing, in aerating to some slight extent the vitiated atmosphere of my heart, but at night, if I succeeded in going to sleep, then it was as though the memory of Albertine had been the drug that had procured my sleep, whereas the cessation of its influence would awaken me. I thought all the time of Albertine while I was asleep. It was a special sleep of her own that she gave me, and one in which, moreover, I should no longer have been at liberty, as when awake, to think of other things. Sleep and the memory of her were the two substances which I must mix together and take at one draught in order to put myself to sleep. When I was awake, moreover, my suffering went on increasing day by day instead of diminishing, not that oblivion was not performing its task, but because by the very fact of its doing so it favoured the idealisation of the regretted image and thereby the assimilation of my initial suffering to other analogous sufferings which intensified it. Still this image was endurable. But if all of a sudden I thought of her room, of her room in which the bed stood empty, of her piano, her motor-car, I lost all my strength, I shut my eyes, let my head droop upon my shoulder like a person who is about to faint. The sound of doors being opened hurt me almost as much because it was not she that was opening them.

When it was possible that a telegram might have come from Saint-Loup, Idared not ask: “Is there a telegram?” At length one did come, but brought with it only a postponement of any result, with the message: “The ladies have gone away for three days.” No doubt, if I had endured the four days that had already elapsed since her departure, it was because I said to myself: “It is only a matter of time, by the end of the week she will be here.” But this argument did not alter the fact that for my heart, for my body, the action to be performed was the same: living without her, returning home and not finding her in the house, passing the door of her room — as for opening it, I had not yet the courage to do that — knowing that she was not inside, going to bed without having said good night to her, such were the tasks that my heart had been obliged to accomplish in their terrible entirety, and for all the world as though I had not been going to see Albertine. But the fact that my heart had already performed this daily task four times proved that it was now capable of continuing to perform it. And soon, perhaps, the consideration which helped me to go on living in this fashion — the prospect of Albertine’s return — I should cease to feel any need of it (I should be able to say to myself: “She is never coming back,” and remain alive all the same as I had already been living for the last four days), like a cripple who has recovered the use of his feet and can dispense with his crutches. No doubt when I came home at night I still found, taking my breath away, stifling me in the vacuum of solitude, the memories placed end to end in an interminable series of all the evenings upon which Albertine had been waiting for me; but already I found in this series my memory of last night, of the night before and of the two previous evenings, that is to say the memory of the four nights that had passed since Albertine’s departure, during which I had remained without her, alone, through which nevertheless I had lived, four nights already, forming a string of memories that was very slender compared with the other, but to which every new day would perhaps add substance. I shall say nothing of the letter conveying a declaration of affection which I received at this time from a niece of Mme. de Guermantes, considered the prettiest girl in Paris, nor of the overtures made to me by the Duc de Guermantes on behalf of her parents, resigned, in their anxiety to secure their daughter’s happiness, to the inequality of the match, to an apparent misalliance. Such incidents which might prove gratifying to our self-esteem are too painful when we are in love. We feel a desire, but shrink from the indelicacy of communicating them to her who has a less flattering opinion of us, nor would that opinion be altered by the knowledge that we are able to inspire one that is very different. What the Duke’s niece wrote to me could only have made Albertine angry. From the moment of waking, when I picked my grief up again at the point which I had reached when I fell asleep, like a book which had been shut for a while but which I would keep before my eyes until night, it could be only with some thought relating to Albertine that all my sensation would be brought into harmony, whether it came to me from without or from within. The bell rang: it is a letter from her, it is she herself perhaps! If I felt myself in better health, not too miserable, I was no longer jealous, I no longer had any grievance against her, I would have liked to see her at once, to kiss her, to live happily with her ever after. The act of telegraphing to her: “Come at once” seemed to me to have become a perfectly simple thing, as though my fresh mood had changed not merely my inclinations but things external to myself, had made them more easy. If I was in a sombre mood, all my anger with her revived, I no longer felt any desire to kiss