A4 / De sorte que ces quelques années / With the result that these several years

De sorte que ces quelques années n'imposaient pas seulement au souvenir d'Albertine, qui les rendait si douloureuses, la couleur successive, les modalités différentes de leurs saisons ou de leurs heures, des fins d'après-midi de juin aux soirs d'hiver, des clairs de lune sur la mer à l'aube en rentrant à la maison, de la neige de Paris aux feuilles mortes de Saint-Cloud, mais encore de l'idée particulière que je me faisais successivement d'Albertine, de l'aspect physique sous lequel je me la représentais à chacun de ces moments, de la fréquence plus ou moins grande avec laquelle je la voyais cette saison-là, laquelle s'en trouvait comme plus dispersée ou plus compacte, des anxiétés qu'elle avait pu m'y causer par l'attente, du désir que j'avais à tel moment pour elle, d'espoirs formés, puis perdus ; tout cela modifiait le caractère de ma tristesse rétrospective tout autant que les impressions de lumière ou de parfums qui lui étaient associées, et complétait chacune des années solaires que j'avais vécues – et qui, rien qu'avec leurs printemps, leurs arbres, leurs brises, étaient déjà si tristes à cause du souvenir inséparable d'elle – en la doublant d'une sorte d'année sentimentale où les heures n'étaient pas définies par la position du soleil, mais par l'attente d'un rendez-vous ; où la longueur des jours, où les progrès de la température, étaient mesurés par l'essor de mes espérances, le progrès de notre intimité, la transformation progressive de son visage, les voyages qu'elle avait faits, la fréquence et le style des lettres qu'elle m'avait adressées pendant une absence, sa précipitation plus ou moins grande à me voir au retour. Et enfin, ces changements de temps, ces jours différents, s'ils me rendaient chacun une autre Albertine, ce n'était pas seulement par l'évocation des moments semblables. Mais l'on se rappelle que toujours, avant même que j'aimasse, chacune avait fait de moi un homme différent, ayant d'autres désirs parce qu'il avait d'autres perceptions et qui, de n'avoir rêvé que tempêtes et falaises la veille, si le jour indiscret du printemps avait glissé une odeur de roses dans la clôture mal jointe de son sommeil entrebâillé, s'éveillait en partance pour l'Italie. Même dans mon amour l'état changeant de mon atmosphère morale, la pression modifiée de mes croyances n'avaient-ils pas, tel jour, diminué la visibilité de mon propre amour, ne l'avaient-ils pas, tel jour, indéfiniment étendue, tel jour embellie jusqu'au sourire, tel jour contractée jusqu'à l'orage ? On n'est que par ce qu'on possède, on ne possède que ce qui vous est réellement présent, et tant de nos souvenirs, de nos humeurs, de nos idées partent faire des voyages loin de nous-même, où nous les perdons de vue ! Alors nous ne pouvons plus les faire entrer en ligne de compte dans ce total qui est notre être. Mais ils ont des chemins secrets pour rentrer en nous. Et certains soirs m'étant endormi sans presque plus regretter Albertine – on ne peut regretter que ce qu'on se rappelle – au réveil je trouvais toute une flotte de souvenirs qui étaient venus croiser en moi dans ma plus claire conscience, et que je distinguais à merveille. Alors je pleurais ce que je voyais si bien et qui, la veille, n'était pour moi que néant. Puis, brusquement, le nom d'Albertine, sa mort avaient changé de sens ; ses trahisons avaient soudain repris toute leur importance.

Comment m'avait-elle paru morte, quand maintenant pour penser à elle je n'avais à ma disposition que les mêmes images dont quand elle était vivante je revoyais l'une ou l'autre : rapide et penchée sur la roue mythologique de sa bicyclette, sanglée les jours de pluie sous la tunique guerrière de caoutchouc qui faisait bomber ses seins, la tête enturbannée et coiffée de serpents, elle semait la terreur dans les rues de Balbec ; les soirs où nous avions emporté du champagne dans les bois de Chantepie, la voix provocante et changée, elle avait au visage cette chaleur blême rougissant seulement aux pommettes que, la distinguant mal dans l'obscurité de la voiture, j'approchais du clair de lune pour la mieux voir et que j'essayais maintenant en vain de me rappeler, de revoir dans une obscurité qui ne finirait plus. Petite statuette dans la promenade vers l'île, calme figure grosse à gros grains près du pianola, elle était ainsi tour à tour pluvieuse et rapide, provocante et diaphane, immobile et souriante, ange de la musique. Chacune était ainsi attachée à un moment, à la date duquel je me trouvais replacé quand je la revoyais. Et les moments du passé ne sont pas immobiles ; ils gardent dans notre mémoire le mouvement qui les entraînait vers l'avenir – vers un avenir devenu lui-même le passé, – nous y entraînant nous-même. Jamais je n'avais caressé l'Albertine encaoutchoutée des jours de pluie, je voulais lui demander d'ôter cette armure, ce serait connaître avec elle l'amour des camps, la fraternité du voyage. Mais ce n'était plus possible, elle était morte. Jamais non plus, par peur de la dépraver, je n'avais fait semblant de comprendre, les soirs où elle semblait m'offrir des plaisirs que sans cela elle n'eût peut-être pas demandés à d'autres, et qui excitaient maintenant en moi un désir furieux. Je ne les aurais pas éprouvés semblables auprès d'une autre, mais celle qui me les aurait donnés, je pouvais courir le monde sans la rencontrer puisque Albertine était morte. Il semblait que je dusse choisir entre deux faits, décider quel était le vrai, tant celui de la mort d'Albertine – venu pour moi d'une réalité que je n'avais pas connue : sa vie en Touraine – était en contradiction avec toutes mes pensées relatives à Albertine, mes désirs, mes regrets, mon attendrissement, ma fureur, ma jalousie. Une telle richesse de souvenirs empruntés au répertoire de sa vie, une telle profusion de sentiments évoquant, impliquant sa vie, semblaient rendre incroyable qu'Albertine fût morte. Une telle profusion de sentiments, car ma mémoire, en conservant ma tendresse, lui laissait toute sa variété. Ce n'était pas Albertine seule qui n'était qu'une succession de moments, c'était aussi moi-même. Mon amour pour elle n'avait pas été simple : à la curiosité de l'inconnu s'était ajouté un désir sensuel, et à un sentiment d'une douceur presque familiale, tantôt l'indifférence, tantôt une fureur jalouse. Je n'étais pas un seul homme, mais le défilé heure par heure d'une armée composite où il y avait, selon le moment, des passionnés, des indifférents, des jaloux – des jaloux dont pas un n'était jaloux de la même femme. Et sans doute ce serait de là qu'un jour viendrait la guérison que je ne souhaiterais pas. Dans une foule, ces éléments peuvent, un par un, sans qu'on s'en aperçoive, être remplacés par d'autres, que d'autres encore éliminent ou renforcent, si bien qu'à la fin un changement s'est accompli qui ne se pourrait concevoir si l'on était un. La complexité de mon amour, de ma personne, multipliait, diversifiait mes souffrances. Pourtant elles pouvaient se ranger toujours sous les deux groupes dont l'alternance avait fait toute la vie de mon amour pour Albertine, tour à tour livré à la confiance et au soupçon jaloux.

Si j'avais peine à penser qu'Albertine, si vivante en moi (portant comme je faisais le double harnais du présent et du passé), était morte, peut-être était-il aussi contradictoire que ce soupçon de fautes, dont Albertine, aujourd'hui dépouillée de la chair qui en avait joui, de l'âme qui avait pu les désirer, n'était plus capable, ni responsable, excitât en moi une telle souffrance, que j'aurais seulement bénie si j'avais pu y voir le gage de la réalité morale d'une personne matériellement inexistante, au lieu du reflet, destiné à s'éteindre lui-même, d'impressions qu'elle m'avait autrefois causées. Une femme qui ne pouvait plus éprouver de plaisirs avec d'autres n'aurait plus dû exciter ma jalousie, si seulement ma tendresse avait pu se mettre à jour. Mais c'est ce qui était impossible puisqu'elle ne pouvait trouver son objet, Albertine, que dans des souvenirs où celle-ci était vivante. Puisque, rien qu'en pensant à elle, je la ressuscitais, ses trahisons ne pouvaient jamais être celles d'une morte ; l'instant où elle les avait commises devenant l'instant actuel, non pas seulement pour Albertine, mais pour celui de mes « moi » subitement évoqué qui la contemplait. De sorte qu'aucun anachronisme ne pouvait jamais séparer le couple indissoluble où, à chaque coupable nouvelle, s'appariait aussitôt un jaloux lamentable et toujours contemporain. Je l'avais, les derniers mois, tenue enfermée dans ma maison. Mais dans mon imagination maintenant, Albertine était libre, elle usait mal de cette liberté, elle se prostituait aux unes, aux autres. Jadis je songeais sans cesse à l'avenir incertain qui était déployé devant nous, j'essayais d'y lire. Et maintenant ce qui était en avant de moi, comme un double de l'avenir – aussi préoccupant qu'un avenir puisqu'il était aussi incertain, aussi difficile à déchiffrer, aussi mystérieux ; plus cruel encore parce que je n'avais pas comme pour l'avenir la possibilité ou l'illusion d'agir sur lui, et aussi parce qu'il se déroulerait aussi long que ma vie elle-même, sans que ma compagne fût là pour calmer les souffrances qu'il me causait, – ce n'était plus l'Avenir d'Albertine, c'était son Passé. Son Passé ? C'est mal dire puisque pour la jalousie il n'est ni passé ni avenir et que ce qu'elle imagine est toujours le Présent.

Les changements de l'atmosphère en provoquent d'autres dans l'homme intérieur, réveillent des « moi » oubliés, contrarient l'assoupissement de l'habitude, redonnent de la force à tels souvenirs, à telles souffrances. Combien plus encore pour moi si ce temps nouveau qu'il faisait me rappelait celui par lequel Albertine, à Balbec, sous la pluie menaçante, par exemple, était allée faire, Dieu sait pourquoi, de grandes promenades, dans le maillot collant de son caoutchouc. Si elle avait vécu, sans doute aujourd'hui, par ce temps si semblable, partirait-elle faire en Touraine une excursion analogue. Puisqu'elle ne le pouvait plus, je n'aurais pas dû souffrir de cette idée ; mais, comme aux amputés, le moindre changement de temps renouvelait mes douleurs dans le membre qui n'existait plus.

Tout d'un coup c'était un souvenir que je n'avais pas revu depuis bien longtemps – car il était resté dissous dans la fluide et invisible étendue de ma mémoire – qui se cristallisait. Ainsi il y avait plusieurs années, comme on parlait de son peignoir de douche, Albertine avait rougi. À cette époque-là je n'étais pas jaloux d'elle. Mais depuis, j'avais voulu lui demander si elle pouvait se rappeler cette conversation et me dire pourquoi elle avait rougi. Cela m'avait d'autant plus préoccupé qu'on m'avait dit que les deux jeunes filles amies de Léa allaient dans cet établissement balnéaire de l'hôtel et, disait-on, pas seulement pour prendre des douches. Mais, par peur de fâcher Albertine ou attendant une époque meilleure, j'avais toujours remis de lui en parler, puis je n'y avais plus pensé. Et tout d'un coup, quelque temps après la mort d'Albertine, j'aperçus ce souvenir, empreint de ce caractère à la fois irritant et solennel qu'ont les énigmes laissées à jamais insolubles par la mort du seul être qui eût pu les éclaircir. Ne pourrais-je pas du moins tâcher de savoir si Albertine n'avait jamais rien fait de mal dans cet établissement de douches ? En envoyant quelqu'un à Balbec j'y arriverais peut-être. Elle vivante, je n'eusse sans doute pu rien apprendre. Mais les langues se délient étrangement et racontent facilement une faute quand on n'a plus à craindre la rancune de la coupable. Comme la constitution de l'imagination, restée rudimentaire, simpliste (n'ayant pas passé par les innombrables transformations qui remédient aux modèles primitifs des inventions humaines, à peine reconnaissables, qu'il s'agisse de baromètre, de ballon, de téléphone, etc., dans leurs perfectionnements ultérieurs), ne nous permet de voir que fort peu de choses à la fois, le souvenir de l'établissement de douches occupait tout le champ de ma vision intérieure.