her, I felt how impossible it was that she could ever make me happy, I sought only to do her harm and to prevent her from belonging to other people. But these two opposite moods had an identical result: it was essential that she should return as soon as possible. And yet, however keen my joy at the moment of her return, I felt that very soon the same difficulties would crop up again and that to seek happiness in the satisfaction of a moral desire was as fatuous as to attempt to reach the horizon by walking straight ahead. The farther the desire advances, the farther does true possession withdraw. So that if happiness or at least freedom from suffering can be found it is not the satisfaction, but the gradual reduction, the eventual extinction of our desire that we must seek. We attempt to see the person whom we love, we ought to attempt not to see her, oblivion alone brings about an ultimate extinction of desire. And I imagine that if an author were to publish truths of this sort he would dedicate the book that contained them to a woman to whom he would thus take pleasure in returning, saying to her: “This book is yours.” And thus, while telling the truth in his book, he would be lying in his dedication, for he will attach to the book’s being hers only the importance that he attaches to the stone that came to him from her which will remain precious to him only so long as he is in love with her. The bonds that unite another person to ourselves exist only in our mind. Memory as it grows fainter relaxes them, and notwithstanding the illusion by which we would fain be cheated and with which, out of love, friendship, politeness, deference, duty, we cheat other people, we exist alone. Man is the creature that cannot emerge from himself, that knows his fellows only in himself; when he asserts the contrary, he is lying. And I should have been in such terror (had there been anyone capable of taking it) of somebody’s robbing me of this need of her, this love for her, that I convinced myself that it had a value in my life. To be able to hear uttered, without being either fascinated or pained by them, the names of the stations through which the train passed on its way to Touraine, would have seemed to me a diminution of myself (for no other reason really than that it would have proved that Albertine was ceasing to interest me); it was just as well, I told myself, that by incessantly asking myself what she could be doing, thinking, longing, at every moment, whether she intended, whether she was going to return, I should be keeping open that communicating door which love had installed in me, and feeling another person’s mind flood through open sluices the reservoir which must not again become stagnant. Presently, as Saint-Loup remained silent, a subordinate anxiety — my expectation of a further telegram, of a telephone call from him — masked the other, my uncertainty as to the result, whether Albertine was going to return. Listening for every sound in expectation of the telegram became so intolerable that I felt that, whatever might be its contents, the arrival of the telegram, which was the only thing of which I could think at the moment, would put an end to my sufferings. But when at length I had received a telegram from Robert in which he informed me that he had seen Mme. Bontemps, but that, notwithstanding all his precautions, Albertine had seen him, and that this had upset everything, I burst out in a torrent of fury and despair, for this was what I would have done anything in the world to prevent. Once it came to Albertine’s knowledge, Saint-Loup’s mission gave me an appearance of being dependent upon her which could only dissuade her from returning, my horror of which was, as it happened, all that I had retained of the pride that my love had boasted in Gilberte’s day and had since lost. I cursed Robert. Then I told myself that, if this attempt had failed, I would try another. Since man is able to influence the outer world, how, if I brought into play cunning, intelligence, pecuniary advantage, affection, should I fail to succeed in destroying this appalling fact: Albertine’s absence. We believe that according to our desire we are able to change the things around about us, we believe this because otherwise we can see no favourable solution. We forget the solution that generally comes to pass and is also favourable: we do not succeed in changing things according to our desire, but gradually our desire changes. The situation that we hoped to change because it was intolerable becomes unimportant. We have not managed to surmount the obstacle, as we were absolutely determined to do, but life has taken us round it, led us past it, and then if we turn round to gaze at the remote past, we can barely catch sight of it, so imperceptible has it become. In the flat above ours, one of the neighbours was strumming songs. I applied their words, which I knew, to Albertine and myself, and was stirred by so profound a sentiment that I began to cry. The words were:

“Hélas, l’oiseau qui fuit ce qu’il croit l’esclavage,
d’un vol désespéré revient battre au vitrage”

and the death of Manon:

“Manon, réponds-moi donc,
Seul amour de mon âme, je n’ai su qu’aujourd’hui
la bonté de ton coeur.”

Since Manon returned to Des Grieux, it seemed to me that I was to Albertine the one and only love of her life. Alas, it is probable that, if she had been listening at that moment to the same air, it would not have been myself that she would have cherished under the name of Des Grieux, and, even if the idea had occurred to her, the memory of myself would have checked her emotion on hearing this music, albeit it was, although better and more distinguished, just the sort of music that she admired. As for myself, I had not the courage to abandon myself to so pleasant a train of thought, to imagine Albertine calling me her ‘heart’s only love’ and realising that she had been mistaken over what she ‘had thought to be bondage.’ I knew that we can never read a novel without giving its heroine the form and features of the woman with whom we are in love. But be the ending as happy as it may, our love has not advanced an inch and, when we have shut the book, she whom we love and who has come to us at last in its pages, loves us no better in real life. In a fit of fury, I telegraphed to Saint-Loup to return as quickly as possible to Paris, so as to avoid at least the appearance of an aggravating insistence upon a mission which I had been so anxious to keep secret. But even before he had returned in obedience to my instructions it was from Albertine herself that I received the following letter:

“My dear, you have sent your friend Saint-Loup to my aunt, which was foolish. My dear boy, if you needed me why did you not write to me myself, I should have been only too delighted to come back, do not let us have any more of these absurd complications.” “I should have been only too delighted to come back!” If she said this, it must mean that she regretted her departure, and was only seeking an excuse to return. So that I had merely to do what she said, to write to her that I needed her, and she would return.

I was going, then, to see her again, her, the Albertine of Balbec (for since her departure this was what she had once more become to me; like a sea-shell to which we cease to pay any attention while we have it on the chest of drawers in our room, once we have parted with it, either by giving it away or by losing it, and begin to think about it, a thing which we had ceased to do, she recalled to me all the joyous beauty of the blue mountains of the sea). And it was not only she that had become a creature of the imagination, that is to say desirable, life with her had become an imaginary life, that is to a life set free from all difficulties, so that I said to myself: “How happy we are going to be!” But, now that I was assured of her return, I must not appear to be seeking to hasten it, but must on the contrary efface the bad impression left by Saint-Loup’s intervention, which I could always disavow later on by saying that he had acted upon his own initiative, because he had always been in favour of our marriage. Meanwhile, I read her letter again, and was nevertheless disappointed when I saw how little there is of a person in a letter. Doubtless the characters traced on the paper express our thoughts, as do also our features: it is still a thought of some kind that we see before us. But all the same, in the person, the thought is not apparent to us until it has been diffused through the expanded water-lily of her face. This modifies it considerably. And it is perhaps one of the causes of our perpetual disappointments in love, this perpetual deviation which brings it about that, in response to our expectation of the ideal person with whom we are in love, each meeting provides us with a person in flesh and blood in whom there is already so little trace of our dream. And then when we demand something of this person, we receive from her a letter in which even of the person very little remains, as in the letters of an algebraical formula there no longer remains the precise value of the arithmetical ciphers, which themselves do not contain the qualities of the fruit or flowers that they enumerate. And yet love, the beloved object, her letters, are perhaps nevertheless translations (unsatisfying as it may be to pass from one to the other) of the same reality, since the letter seems to us inadequate only while we are reading it, but we have been sweating blood until its arrival, and it is sufficient to calm our anguish, if not to appease, with its tiny black symbols, our desire which knows that it contains after all only the equivalent of a word, a smile, a kiss, not the things themselves.

I wrote to Albertine:

“My dear, I was just about to write to you, and I thank you for telling me that if I had been in need of you you would have come at once; it is like you to have so exalted a sense of devotion to an old friend, which can only increase my regard for you. But no, I did not ask and I shall not ask you to return; our meeting — for a long time to come — might not be painful, perhaps, to you, a heartless girl. To me whom at times you have thought so cold, it would be most painful. Life has driven us apart. You have made a decision which I consider very wise, and which you have made at the right moment, with a marvellous presentiment, for you left me on the day on which I had just received my mother’s consent to my asking you to marry me. I would have told you this when I awoke, when I received her letter (at the same moment as yours). Perhaps you would have been afraid of distressing me by leaving immediately after that. And we should perhaps have united our lives in what would have been for us (who knows?) misery. If this is what was in store for us, then I bless you for your wisdom. We should lose all the fruit of it were we to meet again. This is not to say that I should not find it a temptation. But I claim no great credit for resisting it. You know what an inconstant person I am and how quickly I forget. You have told me often, I am first and foremost a man of habit. The habits which I am beginning to form in your absence are not as yet very strong. Naturally, at this moment, the habits that I had when you were with me, habits which your departure has upset, are still the stronger. They will not remain so for very long. For that reason, indeed, I had thought of taking advantage of these last few days in which our meeting would not yet be for me what it will be in a fortnight’s time, perhaps even sooner (forgive my frankness): a disturbance,— I had thought of taking advantage of them, before the final oblivion, in order to settle certain little material questions with you, in which you might, as a good and charming friend, have rendered a service to him who for five minutes imagined himself your future husband. As I never expected that my mother would approve, as on the other hand I desired that we should each of us enjoy all that liberty of which you had too generously and abundantly made a sacrifice which might be admissible had we been living together for a few weeks, but would have become as hateful to you as to myself now that we were to spend the rest of our lives together (it almost hurts me to think as I write to you that this nearly happened, that the news came only a moment too late), I had thought of organising our existence in the most independent manner possible, and, to begin with, I wished you to have that yacht in which you could go cruising while I, not being well enough to accompany you, would wait for you at the port (I had written to Elstir to ask for his advice, since you admire his taste), and on land I wished you to have a motor-car to yourself, for your very own, in which you could go out, could travel wherever you chose. The yacht was almost ready; it is named, after a wish that you expressed at Balbec, le Cygne. And remembering that your favourite make of car was the Rolls, I had ordered one. But now that we are never to meet again, as I have no hope of persuading you to accept either the vessel or the car (to me they would be quite useless), I had thought — as I had ordered them through an agent, but in your name — that you might perhaps by countermanding them, yourself, save me the expense of the yacht and the car which are no longer required. But this, and many other matters, would need to be discussed. Well, I find that so long as I am capable of falling in love with you again, which will not be for long, it would be madness, for the sake of a sailing-vessel and a Rolls-Royce, to meet again and to risk the happiness of your life since you have decided that it lies in your living apart from myself. No, I prefer to keep the Rolls and even the yacht. And as I shall make no use of them and they are likely to remain for ever, one in its dock, dismantled, the other in its garage, I shall have engraved upon the yacht (Heavens, I am afraid of misquoting the title and committing a heresy which would shock you) those lines of Mallarmé which you used to like:

Un cygne d’autrefois se souvient que c’est lui
Magnifique mais qui sans espoir se délivre
Pour n’avoir pas chanté la région où vivre
Quand du stérile hiver a resplendi l’ennui.

You remember — it is the poem that begins:

Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui...

Alas, to-day is no longer either virginal or fair. But the men who know, as I know, that they will very soon make of it an endurable ‘to-morrow’ are seldom endurable themselves. As for the Rolls, it would deserve rather those other lines of the same poet which you said you could not understand:

Dis si je ne suis pas joyeux
Tonnerre et rubis aux moyeux
De voir en l’air que ce feu troue

Avec des royaumes épars
Comme mourir pourpre la roue
Du seul vespéral de mes chars.

“Farewell for ever, my little Albertine, and thanks once again for the charming drive which we took on the eve of our parting. I retain a very pleasant memory of it.

“P.S. I make no reference to what you tell me of the alleged suggestions which Saint-Loup (whom I do not for a moment believe to be in Touraine) may have made to your aunt. It is just like a Sherlock Holmes story. For what do you take me?”