Parfois je me heurtais dans les rues obscures du sommeil à un de ces mauvais rêves, qui ne sont pas bien graves pour une première raison, c'est que la tristesse qu'ils engendrent ne se prolonge guère qu'une heure après le réveil, pareille à ces malaises que cause une manière d'endormir artificielle. Pour une autre raison aussi, c'est qu'on ne les rencontre que très rarement, à peine tous les deux ou trois ans. Encore reste-t-il incertain qu'on les ait déjà rencontrés et qu'ils n'aient pas plutôt cet aspect de ne pas être vus pour la première fois que projette sur eux une illusion, une subdivision (car dédoublement ne serait pas assez dire).

Sans doute, puisque j'avais des doutes sur la vie, sur la mort d'Albertine, j'aurais dû depuis bien longtemps me livrer à des enquêtes, mais la même fatigue, la même lâcheté qui m'avaient fait me soumettre à Albertine quand elle était là, m'empêchaient de rien entreprendre depuis que je ne la voyais plus. Et pourtant de la faiblesse traînée pendant des années un éclair d'énergie surgit parfois. Je me décidai à cette enquête, au moins toute naturelle. On eût dit qu'il n'y eût rien eu d'autre dans toute la vie d'Albertine. Je me demandais qui je pourrais bien envoyer tenter une enquête sur place, à Balbec. Aimé me parut bien choisi. Outre qu'il connaissait admirablement les lieux, il appartenait à cette catégorie de gens du peuple soucieux de leur intérêt, fidèles à ceux qu'ils servent, indifférents à toute espèce de morale et dont – parce que, si nous les payons bien, dans leur obéissance à notre volonté ils suppriment tout ce qui l'entraverait d'une manière ou de l'autre, se montrant aussi incapables d'indiscrétion, de mollesse ou d'improbité que dépourvus de scrupules – nous disons : « Ce sont de braves gens. » En ceux-là nous pouvons avoir une confiance absolue. Quand Aimé fut parti, je pensai combien il eût mieux valu que ce qu'il allait essayer d'apprendre là-bas, je pusse le demander maintenant à Albertine elle-même. Et aussitôt l'idée de cette question que j'aurais voulu, qu'il me semblait que j'allais lui poser, ayant amené Albertine à mon côté – non grâce à un effort de résurrection mais comme par le hasard d'une de ces rencontres qui, comme cela se passe dans les photographies qui ne sont pas « posées », dans les instantanés, laissent toujours la personne plus vivante – en même temps que j'imaginais notre conversation j'en sentais l'impossibilité ; je venais d'aborder par une nouvelle face cette idée qu'Albertine était morte, Albertine qui m'inspirait cette tendresse qu'on a pour les absentes dont la vue ne vient pas rectifier l'image embellie, inspirant aussi la tristesse que cette absence fût éternelle et que la pauvre petite fût privée à jamais de la douceur de la vie. Et aussitôt, par un brusque déplacement, de la torture de la jalousie je passais au désespoir de la séparation.

Ce qui remplissait mon cœur maintenant était, au lieu de haineux soupçons, le souvenir attendri des heures de tendresse confiante passées avec la sœur que sa mort m'avait réellement fait perdre, puisque mon chagrin se rapportait, non à ce qu'Albertine avait été pour moi, mais à ce que mon cœur désireux de participer aux émotions les plus générales de l'amour m'avait peu à peu persuadé qu'elle était ; alors je me rendais compte que cette vie qui m'avait tant ennuyé – du moins je le croyais – avait été au contraire délicieuse ; aux moindres moments passés à parler avec elle de choses même insignifiantes, je sentais maintenant qu'était ajoutée, amalgamée une volupté qui alors n'avait, il est vrai, pas été perçue par moi, mais qui était déjà cause que ces moments-là je les avais toujours si persévéramment recherchés à l'exclusion de tout le reste ; les moindres incidents que je me rappelais, un mouvement qu'elle avait fait en voiture auprès de moi, ou pour s'asseoir en face de moi dans sa chambre, propageaient dans mon âme un remous de douceur et de tristesse qui de proche en proche la gagnait tout entière.

Cette chambre où nous dînions ne m'avait jamais paru jolie, je disais seulement qu'elle l'était à Albertine pour que mon amie fût contente d'y vivre. Maintenant les rideaux, les sièges, les livres avaient cessé de m'être indifférents. L'art n'est pas seul à mettre du charme et du mystère dans les choses les plus insignifiantes ; ce même pouvoir de les mettre en rapport intime avec nous est dévolu aussi à la douleur. Au moment même je n'avais prêté aucune attention à ce dîner que nous avions fait ensemble au retour du Bois, avant que j'allasse chez les Verdurin, et vers la beauté, la grave douceur duquel je tournais maintenant des yeux pleins de larmes. Une impression de l'amour est hors de proportion avec les autres impressions de la vie, mais ce n'est pas perdue au milieu d'elles qu'on peut s'en rendre compte. Ce n'est pas d'en bas, dans le tumulte de la rue et la cohue des maisons avoisinantes, c'est quand on s'est éloigné que des pentes d'un coteau voisin, à une distance où toute la ville a disparu, ou ne forme plus au ras de terre qu'un amas confus, qu'on peut, dans le recueillement de la solitude et du soir, évaluer, unique, persistante et pure, la hauteur d'une cathédrale. Je tâchais d'embrasser l'image d'Albertine à travers mes larmes en pensant à toutes les choses sérieuses et justes qu'elle avait dites ce soir-là.

Un matin je crus voir la forme oblongue d'une colline dans le brouillard, sentir la chaleur d'une tasse de chocolat, pendant que m'étreignait horriblement le cœur ce souvenir de l'après-midi où Albertine était venue me voir et où je l'avais embrassée pour la première fois : c'est que je venais d'entendre le hoquet du calorifère à eau qu'on venait de rallumer. Et je jetai avec colère une invitation que Françoise apporta de Mme Verdurin ; combien l'impression que j'avais eue, en allant dîner pour la première fois à la Raspelière, que la mort ne frappe pas tous les êtres au même âge s'imposait à moi avec plus de force maintenant qu'Albertine était morte, si jeune, et que Brichot continuait à dîner chez Mme Verdurin qui recevait toujours et recevrait peut-être pendant beaucoup d'années encore. Aussitôt ce nom de Brichot me rappela la fin de cette même soirée où il m'avait reconduit, où j'avais vu d'en bas la lumière de la lampe d'Albertine. J'y avais déjà repensé d'autres fois, mais je n'avais pas abordé le souvenir par le même côté. Alors, en pensant au vide que je trouverais maintenant en rentrant chez moi, que je ne verrais plus d'en bas la chambre d'Albertine d'où la lumière s'était éteinte à jamais, je compris combien ce soir où, en quittant Brichot, j'avais cru éprouver de l'ennui, du regret de ne pouvoir aller me promener et faire l'amour ailleurs, je compris combien je m'étais trompé, et que c'était seulement parce que le trésor dont les reflets venaient d'en haut jusqu'à moi, je m'en croyais la possession entièrement assurée, que j'avais négligé d'en calculer la valeur, ce qui faisait qu'il me paraissait forcément inférieur à des plaisirs, si petits qu'ils fussent, mais que, cherchant à les imaginer, j'évaluais. Je compris combien cette lumière qui me semblait venir d'une prison contenait pour moi de plénitude, de vie et de douceur, et qui n'était que la réalisation de ce qui m'avait un instant enivré, puis paru à jamais impossible : je comprenais que cette vie que j'avais menée à Paris dans un chez-moi qui était son chez-elle, c'était justement la réalisation de cette paix profonde que j'avais rêvée le soir où Albertine avait couché sous le même toit que moi, à Balbec. La conversation que j'avais eue avec Albertine en rentrant du Bois avant cette dernière soirée Verdurin, je ne me fusse pas consolé qu'elle n'eût pas eu lieu, cette conversation qui avait un peu mêlé Albertine à la vie de mon intelligence et en certaines parcelles nous avait faits identiques l'un à l'autre. Car sans doute son intelligence, sa gentillesse pour moi, si j'y revenais avec attendrissement, ce n'est pas qu'elles eussent été plus grandes que celles d'autres personnes que j'avais connues. Mme de Cambremer ne m'avait-elle pas dit à Balbec : « Comment ! vous pourriez passer vos journées avec Elstir qui est un homme de génie et vous les passez avec votre cousine ! » L'intelligence d'Albertine me plaisait parce que, par association, elle éveillait en moi ce que j'appelais sa douceur, comme nous appelons douceur d'un fruit une certaine sensation qui n'est que dans notre palais. Et de fait, quand je pensais à l'intelligence d'Albertine, mes lèvres s'avançaient instinctivement et goûtaient un souvenir dont j'aimais mieux que la réalité me fût extérieure et consistât dans la supériorité objective d'un être. Il est certain que j'avais connu des personnes d'intelligence plus grande. Mais l'infini de l'amour, ou son égoïsme, fait que les êtres que nous aimons sont ceux dont la physionomie intellectuelle et morale est pour nous le moins objectivement définie, nous les retouchons sans cesse au gré de nos désirs et de nos craintes, nous ne les séparons pas de nous, ils ne sont qu'un lieu immense et vague où s'extériorisent nos tendresses. Nous n'avons pas de notre propre corps, où affluent perpétuellement tant de malaises et de plaisirs, une silhouette aussi nette que celle d'un arbre, ou d'une maison, ou d'un passant. Et ç'avait peut-être été mon tort de ne pas chercher davantage à connaître Albertine en elle-même. De même qu'au point de vue de son charme, je n'avais longtemps considéré que les positions différentes qu'elle occupait dans mon souvenir dans le plan des années, et que j'avais été surpris de voir qu'elle s'était spontanément enrichie de modifications qui ne tenaient pas qu'à la différence des perspectives, de même j'aurais dû chercher à comprendre son caractère comme celui d'une personne quelconque et peut-être, m'expliquant alors pourquoi elle s'obstinait à me cacher son secret, j'aurais évité de prolonger entre nous, avec cet acharnement étrange, ce conflit qui avait amené la mort d'Albertine. Et j'avais alors, avec une grande pitié d'elle, la honte de lui survivre. Il me semblait, en effet, dans les heures où je souffrais le moins, que je bénéficiais en quelque sorte de sa mort, car une femme est d'une plus grande utilité pour notre vie si elle y est, au lieu d'un élément de bonheur, un instrument de chagrin, et il n'y en a pas une seule dont la possession soit aussi précieuse que celle des vérités qu'elle nous découvre en nous faisant souffrir. Dans ces moments-là, rapprochant la mort de ma grand'mère et celle d'Albertine, il me semblait que ma vie était souillée d'un double assassinat que seule la lâcheté du monde pouvait me pardonner. J'avais rêvé d'être compris d'Albertine, de ne pas être méconnu par elle, croyant que c'était pour le grand bonheur d'être compris, de ne pas être méconnu, alors que tant d'autres eussent mieux pu le faire. On désire être compris parce qu'on désire être aimé, et on désire être aimé parce qu'on aime. La compréhension des autres est indifférente et leur amour importun. Ma joie d'avoir possédé un peu de l'intelligence d'Albertine et de son cœur ne venait pas de leur valeur intrinsèque, mais de ce que cette possession était un degré de plus dans la possession totale d'Albertine, possession qui avait été mon but et ma chimère depuis le premier jour où je l'avais vue. Quand nous parlons de la « gentillesse » d'une femme nous ne faisons peut-être que projeter hors de nous le plaisir que nous éprouvons à la voir, comme les enfants quand ils disent : « Mon cher petit lit, mon cher petit oreiller, mes chères petites aubépines. » Ce qui explique, par ailleurs, que les hommes ne disent jamais d'une femme qui ne les trompe pas : « Elle est si gentille » et le disent si souvent d'une femme par qui ils sont trompés. Mme de Cambremer trouvait avec raison que le charme spirituel d'Elstir était plus grand. Mais nous ne pouvons pas juger de la même façon celui d'une personne qui est, comme toutes les autres, extérieure à nous, peinte à l'horizon de notre pensée, et celui d'une personne qui, par suite d'une erreur de localisation consécutive à certains accidents mais tenace, s'est logée dans notre propre corps au point que de nous demander rétrospectivement si elle n'a pas regardé une femme un certain jour dans le couloir d'un petit chemin de fer maritime nous fait éprouver les mêmes souffrances qu'un chirurgien qui chercherait une balle dans notre cœur. Un simple croissant, mais que nous mangeons, nous fait éprouver plus de plaisir que tous les ortolans, lapereaux et bartavelles qui furent servis à Louis XV, et la pointe de l'herbe qui à quelques centimètres frémit devant notre œil, tandis que nous sommes couchés sur la montagne, peut nous cacher la vertigineuse aiguille d'un sommet si celui-ci est distant de plusieurs lieues.

D'ailleurs notre tort n'est pas de priser l'intelligence, la gentillesse d'une femme que nous aimons, si petites que soient celles-ci. Notre tort est de rester indifférent à la gentillesse, à l'intelligence des autres. Le mensonge ne recommence à nous causer l'indignation, et la bonté la reconnaissance qu'ils devraient toujours exciter en nous, que s'ils viennent d'une femme que nous aimons, et le désir physique a ce merveilleux pouvoir de rendre son prix à l'intelligence et des bases solides à la vie morale. Jamais je ne retrouverais cette chose divine : un être avec qui je pusse causer de tout, à qui je pusse me confier. Me confier ? Mais d'autres êtres ne me montraient-ils pas plus de confiance qu'Albertine ? Avec d'autres n'avais-je pas des causeries plus étendues ? C'est que la confiance, la conversation, choses médiocres, qu'importe qu'elles soient plus ou moins imparfaites, si s'y mêle seulement l'amour, qui seul est divin. Je revoyais Albertine s'asseyant à son pianola, rose sous ses cheveux noirs ; je sentais, sur mes lèvres qu'elle essayait d'écarter, sa langue, sa langue maternelle, incomestible, nourricière et sainte dont la flamme et la rosée secrètes faisaient que, même quand Albertine la faisait seulement glisser à la surface de mon cou, de mon ventre, ces caresses superficielles mais en quelque sorte faites par l'intérieur de sa chair, extériorisé comme une étoffe qui montrerait sa doublure, prenaient, même dans les attouchements les plus externes, comme la mystérieuse douceur d'une pénétration.

Tous ces instants si doux que rien ne me rendrait jamais, je ne peux même pas dire que ce que me faisait éprouver leur perte fût du désespoir. Pour être désespérée, cette vie qui ne pourra plus être que malheureuse, il faut encore y tenir. J'étais désespéré à Balbec quand j'avais vu se lever le jour et que j'avais compris que plus un seul ne pourrait être heureux pour moi. J'étais resté aussi égoïste depuis lors, mais le « moi » auquel j'étais attaché maintenant, le « moi » qui constituait ces vives réserves qui mettait en jeu l'instinct de conservation, ce « moi » n'était plus dans la vie ; quand je pensais à mes forces, à ma puissance vitale, à ce que j'avais de meilleur, je pensais à certain trésor que j'avais possédé (que j'avais été seul à posséder puisque les autres ne pouvaient connaître exactement le sentiment, caché en moi, qu'il m'avait inspiré) et que personne ne pouvait plus m'enlever puisque je ne le possédais plus.

Et, à vrai dire, je ne l'avais jamais possédé que parce que j'avais voulu me figurer que je le possédais. Je n'avais pas commis seulement l'imprudence, en regardant Albertine et en la logeant dans mon cœur, de le faire vivre au-dedans de moi, ni cette autre imprudence de mêler un amour familial au plaisir des sens. J'avais voulu aussi me persuader que nos rapports étaient l'amour, que nous pratiquions mutuellement les rapports appelés amour, parce qu'elle me donnait docilement les baisers que je lui donnais, et, pour avoir pris l'habitude de le croire, je n'avais pas perdu seulement une femme que j'aimais mais une femme qui m'aimait, ma sœur, mon enfant, ma tendre maîtresse. Et, en somme, j'avais eu un bonheur et un malheur que Swann n'avait pas connus, car justement, tout le temps qu'il avait aimé Odette et en avait été si jaloux, il l'avait à peine vue, pouvant si difficilement, à certains jours où elle le décommandait au dernier moment, aller chez elle. Mais après il l'avait eue à lui, devenue sa femme, et jusqu'à ce qu'il mourût. Moi, au contraire, tandis que j'étais si jaloux d'Albertine, plus heureux que Swann je l'avais eue chez moi. J'avais réalisé en vérité ce que Swann avait rêvé si souvent et qu'il n'avait réalisé matériellement que quand cela lui était indifférent. Mais enfin Albertine, je ne l'avais pas gardée comme il avait gardé Odette. Elle s'était enfuie, elle était morte. Car jamais rien ne se répète exactement et les existences les plus analogues et que, grâce à la parenté des caractères et à la similitude des circonstances, on peut choisir pour les présenter comme symétriques l'une à l'autre restent en bien des points opposées.

En perdant la vie je n'aurais pas perdu grand'chose ; je n'aurais plus perdu qu'une forme vide, le cadre vide d'un chef-d'œuvre. Indifférent à ce que je pouvais désormais y faire entrer, mais heureux et fier de penser à ce qu'il avait contenu, je m'appuyais au souvenir de ces heures si douces, et ce soutien moral me communiquait un bien-être que l'approche même de la mort n'aurait pas rompu.