No doubt, just as I had said in the past to Albertine: “I am not in love with you,” in order that she might love me; “I forget people when I do not see them,” in order that she might come often to see me; “I have decided to leave you,” in order to forestall any idea of a parting, now it was because I was absolutely determined that she must return within a week that’I said to her: “Farewell for ever”; it was because I wished to see her again that I said to her: “I think it would be dangerous to see you”; it was because living apart from her seemed to me worse than death that I wrote to her: “You were right, we should be wretched together.” Alas, this false letter, when I wrote it in order to appear not to be dependent upon her and also to enjoy the pleasure of saying certain things which could arouse emotion only in myself and not in her, I ought to have foreseen from the start that it was possible that it would result in a negative response, that is to say one which confirmed what I had said; that this was indeed probable, for even had Albertine been less intelligent than she was, she would never have doubted for an instant that what I said to her was untrue. Indeed without pausing to consider the intentions that I expressed in this letter, the mere fact of my writing it, even if it had not been preceded by Saint-Loup’s intervention, was enough to prove to her that I desired her return and to prompt her to let me become more and more inextricably ensnared. Then, having foreseen the possibility of a reply in the negative, I ought also to have foreseen that this reply would at once revive in its fullest intensity my love for Albertine. And I ought, still before posting my letter, to have asked myself whether, in the event of Albertine’s replying in the same tone and refusing to return, I should have sufficient control over my grief to force myself to remain silent, not to telegraph to her: “Come back,” not to send her some other messenger, which, after I had written to her that we would not meet again, would make it perfectly obvious that I could not get on without her, and would lead to her refusing more emphatically than ever, whereupon I, unable to endure my anguish for another moment, would go down to visit her and might, for all I knew, be refused admission. And, no doubt, this would have been, after three enormous blunders, the worst of all, after which there would be nothing left but to take my life in front of her house. But the disastrous manner in which the psychopathic universe is constructed has decreed that the clumsy action, the action which we ought most carefully to have avoided, should be precisely the action that will calm us, the action that, opening before us, until we learn its result, fresh avenues of hope, relieves us for the moment of the intolerable pain which a refusal has aroused in us. With the result that, when the pain is too keen, we dash headlong into the blunder that consists in writing, sending somebody to intercede, going in person, proving that we cannot get on without the woman we love. But I foresaw nothing of all this. The probable result of my letter seemed to me on the contrary to be that of making Albertine return to me at once. And so, as I thought of this result, I greatly enjoyed writing the letter. But at the same time I had not ceased, while writing it, from shedding tears; partly, at first, in the same way as upon the day when I had acted a pretence of separation, because, as the words represented for me the idea which they expressed to me, albeit they were aimed in the opposite direction (uttered mendaciously because my pride forbade me to admit that I was in love), they carried their own load of sorrow. But also because I felt that the idea contained a grain of truth.

As this letter seemed to me to be certain of its effect, I began to regret that I had sent it. For as I pictured to myself the return (so natural, after all), of Albertine, immediately all the reasons which made our marriage a thing disastrous to myself returned in their fullest force. I hoped that she would refuse to come back. I was engaged in calculating that my liberty, my whole future depended upon her refusal, that I had been mad to write to her, that I ought to have retrieved my letter which, alas, had gone, when Françoise, with the newspaper which she had just brought upstairs, handed it back to me. She was not certain how many stamps it required. But immediately I changed my mind; I hoped that Albertine would not return, but I wished the decision to come from her, so as to put an end to my anxiety, and I handed the letter back to Françoise. I opened the newspaper; it announced a performance by Berma. Then I remembered the two different attitudes in which I had listened to Phèdre, and it was now in a third attitude that I thought of the declaration scene. It seemed to me that what I had so often repeated to myself, and had heard recited in the theatre, was the statement of the laws of which I must make experience in my life. There are in our soul things to which we do not realise how strongly we are attached. Or else, if we live without them, it is because we put off from day to day, from fear of failure, or of being made to suffer, entering into possession of them. This was what had happened to me in the case of Gilberte when I thought that I had given her up. If before the moment in which we are entirely detached from these things — a moment long subsequent to that in which we suppose ourselves to have been detached from them — the girl with whom we are in love becomes, for instance, engaged to some one else, we are mad, we can no longer endure the life which appeared to us to be so sorrowfully calm. Or else, if we are in control of the situation, we feel that she is a burden, we would gladly be rid of her. Which was what had happened to me in the case of Albertine. But let a sudden departure remove the unloved creature from us, we are unable to survive. But did not the plot of Phèdre combine these two cases? Hippolyte is about to leave. Phèdre, who until then has taken care to court his hostility, from a scruple of conscience, she says, or rather the poet makes her say, because she is unable to foresee the consequences and feels that she is not loved, Phèdre can endure the situation no longer. She comes to him to confess her love, and this was the scene which I had so often repeated to myself:

On dit qu’un prompt départ vous éloigne de nous....

Doubtless this reason for the departure of Hippolyte is less decisive, we may suppose, than the death of Thésée. And similarly when, a few lines farther on, Phèdre pretends for a moment that she has been misunderstood:

Aurais-je perdu tout le soin de ma gloire?

we may suppose that it is because Hippolyte has repulsed her declaration.

Madame, oubliez-vous
Que Thésée est mon père, et qu’il est votre époux?

But there would not have been this indignation unless, in the moment of a consummated bliss, Phèdre could have had the same feeling that it amounted to little or nothing. Whereas, as soon as she sees that it is not to be consummated, that Hippolyte thinks that he has misunderstood her and makes apologies, then, like myself when I decided to give my letter back to Françoise, she decides that the refusal must come from him, decides to stake everything upon his answer:

Ah! cruel, tu m’as trop entendue.