Comme elle accourait vite me voir, à Balbec, quand je la faisais chercher, se retardant seulement à verser de l'odeur dans ses cheveux pour me plaire ! Ces images de Balbec et de Paris, que j'aimais ainsi à revoir, c'étaient les pages encore si récentes, et si vite tournées, de sa courte vie. Tout cela, qui n'était pour moi que souvenir, avait été pour elle action, action précipités, comme celle d'une tragédie, vers une mort rapide. Les êtres ont un développement en nous, mais un autre hors de nous (je l'avais bien senti dans ces soirs où je remarquais en Albertine un enrichissement de qualités qui ne tenait pas qu'à ma mémoire) et qui ne laissent pas d'avoir des réactions l'un sur l'autre. J'avais eu beau, en cherchant à connaître Albertine, puis à la posséder tout entière, n'obéir qu'au besoin de réduire par l'expérience à des éléments mesquinement semblables à ceux de notre « moi » le mystère de tout être, je ne l'avais pu sans influer à mon tour sur la vie d'Albertine. Peut-être ma fortune, les perspectives d'un brillant mariage l'avaient attirée ; ma jalousie l'avait retenue ; sa bonté, ou son intelligence, ou le sentiment de sa culpabilité, ou les adresses de sa ruse, lui avaient fait accepter, et m'avaient amené à rendre de plus en plus dure une captivité forgée simplement par le développement interne de mon travail mental, mais qui n'en avait pas moins eu sur la vie d'Albertine des contre-coups destinés eux-mêmes à poser, par choc en retour, des problèmes nouveaux et de plus en plus douloureux à ma psychologie, puisque de ma prison elle s'était évadée pour aller se tuer sur un cheval que sans moi elle n'eût pas possédé, en me laissant, même morte, des soupçons dont la vérification, si elle devait venir, me serait peut-être plus cruelle que la découverte, à Balbec, qu'Albertine avait connu Mlle Vinteuil, puisque Albertine ne serait plus là pour m'apaiser. Si bien que cette longue plainte de l'âme qui croit vivre enfermée en elle-même n'est un monologue qu'en apparence, puisque les échos de la réalité la font dévier et que telle vie est comme un essai de psychologie subjective spontanément poursuivi, mais qui fournit à quelque distance son « action » au roman purement réaliste d'une autre réalité, d'une autre existence, dont à leur tour les péripéties viennent infléchir la courbe et changer la direction de l'essai psychologique. Comme l'engrenage avait été serré, comme l'évolution de notre amour avait été rapide et, malgré quelques retardements, interruptions et hésitations du début, comme dans certaines nouvelles de Balzac ou quelques ballades de Schumann, le dénouement précipité ! C'est dans le cours de cette dernière année, longue pour moi comme un siècle – tant Albertine avait changé de positions par rapport à ma pensée depuis Balbec jusqu'à son départ de Paris, et aussi, indépendamment de moi et souvent à mon insu, changé en elle-même – qu'il fallait placer toute cette bonne vie de tendresse qui avait si peu duré et qui pourtant m'apparaissait avec une plénitude, presque une immensité, à jamais impossible et pourtant qui m'était indispensable. Indispensable sans avoir peut-être été en soi et tout d'abord quelque chose de nécessaire, puisque je n'aurais pas connu Albertine si je n'avais pas lu dans un traité d'archéologie la description de l'église de Balbec ; si Swann, en me disant que cette église était presque persane, n'avait pas orienté mes désirs vers le normand byzantin ; si une société de palaces, en construisant à Balbec un hôtel hygiénique et confortable, n'avait pas décidé mes parents à exaucer mon souhait et à m'envoyer à Balbec. Certes, en ce Balbec depuis si longtemps désiré, je n'avais pas trouvé l'église persane que je rêvais ni les brouillards éternels. Le beau train d'une heure trente-cinq lui-même n'avait pas répondu à ce que je m'en figurais. Mais, en échange de ce que l'imagination laisse attendre et que nous nous donnons inutilement tant de peine pour essayer de découvrir, la vie nous donne quelque chose que nous étions bien loin d'imaginer. Qui m'eût dit à Combray, quand j'attendais le bonsoir de ma mère avec tant de tristesse, que ces anxiétés guériraient, puis renaîtraient un jour, non pour ma mère, mais pour une jeune fille qui ne serait d'abord, sur l'horizon de la mer, qu'une fleur que mes yeux seraient chaque jour sollicités de venir regarder, mais une fleur pensante et dans l'esprit de qui je souhaitais si puérilement de tenir une grande place, que je souffrirais qu'elle ignorât que je connaissais Mme de Villeparisis. Oui, c'est le bonsoir, le baiser d'une telle étrangère pour lequel, au bout de quelques années, je devais souffrir autant qu'enfant quand ma mère ne devait pas venir me voir. Or cette Albertine si nécessaire, de l'amour de qui mon âme était maintenant presque uniquement composée, si Swann ne m'avait pas parlé de Balbec je ne l'aurais jamais connue. Sa vie eût peut-être été plus longue, la mienne aurait été dépourvue de ce qui en faisait maintenant le martyre. Et ainsi il me semblait que, par ma tendresse uniquement égoïste, j'avais laissé mourir Albertine comme j'avais assassiné ma grand'mère. Même plus tard, même l'ayant déjà connue à Balbec, j'aurais pu ne pas l'aimer comme je fis ensuite. Quand je renonçai à Gilberte et savais que je pourrais aimer un jour une autre femme, j'osais à peine avoir un doute si en tous cas pour le passé je n'eusse pu aimer que Gilberte. Or pour Albertine je n'avais même plus de doute, j'étais sûr que ç'aurait pu ne pas être elle que j'eusse aimée, que c'eût pu être une autre. Il eût suffi pour cela que Mlle de Stermaria, le soir où je devais dîner avec elle dans l'île du Bois, ne se fût pas décommandée. Il était encore temps alors, et c'eût été pour Mlle de Stermaria que se fût exercée cette activité de l'imagination qui nous fait extraire d'une femme une telle notion de l'individuel qu'elle nous paraît unique en soi et pour nous prédestinée et nécessaire. Tout au plus, en me plaçant à un point de vue presque physiologique, pouvais-je dire que j'aurais pu avoir ce même amour exclusif pour une autre femme, mais non pour toute autre femme. Car Albertine, grosse et brune, ne ressemblait pas à Gilberte, élancée et rousse, mais pourtant elles avaient la même étoffe de santé, et dans les mêmes joues sensuelles toutes les deux un regard dont on saisissait difficilement la signification. C'étaient de ces femmes que n'auraient pas regardées des hommes qui de leur côté auraient fait des folies pour d'autres qui « ne me disaient rien ». Je pouvais presque croire que la personnalité sensuelle et volontaire de Gilberte avait émigré dans le corps d'Albertine, un peu différent, il est vrai, mais présentant, maintenant que j'y réfléchissais après coup, des analogies profondes. Un homme a presque toujours la même manière de s'enrhumer, de tomber malade, c'est-à-dire qu'il lui faut pour cela un certain concours de circonstances ; il est naturel que quand il devient amoureux ce soit à propos d'un certain genre de femmes, genre d'ailleurs très étendu. Les premiers regards d'Albertine qui m'avaient fait rêver n'étaient pas absolument différents des premiers regards de Gilberte. Je pouvais presque croire que l'obscure personnalité, la sensualité, la nature volontaire et rusée de Gilberte étaient revenues me tenter, incarnées cette fois dans le corps d'Albertine, tout autre et non pourtant sans analogies. Pour Albertine, grâce à une vie toute différente ensemble et où n'avait pu se glisser, dans un bloc de pensées où une douloureuse préoccupation maintenait une cohésion permanente, aucune fissure de distraction et d'oubli, son corps vivant n'avait point, comme celui de Gilberte, cessé un jour d'être celui où je trouvais ce que je reconnaissais après coup être pour moi (et qui n'eût pas été pour d'autres) les attraits féminins. Mais elle était morte. Je l'oublierais. Qui sait si alors les mêmes qualités de sang riche, de rêverie inquiète ne reviendraient pas un jour jeter le trouble en moi, mais incarnées cette fois en quelle forme féminine, je ne pouvais le prévoir. À l'aide de Gilberte j'aurais pu aussi peu me figurer Albertine, et que je l'aimerais, que le souvenir de la sonate de Vinteuil ne m'eût permis de me figurer son septuor. Bien plus, même les premières fois où j'avais vu Albertine, j'avais pu croire que c'était d'autres que j'aimerais. D'ailleurs, elle eût même pu me paraître, si je l'avais connue une année plus tôt, aussi terne qu'un ciel gris où l'aurore n'est pas levée. Si j'avais changé à son égard, elle-même avait changé aussi, et la jeune fille qui était venue vers mon lit le jour où j'avais écrit à Mlle de Stermaria n'était plus la même que j'avais connue à Balbec, soit simple explosion de la femme qui apparaît au moment de la puberté, soit par suite de circonstances que je n'ai jamais pu connaître. En tous cas, même si celle que j'aimerais un jour devait dans une certaine mesure lui ressembler, c'est-à-dire si mon choix d'une femme n'était pas entièrement libre, cela faisait tout de même que, dirigé d'une façon peut-être nécessaire, il l'était sur quelque chose de plus vaste qu'un individu, sur un genre de femmes, et cela ôtait toute nécessité à mon amour pour Albertine. La femme dont nous avons le visage devant nous plus constamment que la lumière elle-même, puisque, même les yeux fermés, nous ne cessons pas un instant de chérir ses beaux yeux, son beau nez, d'arranger tous les moyens pour les revoir, cette femme unique, nous savons bien que c'eût été une autre qui l'eût été pour nous si nous avions été dans une autre ville que celle où nous l'avons rencontrée, si nous nous étions promenés dans d'autres quartiers, si nous avions fréquenté un autre salon. Unique, croyons-nous ? elle est innombrable. Et pourtant elle est compacte, indestructible devant nos yeux qui l'aiment, irremplaçable pendant très longtemps par une autre. C'est que cette femme n'a fait que susciter par des sortes d'appels magiques mille éléments de tendresse existant en nous à l'état fragmentaire et qu'elle a assemblés, unis, effaçant toute cassure entre eux, c'est nous-même qui en lui donnant ses traits avons fourni toute la matière solide de la personne aimée. De là vient que, même si nous ne sommes qu'un entre mille pour elle et peut-être le dernier de tous, pour nous elle est la seule et celle vers qui tend toute notre vie. Certes même, j'avais bien senti que cet amour n'était pas nécessaire, non seulement parce qu'il eût pu se former avec Mlle de Stermaria, mais même sans cela, en le connaissant lui-même, en le retrouvant trop pareil à ce qu'il avait été pour d'autres, et aussi en le sentant plus vaste qu'Albertine, l'enveloppant, ne la connaissant pas, comme une marée autour d'un mince brisant. Mais peu à peu, à force de vivre avec Albertine, les chaînes que j'avais forgées moi-même, je ne pouvais plus m'en dégager ; l'habitude d'associer la personne d'Albertine au sentiment qu'elle n'avait pas inspiré me faisait pourtant croire qu'il était spécial à elle, comme l'habitude donne à la simple association d'idées entre deux phénomènes, à ce que prétend une certaine école philosophique, la force, la nécessité illusoires d'une loi de causalité. J'avais cru que mes relations, ma fortune, me dispenseraient de souffrir, et peut-être trop efficacement puisque cela me semblait me dispenser de sentir, d'aimer, d'imaginer ; j'enviais une pauvre fille de campagne à qui l'absence de relations, même de télégraphe, donne de longs mois de rêve après un chagrin qu'elle ne peut artificiellement endormir. Or je me rendais compte maintenant que si, pour Mme de Guermantes comblée de tout ce qui pouvait rendre infinie la distance entre elle et moi, j'avais vu cette distance brusquement supprimée par l'opinion que les avantages sociaux ne sont que matière inerte et transformable, d'une façon semblable, quoique inverse, mes relations, ma fortune, tous les moyens matériels dont tant ma situation que la civilisation de mon époque me faisaient profiter, n'avaient fait que reculer l'échéance de la lutte corps à corps avec la volonté contraire, inflexible d'Albertine, sur laquelle aucune pression n'avait agi. Sans doute j'avais pu échanger des dépêches, des communications téléphoniques avec Saint-Loup, être en rapports constants avec le bureau de Tours, mais leur attente n'avait-elle pas été inutile, leur résultat nul ? Et les filles de la campagne, sans avantages sociaux, sans relations, ou les humains avant les perfectionnements de la civilisation ne souffrent-ils pas moins, parce qu'on désire moins, parce qu'on regrette moins ce qu'on a toujours su inaccessible et qui est resté à cause de cela comme irréel ? On désire plus la personne qui va se donner ; l'espérance anticipe la possession ; mais le regret aussi est un amplificateur du désir. Le refus de Mlle de Stermaria de venir dîner à l'île du Bois est ce qui avait empêché que ce fût elle que j'aimasse. Cela eût pu suffire aussi à me la faire aimer, si ensuite je l'avais revue à temps. Aussitôt que j'avais su qu'elle ne viendrait pas, envisageant l'hypothèse invraisemblable – et qui s'était réalisée – que peut-être quelqu'un était jaloux d'elle et l'éloignait des autres, que je ne la reverrais jamais, j'avais tant souffert que j'aurais tout donné pour la voir, et c'est une des plus grandes angoisses que j'eusse connues, que l'arrivée de Saint-Loup avait apaisée. Or à partir d'un certain âge nos amours, nos maîtresses sont filles de notre angoisse ; notre passé, et les lésions physiques où il s'est inscrit, déterminent notre avenir. Pour Albertine en particulier, qu'il ne fût pas nécessaire que ce fût elle que j'aimasse était, même sans ces amours voisines, inscrit dans l'histoire de mon amour pour elle, c'est-à-dire pour elle et ses amies. Car ce n'était même pas un amour comme celui pour Gilberte, mais créé par division entre plusieurs jeunes filles. Que ce fût à cause d'elle et parce qu'elles me paraissaient quelque chose d'analogue à elle que je me fusse plu avec ses amies, il était possible. Toujours est-il que pendant bien longtemps l'hésitation entre toutes fut possible, mon choix se promenant de l'une à l'autre, et quand je croyais préférer celle-ci, il suffisait que celle-là me laissât attendre, refusât de me voir pour que j'eusse pour elle un commencement d'amour. Bien des fois à cette époque lorsque Andrée devait venir me voir à Balbec, si, un peu avant la visite d'Andrée, Albertine me manquait de parole, mon cœur ne cessait plus de battre, je croyais ne jamais la revoir et c'était elle que j'aimais. Et quand Andrée venait, c'était sérieusement que je lui disais (comme je le lui dis à Paris après que j'eus appris qu'Albertine avait connu Mlle Vinteuil), ce qu'elle pouvait croire dit exprès, sans sincérité, ce qui aurait été dit en effet, et dans les mêmes termes, si j'avais été heureux la veille avec Albertine : « Hélas, si vous étiez venue plus tôt, maintenant j'en aime une autre. » Encore dans ce cas d'Andrée, remplacée par Albertine quand j'avais appris que celle-ci avait connu Mlle Vinteuil, l'amour avait été alternatif et par conséquent, en somme, il n'y en avait eu qu'un à la fois. Mais il s'était produit tel cas auparavant où je m'étais à demi brouillé avec deux des jeunes filles. Celle qui ferait les premiers pas me rendrait le calme, c'est l'autre que j'aimerais si elle restait brouillée, ce qui ne veut pas dire que ce n'est pas avec la première que je me lierais définitivement, car elle me consolerait – bien qu'inefficacement – de la dureté de la seconde, de la seconde que je finirais par oublier si elle ne revenait plus. Or il arrivait que, persuadé que l'une ou l'autre au moins allait revenir à moi, aucune des deux pendant quelque temps ne le faisait. Mon angoisse était donc double, et double mon amour, me réservant de cesser d'aimer celle qui reviendrait, mais souffrant jusque-là par toutes les deux. C'est le lot d'un certain âge, qui peut venir très tôt, qu'on soit rendu moins amoureux par un être que par un abandon où de cet être on finit par ne plus savoir qu'une chose, sa figure étant obscurcie, son âme inexistante, votre préférence toute récente et inexpliquée : c'est qu'on aurait besoin pour ne plus souffrir qu'il vous fît dire : « Me recevriez-vous ? » Ma séparation d'avec Albertine, le jour où Françoise m'avait dit : « Mademoiselle Albertine est partie », était comme une allégorie de tant d'autres séparations. Car bien souvent pour que nous découvrions que nous sommes amoureux, peut-être même pour que nous le devenions, il faut qu'arrive le jour de la séparation. Dans ce cas, où c'est une attente vaine, un mot de refus qui fixe un choix, l'imagination fouettée par la souffrance va si vite dans son travail, fabrique avec une rapidité si folle un amour à peine commencé et qui restait informe, destiné à rester à l'état d'ébauche depuis des mois, que par instants l'intelligence, qui n'a pu rattraper le cœur, s'étonne, s'écrie : « Mais tu es fou, dans quelles pensées nouvelles vis-tu si douloureusement ? Tout cela n'est pas la vie réelle. » Et, en effet, à ce moment-là, si on n'était pas relancé par l'infidèle, de bonnes distractions qui nous calmeraient physiquement le cœur suffiraient pour faire avorter l'amour. En tous cas, si cette vie avec Albertine n'était pas, dans son essence, nécessaire, elle m'était devenue indispensable. J'avais tremblé quand j'avais aimé Mme de Guermantes parce que je me disais qu'avec ses trop grands moyens de séduction, non seulement de beauté mais de situation, de richesse, elle serait trop libre d'être à trop de gens, que j'aurais trop peu de prise sur elle. Albertine étant pauvre, obscure, devait être désireuse de m'épouser. Et pourtant je n'avais pu la posséder pour moi seul. Que ce soient les conditions sociales, les prévisions de la sagesse, en vérité, on n'a pas de prises sur la vie d'un autre être. Pourquoi ne m'avait-elle pas dit : « J'ai ces goûts » ? J'aurais cédé, je lui aurais permis de les satisfaire. Dans un roman que j'avais lu il y avait une femme qu'aucune objurgation de l'homme qui l'aimait ne pouvait décider à parler. En le lisant j'avais trouvé cette situation absurde ; j'aurais, moi, me disais-je, forcé la femme à parler d'abord, ensuite nous nous serions entendus ; à quoi bon ces malheurs inutiles ? Mais je voyais maintenant que nous ne sommes pas libres de ne pas nous les forger et que nous avons beau connaître notre volonté, les autres êtres ne lui obéissent pas.

Et pourtant ces douloureuses, ces inéluctables vérités qui nous dominaient et pour lesquelles nous étions aveugles, vérité de nos sentiments, vérité de notre destin, combien de fois sans le savoir, sans le vouloir, nous les avions dites en des paroles, crues sans doute mensongères par nous mais auxquelles l'événement avait donné après coup leur valeur prophétique. Je me rappelais bien des mots que l'un et l'autre nous avions prononcés sans savoir alors la vérité qu'ils contenaient, même que nous avions dits en croyant nous jouer la comédie et dont la fausseté était bien mince, bien peu intéressante, toute confinée dans notre pitoyable insincérité, auprès de ce qu'ils contenaient à notre insu. Mensonges, erreurs en deçà de la réalité profonde que nous n'apercevions pas, vérité au delà, vérité de nos caractères dont les lois essentielles nous échappent et demandent le temps pour se révéler, vérité de nos destins aussi. J'avais cru mentir quand je lui avais dit, à Balbec : « Plus je vous verrai, plus je vous aimerai » (et pourtant c'était cette intimité de tous les instants qui, par le moyen de la jalousie, m'avait tant attaché à elle), « je sens que je pourrais être utile à votre esprit » ; à Paris : « Tâchez d'être prudente. Pensez, s'il vous arrivait un accident je ne m'en consolerais pas », et elle : « Mais il peut m'arriver un accident » ; à Paris, le soir où j'avais fait semblant de vouloir la quitter : « Laissez-moi vous regarder encore puisque bientôt je ne vous verrai plus, et que ce sera pour jamais. » Et elle, quand ce même soir elle avait regardé autour d'elle : « Dire que je ne verrai plus cette chambre, ces livres, ce pianola, toute cette maison, je ne peux pas le croire, et pourtant c'est vrai. » Dans ses dernières lettres enfin, quand elle avait écrit – probablement en se disant « Je fais du chiqué » : – « Je vous laisse le meilleur de moi-même » (et n'était-ce pas en effet maintenant à la fidélité, aux forces, fragiles hélas aussi, de ma mémoire qu'étaient confiées son intelligence, sa bonté, sa beauté ?) et : « cet instant, deux fois crépusculaire puisque le jour tombait et que nous allions nous quitter, ne s'effacera de mon esprit que quand il sera envahi par la nuit complète », cette phrase écrite la veille du jour où, en effet, son esprit avait été envahi par la nuit complète et où peut-être bien, dans ces dernières lueurs si rapides mais que l'anxiété du moment divise jusqu'à l'infini, elle avait peut-être bien revu notre dernière promenade, et dans cet instant où tout nous abandonne et où on se crée une foi, comme les athées deviennent chrétiens sur le champ de bataille, elle avait peut-être appelé au secours l'ami si souvent maudit mais si respecté par elle, qui lui-même – car toutes les religions se ressemblent – avait la cruauté de souhaiter qu'elle eût eu aussi le temps de se reconnaître, de lui donner sa dernière pensée, de se confesser enfin à lui, de mourir en lui. Mais à quoi bon, puisque si même, alors, elle avait eu le temps de se reconnaître, nous n'avions compris l'un et l'autre où était notre bonheur, ce que nous aurions dû faire, que quand ce bonheur, que parce que ce bonheur n'était plus possible, que nous ne pouvions plus le réaliser. Tant que les choses sont possibles on les diffère, et elles ne peuvent prendre cette puissance d'attraits et cette apparente aisance de réalisation que quand, projetées dans le vide idéal de l'imagination, elles sont soustraites à la submersion alourdissante, enlaidissante du milieu vital. L'idée qu'on mourra est plus cruelle que mourir, mais moins que l'idée qu'un autre est mort ; que, redevenue plane après avoir englouti un être, s'étend, sans même un remous à cette place-là, une réalité d'où cet être est exclu, où n'existe plus aucun vouloir, aucune connaissance, et de laquelle il est aussi difficile de remonter à l'idée que cet être a vécu, qu'il est difficile, du souvenir encore tout récent de sa vie, de penser qu'il est assimilable aux images sans consistance, aux souvenirs laissés par les personnages d'un roman qu'on a lu.

Du moins j'étais heureux qu'avant de mourir elle m'eût écrit cette lettre, et surtout envoyé la dernière dépêche qui me prouvait qu'elle fût revenue si elle eût vécu. Il me semblait que c'était non seulement plus doux, mais plus beau aussi, que l'événement eût été incomplet sans ce télégramme, eût eu moins figure d'art et de destin. En réalité il l'eût eue tout autant s'il eût été autre ; car tout événement est comme un moule d'une forme particulière, et, quel qu'il soit, il impose, à la série des faits qu'il est venu interrompre et semble conclure, un dessin que nous croyons le seul possible parce que nous ne connaissons pas celui qui eût pu lui être substitué. Je me répétais : « Pourquoi ne m'avait-elle pas dit : « J'ai ces goûts » ? J'aurais cédé, je lui aurais permis de les satisfaire, en ce moment je l'embrasserais encore. » Quelle tristesse d'avoir à me rappeler qu'elle m'avait ainsi menti en me jurant, trois jours avant de me quitter, qu'elle n'avait jamais eu avec l'amie de Mlle Vinteuil ces relations qu'au moment où Albertine me le jurait sa rougeur avait confessées. Pauvre petite, elle avait eu du moins l'honnêteté de ne pas vouloir jurer que le plaisir de revoir Mlle Vinteuil n'entrait pour rien dans son désir d'aller ce jour-là chez les Verdurin. Pourquoi n'était-elle pas allée jusqu'au bout de son aveu, et avait-elle inventé alors ce roman inimaginable ? Peut-être, du reste, était-ce un peu ma faute si elle n'avait jamais, malgré toutes mes prières qui venaient se briser à sa dénégation, voulu me dire : « J'ai ces goûts. » C'était peut-être un peu ma faute parce que à Balbec, le jour où après la visite de Mme de Cambremer j'avais eu ma première explication avec Albertine et où j'étais si loin de croire qu'elle pût avoir en tous cas autre chose qu'une amitié trop passionnée avec Andrée, j'avais exprimé avec trop de violence mon dégoût pour ce genre de mœurs, je les avais condamnées d'une façon trop catégorique. Je ne pouvais me rappeler si Albertine avait rougi quand j'avais naïvement proclamé mon horreur de cela, je ne pouvais me le rappeler, car ce n'est souvent que longtemps après que nous voudrions bien savoir quelle attitude eut une personne à un moment où nous n'y fîmes nullement attention et qui, plus tard, quand nous repensons à notre conversation, éclaircirait une difficulté poignante. Mais dans notre mémoire il y a une lacune, il n'y a pas trace de cela. Et bien souvent nous n'avons pas fait assez attention, au moment même, aux choses qui pouvaient déjà nous paraître importantes, nous n'avons pas bien entendu une phrase, nous n'avons pas noté un geste, ou bien nous les avons oubliés. Et quand plus tard, avides de découvrir une vérité, nous remontons de déduction en déduction, feuilletant notre mémoire comme un recueil de témoignages, quand nous arrivons à cette phrase, à ce geste, impossible de nous rappeler, nous recommençons vingt fois le même trajet, mais inutilement : le chemin ne va pas plus loin. Avait-elle rougi ? Je ne sais si elle avait rougi, mais elle n'avait pas pu ne pas entendre, et le souvenir de ces paroles l'avait plus tard arrêtée quand peut-être elle avait été sur le point de se confesser à moi. Et maintenant elle n'était plus nulle part, j'aurais pu parcourir la terre d'un pôle à l'autre sans rencontrer Albertine. La réalité, qui s'était refermée sur elle, était redevenue unie, avait effacé jusqu'à la trace de l'être qui avait coulé à fond. Elle n'était plus qu'un nom, comme cette Mme de Charlus dont disaient avec indifférence : « Elle était délicieuse » ceux qui l'avaient connue. Mais je ne pouvais pas concevoir plus d'un instant l'existence de cette réalité dont Albertine n'avait pas conscience, car en moi mon amie existait trop, en moi où tous les sentiments, toutes les pensées se rapportaient à sa vie. Peut-être, si elle l'avait su, eût-elle été touchée de voir que son ami ne l'oubliait pas, maintenant que sa vie à elle était finie, et elle eût été sensible à des choses qui auparavant l'eussent laissée indifférente. Mais comme on voudrait s'abstenir d'infidélités, si secrètes fussent-elles, tant on craint que celle qu'on aime ne s'en abstienne pas, j'étais effrayé de penser que, si les morts vivent quelque part, ma grand'mère connaissait aussi bien mon oubli qu'Albertine mon souvenir. Et tout compte fait, même pour une même morte, est-on sûr que la joie qu'on aurait d'apprendre qu'elle sait certaines choses balancerait l'effroi de penser qu'elle les sait toutes ? et, si sanglant que soit le sacrifice, ne renoncerions-nous pas quelquefois à garder après leur mort comme amis ceux que nous avons aimés de peur de les avoir aussi pour juges ?

With the result that these several years imposed upon my memory of Albertine, which made them so painful, the successive colouring, the different modulations not only of their seasons or of their hours, from late afternoons in June to winter evenings, from seas by moonlight to dawn that broke as I was on my way home, from snow in Paris to fallen leaves at Saint-Cloud, but also of each of the particular ideas of Albertine that I successively formed, of the physical aspect in which I pictured her at each of those moments, the degree of frequency with which I had seen her during that season, which itself appeared consequently more or less dispersed or compact, the anxieties which she might have caused me by keeping me waiting, the desire which I had felt at a given moment for her, the hopes formed and then blasted; all of these modified the character of my retrospective sorrow fully as much as the impressions of light or of scents which were associated with it, and completed each of the solar years through which I had lived — years which, simply with their springs, their trees, their breezes, were already so sad because of the indissociable memory of her — complementing each of them with a sort of sentimental year in which the hours were defined not by the sun’s position, but by the strain of waiting for a tryst, in which the length of the days, in which the changes of temperature were determined not by the seasons but by the soaring flight of my hopes, the progress of our intimacy, the gradual transformation of her face, the expeditions on which she had gone, the frequency and style of the letters that she had written me during her absence, her more or less eager anxiety to see me on her return. And lastly if these changes of season, if these different days furnished me each with a fresh Albertine, it was not only by recalling to me similar moments. The reader will remember that always, even before I began to be in love, each day had made me a different person, swayed by other desires because he had other perceptions, a person who, whereas he had dreamed only of cliffs and tempests overnight, if the indiscreet spring dawn had distilled a scent of roses through the gaping portals of his house of sleep, would awake alert to set off for Italy. Even in my love, had not the changing state of my moral atmosphere, the varying pressure of my beliefs, had they not one day diminished the visibility of the love that I was feeling, had they not another day extended it beyond all bounds, one day softened it to a smile, another day condensed it to a storm? We exist only by virtue of what we possess, we possess only what is really present to us, and so many of our memories, our humours, our ideas set out to voyage far away from us, until they are lost to sight! Then we can no longer make them enter into our reckoning of the total which is our personality. But they know of secret paths by which to return to us. And on certain nights, having gone to sleep almost without regretting Albertine any more — we can regret only what we remember — on awakening I found a whole fleet of memories which had come to cruise upon the surface of my clearest consciousness, and seemed marvellously distinct. Then I wept over what I could see so plainly, what overnight had been to me non-existent. In an instant, Albertine’s name, her death, had changed their meaning; her betrayals had suddenly resumed their old importance.

How could she have seemed dead to me when now, in order to think of her, I had at my disposal only those same images one or other of which I used to recall when she was alive, each one being associated with a particular moment? Rapid and bowed above the mystic wheel of her bicycle, tightly strapped upon rainy days in the amazonian corslet of her waterproof which made her breasts protrude, while serpents writhed in her turbaned hair, she scattered terror in the streets of Balbec; on the evenings on which we had taken champagne with us to the woods of Chantepie, her voice provoking, altered, she shewed on her face that pallid warmth colouring only over her cheekbones so that, barely able to make her out in the darkness of the carriage, I drew her face into the moonlight in order to see her better, and which I tried now in vain to recapture, to see again in a darkness that would never end. A little statuette as we drove to the island, a large, calm, coarsely grained face above the pianola, she was thus by turns rain-soaked and swift, provoking and diaphanous, motionless and smiling, an angel of music. So that what would have to be obliterated in me was not one only, but countless Albertines. Each of these was thus attached to a moment, to the date of which I found myself carried back when I saw again that particular Albertine. And the moments of the past do not remain still; they retain in our memory the motion which drew them towards the future, towards a future which has itself become the past, and draw us on in their train. Never had I caressed the waterproofed Albertine of the rainy days, I wanted to ask her to divest herself of that armour, that would be to know with her the love of the tented field, the brotherhood of travel. But this was no longer possible, she was dead. Never either, for fear of corrupting her, had I shewn any sign of comprehension on the evenings when she seemed to be offering me pleasures which, but for my self-restraint, she would not perhaps have sought from others, and which aroused in me now a frantic desire. I should not have found them the same in any other woman, but she who would fain have offered me them I might scour the whole world now without encountering, for Albertine was dead. It seemed that I had to choose between two sets of facts, to decide which was the truth, so far was the fact of Albertine’s death — arising for me from a reality which I had not known; her life in Touraine — a contradiction of all my thoughts of her, my desires, my regrets, my tenderness, my rage, my jealousy. So great a wealth of memories, borrowed from the treasury of her life, such a profusion of sentiments evoking, implicating her life, seemed to make it incredible that Albertine should be dead. Such a profusion of sentiments, for my memory, while preserving my affection, left to it all its variety. It was not Albertine alone that was simply a series of moments, it was also myself. My love for her had not been simple: to a curious interest in the unknown had been added a sensual desire and to a sentiment of an almost conjugal mildness, at one moment indifference, at another a jealous fury. I was not one man only, but the steady advance hour after hour of an army in close formation, in which there appeared, according to the moment, impassioned men, indifferent men, jealous men — jealous men no two of whom were jealous of the same woman. And no doubt it would be from this that one day would come the healing which I should not expect. In a composite mass, these elements may, one by one, without our noticing it, be replaced by others, which others again eliminate or reinforce, until in the end a change has been brought about which it would be impossible to conceive if we were a single person. The complexity of my love, of my person, multiplied, diversified my sufferings. And yet they could always be ranged in the two categories, the option between which had made up the whole life of my love for Albertine, swayed alternately by trust and by a jealous suspicion.