And there is nothing, not even the harshness with which, as I had been told, Swann had treated Odette, or I myself had treated Albertine, a harshness which substituted for the original love a new love composed of pity, emotion, of the need of effusion, which is only a variant of the former love, that is not to be found also in this scene:

Tu me haïssais plus, je ne t’aimais pas moins.
Tes malheurs te prêtaient encor de nouveaux charmes.

What proves that it is not to the ‘thought of her own fame’ that Phèdre attaches most importance is that she would forgive Hippolyte and turn a deaf ear to the advice of Oenone had she not learned at the same instant that Hippolyte was in love with Aricie. So it is that jealousy, which in love is equivalent to the loss of all happiness, outweighs any loss of reputation. It is then that she allows Oenone (which is merely a name for the baser part of herself) to slander Hippolyte without taking upon herself the ‘burden of his defence’ and thus sends the man who will have none of her to a fate the calamities of which are no consolation, however, to herself, since her own suicide follows immediately upon the death of Hippolyte. Thus at least it was, with a diminution of the part played by all the ‘Jansenist scruples,’ as Bergotte would have said, which Racine ascribed to Phèdre to make her less guilty, that this scene appeared to me, a sort of prophecy of the amorous episodes in my own life. These reflexions had, however, altered nothing of my determination, and I handed my letter to Françoise so that she might post it after all, in order to carry into effect that appeal to Albertine which seemed to me to be indispensable, now that I had learned that my former attempt had failed. And no doubt we are wrong when we suppose that the accomplishment of our desire is a small matter, since as soon as we believe that it cannot be realised we become intent upon it once again, and decide that it was not worth our while to pursue it only when we are quite certain that our attempt will not fail. And yet we are right also. For if this accomplishment, if our happiness appear of small account only in the light of certainty, nevertheless they are an unstable element from which only trouble can arise. And our trouble will be all the greater the more completely our desire will have been accomplished, all the more impossible to endure when our happiness has been, in defiance of the law of nature, prolonged for a certain period, when it has received the consecration of habit. In another sense as well, these two tendencies, by which I mean that which made me anxious that my letter should be posted, and, when I thought that it had gone, my regret that I had written it, have each of them a certain element of truth. In the case of the first, it is easily comprehensible that we should go in pursuit of our happiness — or misery — and that at the same time we should hope to keep before us, by this latest action which is about to involve us in its consequences, a state of expectancy which does not leave us in absolute despair, in a word that we should seek to convert into other forms, which, we imagine, must be less painful to us, the malady from which we are suffering. But the other tendency is no less important, for, born of our belief in the success of our enterprise, it is simply an anticipation of the disappointment which we should very soon feel in the presence of a satisfied desire, our regret at having fixed for ourselves, at the expense of other forms which are necessarily excluded, this form of happiness. I had given my letter to Françoise and had asked her to go out at once and post it. As soon as the letter had gone, I began once more to think of Albertine’s return as imminent. It did not fail to introduce into my mind certain pleasing images which neutralised somewhat by their attractions the dangers that I foresaw in her return. The pleasure, so long lost, of having her with me was intoxicating.

Time passes, and gradually everything that we have said in falsehood becomes true; I had learned this only too well with Gilberte; the indifference that I had feigned when I could never restrain my tears had ended by becoming real; gradually life, as I told Gilberte in a lying formula which retrospectively had become true, life had driven us apart. I recalled this, I said to myself: “If Albertine allows an interval to elapse, my lies will become the truth. And now that the worst moments are over, ought I not to hope that she will allow this month to pass without returning? If she returns, I shall have to renounce the true life which certainly I am not in a fit state to enjoy as yet, but which as time goes on may begin to offer me attractions while my memory of Albertine grows fainter.”

I have said that oblivion was beginning to perform its task. But one of the effects of oblivion was precisely — since it meant that many of Albertine’s less pleasing aspects, of the boring hours that I had spent with her, no longer figured in my memory, ceased therefore to be reasons for my desiring that she should not be with me as I used to wish when she was still in the house — that it gave me a curtailed impression of her, enhanced by all the love that I had ever felt for other women. In this novel aspect of her, oblivion which nevertheless was engaged upon making me accustomed to our separation, made me, by shewing me a more attractive Albertine, long all the more for her return.