If I had found it difficult to imagine that Albertine, so vitally alive in me (wearing as I did the double harness of the present and the past), was dead, perhaps it was equally paradoxical in me that Albertine, whom I knew to be dead, could still excite my jealousy, and that this suspicion of the misdeeds of which Albertine, stripped now of the flesh that had rejoiced in them, of the heart that had been able to desire them, was no longer capable, nor responsible for them, should excite in me so keen a suffering that I should only have blessed them could I have seen in those misdeeds the pledge of the moral reality of a person materially non-existent, in place of the reflexion, destined itself too to fade, of impressions that she had made on me in the past. A woman who could no longer taste any pleasure with other people ought not any longer to have excited my jealousy, if only my affection had been able to come to the surface. But this was just what was impossible, since it could not find its object, Albertine, save among memories in which she was still alive. Since, merely by thinking of her, I brought her back to life, her infidelities could never be those of a dead woman; the moments at which she had been guilty of them became the present moment, not only for Albertine, but for that one of my various selves who was thinking of her. So that no anachronism could ever separate the indissoluble couple, in which, to each fresh culprit, was immediately mated a jealous lover, pitiable and always contemporaneous. I had, during the last months, kept her shut up in my own house. But in my imagination now, Albertine was free, she was abusing her freedom, was prostituting herself to this friend or to that. Formerly, I used constantly to dream of the uncertain future that was unfolding itself before us, I endeavoured to read its message. And now, what lay before me, like a counterpart of the future — as absorbing as the future because it was equally uncertain, as difficult to decipher, as mysterious, more cruel still because I had not, as with the future, the possibility or the illusion of influencing it, and also because it unrolled itself to the full extent of my own life without my companion’s being present to soothe the anguish that it caused me — was no longer Albertine’s Future, it was her Past. Her Past? That is the wrong word, since for jealousy there can be neither past nor future, and what it imagines is invariably the present.

Atmospheric changes, provoking other changes in the inner man, awaken forgotten variants of himself, upset the somnolent course of habit, restore their old force to certain memories, to certain sufferings. How much the more so with me if this change of weather recalled to me the weather in which Albertine, at Balbec, under the threat of rain, it might be, used to set out, heaven knows why, upon long rides, in the clinging mail-armour of her waterproof. If she had lived, no doubt to-day, in this so similar weather, she would be setting out, in Touraine, upon a corresponding expedition. Since she could do so no longer, I ought not to have been pained by the thought; but, as with amputated cripples, the slightest change in the weather revived my pains in the member that had ceased, now, to belong to me.

All of a sudden it was an impression which I had not felt for a long time — for it had remained dissolved in the fluid and invisible expanse of my memory — that became crystallised. Many years ago, when somebody mentioned her bath-wrap, Albertine had blushed. At that time I was not jealous of her. But since then I had intended to ask her if she could remember that conversation, and why she had blushed. This had worried me all the more because I had been told that the two girls, Léa’s friends, frequented the bathing establishment of the hotel, and, it was said, not merely for the purpose of taking baths. But, for fear of annoying Albertine, or else deciding to await some more opportune moment, I had always refrained from mentioning it to her and in time had ceased to think about it. And all of a sudden, some time after Albertine’s death, I recalled this memory, stamped with the mark, at once irritating and solemn, of riddles left for ever insoluble by the death of the one person who could have interpreted them. Might I not at least try to make certain that Albertine had never done anything wrong in that bathing establishment? By sending some one to Balbec I might perhaps succeed. While she was alive, I should doubtless have been unable to learn anything. But people’s tongues become strangely loosened and they are ready to report a misdeed when they need no longer fear the culprit’s resentment. As the constitution of our imagination, which has remained rudimentary, simplified (not having passed through the countless transformations which improve upon the primitive models of human inventions, barely recognisable, whether it be the barometer, the balloon, the telephone, or anything else, in their ultimate perfection), allows us to see only a very few things at one time, the memory of the bathing establishment occupied the whole field of my inward vision.

Sometimes I came in collision in the dark lanes of sleep with one of those bad dreams, which are not very serious for several reasons, one of these being that the sadness which they engender lasts for barely an hour after we awake, like the weakness that is caused by an artificial soporific. For another reason also, namely that we encounter them but very rarely, no more than once in two or three years. And moreover it remains uncertain whether we have encountered them before, whether they have not rather that aspect of not being seen for the first time which is projected over them by an illusion, a subdivision (for duplication would not be a strong enough term).

Of course, since I entertained doubts as to the life, the death of Albertine, I ought long since to have begun to make inquiries, but the same weariness, the same cowardice which had made me give way to Albertine when she was with me prevented me from undertaking anything since I had ceased to see her. And yet from a weakness that had dragged on for years on end, a flash of energy sometimes emerged. I decided to make this investigation which, after all, was perfectly natural. One would have said that nothing else had occurred in Albertine’s whole life. I asked myself whom I could best send down to make inquiries on the spot, at Balbec. Aimé seemed to me to be a suitable person. Apart from his thorough knowledge of the place, he belonged to that category of plebeian folk who have a keen eye to their own advantage, are loyal to those whom they serve, indifferent to any thought of morality, and of whom — because, if we pay them well, in their obedience to our will, they suppress everything that might in one way or another go against it, shewing themselves as incapable of indiscretion, weakness or dishonesty as they are devoid of scruples — we say: “They are good fellows.” In such we can repose an absolute confidence. When Aimé had gone, I thought how much more to the point it would have been if, instead of sending him down to try to discover something there, I had now been able to question Albertine herself. And at once the thought of this question which I would have liked, which it seemed to me that I was about to put to her, having brought Albertine into my presence — not thanks to an effort of resurrection but as though by one of those chance encounters which, as is the case with photographs that are not posed, with snapshots, always make the person appear more alive — at the same time in which I imagined our conversation, I felt how impossible it was; I had just approached a fresh aspect of the idea that Albertine was dead, Albertine who inspired in me that affection which we have for the absent the sight of whom does not come to correct the embellished image, inspiring also sorrow that this absence must be eternal and that the poor child should be deprived for ever of the joys of life. And immediately, by an abrupt change of mood, from the torments of jealousy I passed to the despair of separation.

What filled my heart now was, in the place of odious suspicions, the affectionate memory of hours of confiding tenderness spent with the sister whom death had really made me lose, since my grief was related not to what Albertine had been to me, but to what my heart, anxious to participate in the most general emotions of love, had gradually persuaded me that she was; then I became aware that the life which had bored me so — so, at least, I thought — had been on the contrary delicious, to the briefest moments spent in talking to her of things that were quite insignificant, I felt now that there was added, amalgamated a pleasure which at the time had not — it is true — been perceived by me, but which was already responsible for making me turn so perseveringly to those moments to the exclusion of any others; the most trivial incidents which I recalled, a movement that she had made in the carriage by my side, or to sit down facing me in my room, dispersed through my spirit an eddy of sweetness and sorrow which little by little overwhelmed it altogether.

This room in which we used to dine had never seemed to me attractive, I had told Albertine that it was attractive merely in order that my mistress might be content to live in it. Now the curtains, the chairs, the books, had ceased to be unimportant. Art is not alone in imparting charm and mystery to the most insignificant things; the same power of bringing them into intimate relation with ourselves is committed also to grief. At the moment I had paid no attention to the dinner which we had eaten together after our return from the Bois, before I went to the Verdurins’, and towards the beauty, the solemn sweetness of which I now turned, my eyes filled with tears. An impression of love is out of proportion to the other impressions of life, but it is not when it is lost in their midst that we can take account of it. It is not from its foot, in the tumult of the street and amid the thronging houses, it is when we are far away, that from the slope of a neighbouring hill, at a distance from which the whole town has disappeared, or appears only as a confused mass upon the ground, we can, in the calm detachment of solitude and dusk, appreciate, unique, persistent and pure, the height of a cathedral. I tried to embrace the image of Albertine through my tears as I thought of all the serious and sensible things that she had said that evening.

One morning I thought that I could see the oblong shape of a hill swathed in mist, that I could taste the warmth of a cup of chocolate, while my heart was horribly wrung by the memory of that afternoon on which Albertine had come to see me and I had kissed her for the first time: the fact was that I had just heard the hiccough of the hot-water pipes, the furnace having just been started. And I flung angrily away an invitation which Françoise brought me from Mme. Verdurin; how the impression that I had felt when I went to dine for the first time at la Raspelière, that death does not strike us all at the same age, overcame me with increased force now that Albertine was dead, so young, while Brichot continued to dine with Mme. Verdurin who was still entertaining and would perhaps continue to entertain for many years to come. At once the name of Brichot recalled to me the end of that evening party when he had accompanied me home, when I had seen from the street the light of Albertine’s lamp. I had already thought of it upon many occasions, but I had not approached this memory from the same angle. Then when I thought of the void which I should now find upon returning home, that I should never again see from the street Albertine’s room, the light in which was extinguished for ever, I realised how, that evening, in parting from Brichot, I had thought that I was bored, that I regretted my inability to stroll about the streets and make love elsewhere, I realised how greatly I had been mistaken, that it was only because the treasure whose reflexions came down to me in the street had seemed to be entirely in my possession that I had failed to calculate its value, which meant that it seemed to me of necessity inferior to pleasures, however slight, of which however, in seeking to imagine them, I enhanced the value. I realised how much that light which had seemed to me to issue from a prison contained for me of fulness, of life and sweetness, all of which was but the realisation of what had for a moment intoxicated me and had then seemed for ever impossible: I began to understand that this life which I had led in Paris in a home which was also her home, was precisely the realisation of that profound peace of which I had dreamed on the night when Albertine had slept under the same roof as myself, at Balbec. The conversation which I had had with Albertine after our return from the Bois before that party at the Verdurins’, I should not have been consoled had it never occurred, that conversation which had to some extent introduced Albertine into my intellectual life and in certain respects had made us one. For no doubt if I returned with melting affection to her intelligence, to her kindness to myself, it was not because they were any greater than those of other persons whom I had known. Had not Mme. de Cambremer said to me at Balbec: “What! You might be spending your days with Elstir, who is a genius, and you spend them with your cousin!” Albertine’s intelligence pleased me because, by association, it revived in me what I called its sweetness as we call the sweetness of a fruit a certain sensation which exists only in our palate. And in fact, when I thought of Albertine’s intelligence, my lips instinctively protruded and tasted a memory of which I preferred that the reality should remain external to me and should consist in the objective superiority of another person. There could be no denying that I had known people whose intelligence was greater. But the infinitude of love, or its egoism, has the result that the people whom we love are those whose intellectual and moral physiognomy is least defined objectively in our eyes, we alter them incessantly to suit our desires and fears, we do not separate them from ourselves: they are only a vast and vague place in which our affections take root. We have not of our own body, into which flow perpetually so many discomforts and pleasures, as clear an outline as we have of a tree or house, or of a passer-by. And where I had gone wrong was perhaps in not making more effort to know Albertine in herself. Just as, from the point of view of her charm, I had long considered only the different positions that she occupied in my memory in the procession of years, and had been surprised to see that she had been spontaneously enriched with modifications which were due merely to the difference of perspective, so I ought to have sought to understand her character as that of an ordinary person, and thus perhaps, finding an explanation of her persistence in keeping her secret from me, might have averted the continuance between us, with that strange desperation, of the conflict which had led to the death of Albertine. And I then felt, with an intense pity for her, shame at having survived her. It seemed to me indeed, in the hours when I suffered least, that I had derived a certain benefit from her death, for a woman is of greater service to our life if she is in it, instead of being an element of happiness, an instrument of sorrow, and there is not a woman in the world the possession of whom is as precious as that of the truths which she reveals to us by causing us to suffer. In these moments, thinking at once of my grandmother’s death and of Albertine’s, it seemed to me that my life was stained with a double murder from which only the cowardice of the world could absolve me. I had dreamed of being understood by Albertine, of not being scorned by her, thinking that it was for the great happiness of being understood, of not being scorned, when so many other people might have served me better. We wish to be understood, because we wish to be loved, and we wish to be loved because we are in love. The understanding of other people is immaterial and their love importunate. My joy at having possessed a little of Albertine’s intelligence and of her heart arose not from their intrinsic worth, but from the fact that this possession was a stage farther towards the complete possession of Albertine, a possession which had been my goal and my chimera, since the day on which I first set eyes on her. When we speak of the ‘kindness’ of a woman, we do no more perhaps than project outside ourselves the pleasure that we feel in seeing her, like children when they say: “My dear little bed, my dear little pillow, my dear little hawthorns.” Which explains incidentally why men never say of a woman who is not unfaithful to them: “She is so kind,” and say it so often of a woman by whom they are betrayed. Mme. de Cambremer was right in thinking that Elstir’s intellectual charm was greater. But we cannot judge in the same way the charm of a person who is, like everyone else, exterior to ourselves, painted upon the horizon of our mind, and that of a person who, in consequence of an error in localisation which has been due to certain accidents but is irreparable, has lodged herself in our own body so effectively that the act of asking ourselves in retrospect whether she did not look at a woman on a particular day in the corridor of a little seaside railway-tram makes us feel the same anguish as would a surgeon probing for a bullet in our heart. A simple crescent of bread, but one which we are eating, gives us more pleasure than all the ortolans, young rabbits and barbavelles that were set before Louis XV and the blade of grass which, a few inches away, quivers before our eye, while we are lying upon the mountain-side, may conceal from us the sheer summit of another peak, if it is several miles away.

Furthermore, our mistake is our failure to value the intelligence, the kindness of a woman whom we love, however slight they may be. Our mistake is our remaining indifferent to the kindness, the intelligence of others. Falsehood begins to cause us the indignation, and kindness the gratitude which they ought always to arouse in us, only if they proceed from a woman with whom we are in love, and bodily desire has the marvellous faculty of restoring its value to intelligence and a solid base to the moral life. Never should I find again that divine thing, a person with whom I might talk freely of everything, in whom I might confide. Confide? But did not other people offer me greater confidence than Albertine? Had I not had with others more unrestricted conversations? The fact is that confidence, conversation, trivial things in themselves, what does it matter whether they are more or less imperfect, if only there enters into them love, which alone is divine. I could see Albertine now, seated at her pianola, rosy beneath her dark hair, I could feel, against my lips which she was trying to part, her tongue, her motherly, inedible, nourishing and holy tongue whose secret flame and dew meant that even when Albertine let it glide over the surface of my throat or stomach, those caresses, superficial but in a sense offered by her inmost flesh, turned outward like a cloth that is turned to shew its lining, assumed even in the most external touches as it were the mysterious delight of a penetration.

All these so pleasant moments which nothing would ever restore to me again, I cannot indeed say that what made me feel the loss of them was despair. To feel despair, we must still be attached to that life which could end only in disaster. I had been in despair at Balbec when I saw the day break and realised that none of the days to come could ever be a happy day for me, I had remained fairly selfish since then, but the self to which I was now attached, the self which constituted those vital reserves that were set in action by the instinct of self-preservation, this self was no longer alive; when I thought of my strength, of my vital force, of the best elements in myself, I thought of a certain treasure which I had possessed (which I had been alone in possessing since other people could not know exactly the sentiment, concealed in myself, which it had inspired in me) and which no one could ever again take from me since I possessed it no longer.

And, to tell the truth, when I had ever possessed it, it had been only because I had liked to think of myself as possessing it. I had not merely committed the imprudence, when I cast my eyes upon Albertine and lodged her in my heart, of making her live within me, nor that other imprudence of combining a domestic affection with sensual pleasure. I had sought also to persuade myself that our relations were love, that we were mutually practising the relations that are called love, because she obediently returned the kisses that I gave her, and, having come in time to believe this, I had lost not merely a woman whom I loved but a woman who loved me, my sister, my child, my tender mistress. And in short, I had received a blessing and a curse which Swann had not known, for after all during the whole of the time in which he had been in love with Odette and had been so jealous of her, he had barely seen her, having found it so difficult, on certain days when she put him off at the last moment, to gain admission to her. But afterwards he had had her to himself, as his wife, and until the day of his death. I, on the contrary, while I was so jealous of Albertine, more fortunate than Swann, had had her with me in my own house. I had realised as a fact the state of which Swann had so often dreamed and which he did not realise materially until it had ceased to interest him. But after all I had not managed to keep Albertine as he had kept Odette. She had fled from me, she was dead. For nothing is ever repeated exactly, and the most analogous lives which, thanks to the kinship of the persons and the similarity of the circumstances, we may select in order to represent them as symmetrical, remain in many respects opposite.

By losing my life I should not have lost very much; I should have lost now only an empty form, the empty frame of a work of art. Indifferent as to what I might in the future put in it, but glad and proud to think of what it had contained, I dwelt upon the memory of those so pleasant hours, and this moral support gave me a feeling of comfort which the approach of death itself would not have disturbed.

How she used to hasten to see me at Balbec when I sent for her, lingering only to sprinkle scent on her hair to please me. These images of Balbec and Paris which I loved to see again were the pages still so recent, and so quickly turned, of her short life. All this which for me was only memory had been for her action, action as precipitate as that of a tragedy towards a sudden death. People develop in one way inside us, but in another way outside us (I had indeed felt this on those evenings when I remarked in Albertine an enrichment of qualities which was due not only to my memory), and these two ways do not fail to react upon each other. Albeit I had, in seeking to know Albertine, then to possess her altogether, obeyed merely the need to reduce by experiment to elements meanly similar to those of our own self the mystery of every other person, I had been unable to do so without exercising an influence in my turn over Albertine’s life. Perhaps my wealth, the prospect of a brilliant marriage had attracted her, my jealousy had kept her, her goodness or her intelligence, or her sense of guilt, or her cunning had made her accept, and had led me on to make harsher and harsher a captivity in chains forged simply by the internal process of my mental toil, which had nevertheless had, upon Albertine’s life, reactions, destined themselves to set, by the natural swing of the pendulum, fresh and ever more painful problems to my psychology, since from my prison she had escaped, to go and kill herself upon a horse which but for me she would not have owned, leaving me, even after she was dead, with suspicions the verification of which, if it was to come, would perhaps be more painful to me than the discovery at Balbec that Albertine had known Mlle. Vinteuil, since Albertine would no longer be present to soothe me. So that the long plaint of the soul which thinks that it is living shut up within itself is a monologue in appearance only, since the echoes of reality alter its course and such a life is like an essay in subjective psychology spontaneously pursued, but furnishing from a distance its ‘action’ to the purely realistic novel of another reality, another existence, the vicissitudes of which come in their turn to inflect the curve and change the direction of the psychological essay. How highly geared had been the mechanism, how rapid had been the evolution of our love, and, notwithstanding the sundry delays, interruptions and hesitations of the start, as in certain of Balzac’s tales or Schumann’s ballads, how sudden the catastrophe! It was in the course of this last year, long as a century to me, so many times had Albertine changed her appearance in my mind between Balbec and her departure from Paris, and also, independently of me and often without my knowledge, changed in herself, that I must place the whole of that happy life of affection which had lasted so short a while, which yet appeared to me with an amplitude, almost an immensity, which now was for ever impossible and yet was indispensable to me. Indispensable without perhaps having been in itself and at the outset a thing that was necessary since I should not have known Albertine had I not read in an archaeological treatise a description of the church at Balbec, had not Swann, by telling me that this church was almost Persian, directed my taste to the Byzantine Norman, had not a financial syndicate, by erecting at Balbec a hygienic and comfortable hotel, made my parents decide to hear my supplication and send me to Balbec. To be sure, in that Balbec so long desired I had not found the Persian church of my dreams, nor the eternal mists. Even the famous train at one twenty-two had not corresponded to my mental picture of it. But in compensation for what our imagination leaves us wanting and we give ourselves so much unnecessary trouble in trying to find, life does give us something which we were very far from imagining. Who would have told me at Combray, when I lay waiting for my mother’s good-night with so heavy a heart, that those anxieties would be healed, and would then break out again one day, not for my mother, but for a girl who would at first be no more, against the horizon of the sea, than a flower upon which my eyes would daily be invited to gaze, but a flower that could think, and in whose mind I should be so childishly anxious to occupy a prominent place, that I should be distressed by her not being aware that I knew Mme. de Villeparisis? Yes, it was the good-night, the kiss of a stranger like this, that, in years to come, was to make me suffer as keenly as I had suffered as a child when my mother was not coming up to my room. Well, this Albertine so necessary, of love for whom my soul was now almost entirely composed, if Swann had not spoken to me of Balbec, I should never have known her. Her life would perhaps have been longer, mine would have been unprovided with what was now making it a martyrdom. And also it seemed to me that, by my entirely selfish affection, I had allowed Albertine to die just as I had murdered my grandmother. Even later on, even after I had already known her at Balbec, I should have been able not to love her as I was to love her in the sequel. When I gave up Gilberte and knew that I would be able one day to love another woman, I scarcely ventured to entertain a doubt whether, considering simply the past, Gilberte was the only woman whom I had been capable of loving. Well, in the case of Albertine I had no longer any doubt at all, I was sure that it need not have been herself that I loved, that it might have been some one else. To prove this, it would have been sufficient that Mlle. de Stermaria, on the evening when I was going to take her to dine on the island in the Bois, should not have put me off. It was still not too late, and it would have been upon Mlle. de Stermaria that I would have trained that activity of the imagination which makes us extract from a woman so special a notion of the individual that she appears to us unique in herself and predestined and necessary for us. At the most, adopting an almost physiological point of view, I could say that I might have been able to feel this same exclusive love for another woman but not for any other woman. For Albertine, plump and dark, did not resemble Gilberte, tall and ruddy, and yet they were fashioned of the same healthy stuff, and over the same sensual cheeks shone a look in the eyes of both which it was difficult to interpret. They were women of a sort that would never attract the attention of men who, for their part, would do the most extravagant things for other women who made no appeal to me. A man has almost always the same way of catching cold, and so forth; that is to say, he requires to bring about the event a certain combination of circumstances; it is natural that when he falls in love he should love a certain class of woman, a class which for that matter is very numerous. The two first glances from Albertine which had set me dreaming were not absolutely different from Gilberte’s first glances. I could almost believe that the obscure personality, the sensuality, the forward, cunning nature of Gilberte had returned to tempt me, incarnate this time in Albertine’s body, a body quite different and yet not without analogies. In Albertine’s case, thanks to a wholly different life shared with me into which had been unable to penetrate — in a block of thoughts among which a painful preoccupation maintained a permanent cohesion — any fissure of distraction and oblivion, her living body had indeed not, like Gilberte’s, ceased one day to be the body in which I found what I subsequently recognised as being to me (what they would not have been to other men) feminine charms. But she was dead. I should, in time, forget her. Who could tell whether then, the same qualities of rich blood, of uneasy brooding would return one day to spread havoc in my life, but incarnate this time in what feminine form I could not foresee. The example of Gilberte would as little have enabled me to form an idea of Albertine and guess that I should fall in love with her, as the memory of Vinteuil’s sonata would have enabled me to imagine his septet. Indeed, what was more, on the first occasions of my meeting Albertine, I might have supposed that it was with other girls that I should fall in love. Besides, she might indeed quite well have appeared to me, had I met her a year earlier, as dull as a grey sky in which dawn has not yet broken. If I had changed in relation to her, she herself had changed also, and the girl who had come and sat Upon my bed on the day of my letter to Mlle. de Stermaria was no longer the same girl that I had known at Balbec, whether by a mere explosion of the woman which occurs at the age of puberty, or because of some incident which I have never been able to discover. In any case if she whom I was one day to love must to a certain extent resemble this other, that is to say if my choice of a woman was not entirely free, this meant nevertheless that, trained in a manner that was perhaps inevitable, it was trained upon something more considerable than a person, upon a type of womankind, and this removed all inevitability from my love for Albertine. The woman whose face we have before our eyes more constantly than light itself, since, even when our eyes are shut, we never cease for an instant to adore her beautiful eyes, her beautiful nose, to arrange opportunities of seeing them again, this unique woman — we know quite well that it would have been another woman that would now be unique to us if we had been in another town than that in which we made her acquaintance, if we had explored other quarters of the town, if we had frequented the house of a different hostess. Unique, we suppose; she is innumerable. And yet she is compact, indestructible in our loving eyes, irreplaceable for a long time to come by any other. The truth is that the woman has only raised to life by a sort of magic spell a thousand elements of affection existing in us already in a fragmentary state, which she has assembled, joined together, bridging every gap between them, it is ourselves who by giving her her features have supplied all the solid matter of the beloved object. Whence it comes about that even if we are only one man among a thousand to her and perhaps the last man of them all, to us she is the only woman, the woman towards whom our whole life tends. It was indeed true that I had been quite well aware that this love was not inevitable since it might have occurred with Mlle. de Stermaria, but even without that from my knowledge of the love itself, when I found it to be too similar to what I had known with other women, and also when I felt it to be vaster than Albertine, enveloping her, unconscious of her, like a tide swirling round a tiny rock. But gradually, by dint of living with Albertine, the chains which I myself had forged I was unable to fling off, the habit of associating Albertine’s person with the sentiment which she had not inspired made me nevertheless believe that ft was peculiar to her, as habit gives to the mere association of ideas between two phenomena, according to a certain school of philosophy, an illusion of the force, the necessity of a law of causation. I had thought that my social relations, my wealth, would dispense me from suffering, and too effectively perhaps since this seemed to dispense me from feeling, loving, imagining; I envied a poor country girl whom her absence of social relations, even by telegraph, allows to ponder for months on end upon a grief which she cannot artificially put to sleep. And now I began to realise that if, in the case of Mme. de Guermantes, endowed with everything that could make the gulf infinite between her and myself, I had seen that gulf suddenly bridged by the opinion that social advantages are nothing more than inert and transmutable matter, so, in a similar albeit converse fashion, my social relations, my wealth, all the material means by which not only my own position but the civilisation of my age enabled me to profit, had done no more than postpone the conclusion of my struggle against the contrary inflexible will of Albertine upon which no pressure had had any effect. True, I had been able to exchange telegrams, telephone messages with Saint-Loup, to remain in constant communication with the office at Tours, but had not the delay in waiting for them proved useless, the result nil? And country girls, without social advantages or relations, or human beings enjoying the perfections of civilisation, do they not suffer less, because all of us desire less, because we regret less what we have always known to be inaccessible, what for that reason has continued to seem unreal? We desire more keenly the person who is about to give herself to us; hope anticipates possession; but regret also is an amplifier of desire. Mme. de Stermaria’s refusal to come and dine with me on the island in the Bois was what had prevented her from becoming the object of my love. This might have sufficed also to make me fall in love with her if afterwards I had seen her again before it was too late. As soon as I had known that she was not coming, entertaining the improbable hypothesis — which had been proved correct — that perhaps she had a jealous lover who prevented her from seeing other men, that I should never see her again, I had suffered so intensely that I would have given anything in the world to see her, and it was one of the keenest anguishes that I had ever felt that Saint-Loup’s arrival had soothed. After we have reached a certain age our loves, our mistresses, are begotten of our anguish; our past, and the physical lesions in which it is recorded, determine our future. In Albertine’s case, the fact that it would not necessarily be she that I must love was, even without the example of those previous loves, inscribed in the history of my love for her, that is to say for herself and her friends. For it was not a single love like my love for Gilberte, but was created by division among a number of girls. That it was on her account and because they appeared to me more or less similar to her that I had amused myself with her friends was quite possible. The fact remains that for a long time hesitation among them all was possible, my choice strayed from one to another, and when I thought that I preferred one, it was enough that another should keep me waiting, should refuse to see me, to make me feel the first premonitions of love for her. Often at that time when Andrée was coming to see me at Balbec, if, shortly before Andrée was expected, Albertine failed to keep an appointment, my heart throbbed without ceasing, I felt that I would never see her again and that it was she whom I loved. And when Andrée came it was in all seriousness that I said to her (as I said it to her in Paris after I had learned that Albertine had known Mlle. Vinteuil) what she supposed me to be saying with a purpose, without sincerity, what I would indeed have said and in the same words had I been enjoying myself the day before with Albertine: “Alas! If you had only come sooner, now I am in love with some one else.” Again, in this case of Andrée, replaced by Albertine after I learned that the latter had known Mlle. Vinteuil, my love had alternated between them, so that after all there had been only one love at a time. But a case had occurred earlier in which I had more or less quarrelled with two of the girls. The one who took the first step towards a reconciliation would restore my peace of mind, it was the other that I would love, if she remained cross with me, which does not mean that it was not with the former that I would form a definite tie, for she would console me — albeit ineffectively — for the harshness of the other, whom I would end by forgetting if she did not return to me again. Now, it so happened that, while I was convinced that one or the other at least would come back to me, for some time neither of them did so. My anguish was therefore twofold, and twofold my love, while I reserved to myself the right to cease to love the one who came back, but until that happened continued to suffer on account of them both. It is the lot of a certain period in life which may come to us quite early that we are made less amorous by a person than by a desertion, in which we end by knowing one thing and one thing only about that person, her face having grown dim, her heart having ceased to exist, our preference of her being quite recent and inexplicable; namely that what we need to make our suffering cease is a message from her: “May I come and see you?” My separation from Albertine on the day when Françoise informed me: “Mademoiselle Albertine has gone” was like an allegory of countless other separations. For very often in order that we may discover that we are in love, perhaps indeed in order that we may fall in love, the day of separation must first have come. In the case when it is an unkept appointment, a written refusal that dictates our choice, our imagination lashed by suffering sets about its work so swiftly, fashions with so frenzied a rapidity a love that had scarcely begun, and had been quite featureless, destined, for months past, to remain a rough sketch, that now and again our intelligence which has not been able to keep pace with our heart, cries out in astonishment: “But you must be mad, what are these strange thoughts that are making you so miserable? That is not real life.” And indeed at that moment, had we not been roused to action by the betrayer, a few healthy distractions that would calm our heart physically would be sufficient to bring our love to an end. In any case if this life with Albertine was not in its essence necessary, it had become indispensable to me. I had trembled when I was in love with Mme. de Guermantes because I used to say to myself that, with her too abundant means of attraction, not only beauty but position, wealth, she would be too much at liberty to give herself to all and sundry, that I should have too little hold over her. Albertine had been penniless, obscure, she must have been anxious to marry me. And yet I had not been able to possess her exclusively. Whatever be our social position, however wise our precautions, when the truth is confessed we have no hold over the life of another person. Why had she not said to me: “I have those tastes,” I would have yielded, would have allowed her to gratify them. In a novel that I had been reading there was a woman whom no objurgation from the man who was in love with her could induce to speak. When I read the book, I had thought this situation absurd; had I been the hero, I assured myself, I would first of all have forced the woman to speak, then we could have come to an understanding; what was the good of all this unnecessary misery? But I saw now that we are not free to abstain from forging the chains of our own misery, and that however well we may know our own will, other people do not obey it.

And yet those painful, those ineluctable truths which dominated us and to which we were blind, the truth of our sentiments, the truth of our destiny, how often without knowing it, without meaning it, we have expressed them in words in which we ourselves doubtless thought that we were lying, but the prophetic value of which has been established by subsequent events. I could recall many words that each of us had uttered without knowing at the time the truth that they contained, which indeed we had said thinking that each was deceiving the other, words the falsehood of which was very slight, quite uninteresting, wholly confined within our pitiable insincerity, compared with what they contained that was unknown to us. Lies, mistakes, falling short of the reality which neither of us perceived, truth extending beyond it, the truth of our natures the essential laws of which escape us and require time before they reveal themselves, the truth of our destinies also. I had supposed that I was lying when I said to her at Balbec: “The more I see you, the more I shall love you” (and yet it was that intimacy at every moment that had, through the channel of jealousy, attached me so strongly to her), “I know that I could be of use to you intellectually”; and in Paris: “Do be careful. Remember that if you met with an accident, it would break my heart.” And she: “But I may meet with an accident”; and I in Paris on the evening when I pretended that I wished to part from her: “Let me look at you once again since presently I shall not be seeing you again, and it will be for ever!” and when, that same evening, she looked round the room: “To think that I shall never see this room again, those books, that pianola, the whole house, I cannot believe it and yet it is true.” In her last letters again, when she wrote — probably saying to herself: “This is the stuff to tell him”—“I leave with you the best part of myself” (and was it not now indeed to the fidelity, to the strength, which too was, alas, frail, of my memory that were entrusted her intelligence, her goodness, her beauty?) and “that twofold twilight (since night was falling and we were about to part) will be effaced from my thoughts only when the darkness is complete,” that phrase written on the eve of the day when her mind had indeed been plunged in complete darkness, and when, it may well have been, in the last glimmer, so brief but stretched out to infinity by the anxiety of the moment, she had indeed perhaps seen again our last drive together and in that instant when everything forsakes us and we create a faith for ourselves, as atheists turn Christian upon the battlefield, she had perhaps summoned to her aid the friend whom she had so often cursed but had so deeply respected, who himself — for all religions are alike — was so cruel as to hope that she had also had time to see herself as she was, to give her last thought to him, to confess her sins at length to him, to die in him. But to what purpose, since even if, at that moment, she had had time to see herself as she was, we had neither of us understood where our happiness lay, what we ought to do, until that happiness, because that happiness was no longer possible, until and because we could no longer realise it. So long as things are possible we postpone them, and they cannot assume that force of attraction, that apparent ease of realisation save when, projected upon the ideal void of the imagination, they are removed from their burdensome, degrading submersion in the vital medium. The thought that we must die is more painful than the act of dying, but less painful than the thought that another person is dead, which, becoming once more a plane surface after having engulfed a person, extends without even an eddy at the point of disappearance, a reality from which that person is excluded, in which there exists no longer any will, any knowledge, and from which it is as difficult to reascend to the thought that the person has lived, as it is difficult, with the still recent memory of her life, to think that she is now comparable with the unsubstantial images, with the memories left us by the characters in a novel which we have been reading.

At any rate I was glad that, before she died, she had written me that letter, and above all had sent me that final message which proved to me that she would have returned had she lived. It seemed to me that it was not merely more soothing, but more beautiful also, that the event would have been incomplete without this note, would not have had so markedly the form of art and destiny. In reality it would have been just as markedly so had it been different; for every event is like a mould of a particular shape, and, whatever it be, it imposes, upon the series of incidents which it has interrupted and seems to have concluded, a pattern which we believe to be the only one possible, because we do not know the other which might have been substituted for it. I repeated to myself: “Why had she not said to me: ‘I have those tastes,’ I would have yielded, would have allowed her to gratify them, at this moment I should be kissing her still.” What a sorrow to have to remind myself that she had lied to me thus when she swore to me, three days before she left me, that she had never had with Mlle. Vinteuil’s friend those relations which at the moment when Albertine swore it her blush had confessed. Poor child, she had at least had the honesty to refuse to swear that the pleasure of seeing Mlle. Vinteuil again had no part in her desire to go that day to the Verdurins’. Why had she not made her admission complete, why had she then invented that inconceivable tale? Perhaps however it was partly my fault that she had never, despite all my entreaties which were powerless against her denial, been willing to say to me: “I have those tastes.” It was perhaps partly my fault because at Balbec, on the day when, after Mme. de Cambremer’s call, I had had my first explanation with Albertine, and when I was so far from imagining that she could have had, in any case, anything more than an unduly passionate friendship with Andrée, I had expressed with undue violence my disgust at that kind of moral lapse, had condemned it in too categorical a fashion. I could not recall whether Albertine had blushed when I had innocently expressed my horror of that sort of thing, I could not recall it, for it is often only long afterwards that we would give anything to know what attitude a person adopted at a moment when we were paying no attention to it, an attitude which, later on, when we think again of our conversation, would elucidate a poignant difficulty. But in our memory there is a blank, there is no trace of it. And very often we have not paid sufficient attention, at the actual moment, to the things which might even then have seemed to us important, we have not properly heard a sentence, have not noticed a gesture, or else we have forgotten them. And when later on, eager to discover a truth, we reascend from deduction to deduction, turning over our memory like a sheaf of written evidence, when we arrive at that sentence, at that gesture, which it is impossible to recall, we begin again a score of times the same process, but in vain: the road goes no farther. Had she blushed? I did not know whether she had blushed, but she could not have failed to hear, and the memory of my speech had brought her to a halt later on when perhaps she had been on the point of making her confession to me. And now she no longer existed anywhere, I might scour the earth from pole to pole without finding Albertine. The reality which had closed over her was once more unbroken, had obliterated every trace of the creature who had sunk into its depths. She was no more now than a name, like that Mme. de Charlus of whom the people who had known her said with indifference: “She was charming.” But I was unable to conceive for more than an instant the existence of this reality of which Albertine had no knowledge, for in myself my mistress existed too vividly, in myself in whom every sentiment, every thought bore some reference to her life. Perhaps if she had known, she would have been touched to see that her lover had not forgotten her, now that her own life was finished, and would have been moved by things which in the past had left her indifferent. But as we would choose to refrain from infidelities, however secret they might be, so fearful are we that she whom we love is not refraining from them, I was alarmed by the thought that if the dead do exist anywhere, my grandmother was as well aware of my oblivion as Albertine of my remembrance. And when all is said, even in the case of a single dead person, can we be sure that the joy which we should feel in learning that she knows certain things would compensate for our alarm at the thought that she knows all; and, however agonising the sacrifice, would we not sometimes abstain from keeping after their death as friends those whom we have loved, from the fear of having them also as judges?