A5 / Mes curiosités jalouses / My jealous curiosity

Mes curiosités jalouses de ce qu'avait pu faire Albertine étaient infinies. J'achetai combien de femmes qui ne m'apprirent rien. Si ces curiosités étaient si vivaces, c'est que l'être ne meurt pas tout de suite pour nous, il reste baigné d'une espèce d'aura de vie qui n'a rien d'une immortalité véritable mais qui fait qu'il continue à occuper nos pensées de la même manière que quand il vivait. Il est comme en voyage. C'est une survie très païenne. Inversement, quand on a cessé d'aimer, les curiosités que l'être excite meurent avant que lui-même soit mort. Ainsi je n'eusse plus fait un pas pour savoir avec qui Gilberte se promenait un certain soir dans les Champs-Élysées. Or je sentais bien que ces curiosités étaient absolument pareilles, sans valeur en elles-mêmes, sans possibilité de durer, mais je continuais à tout sacrifier à la cruelle satisfaction de ces curiosités passagères, bien que je susse d'avance que ma séparation forcée d'avec Albertine, du fait de sa mort, me conduirait à la même indifférence qu'avait fait ma séparation volontaire d'avec Gilberte.

Si elle avait pu savoir ce qui allait arriver, elle serait restée auprès de moi. Mais cela revenait à dire qu'une fois qu'elle se fût vue morte elle eût mieux aimé, auprès de moi, rester en vie. Par la contradiction même qu'elle impliquait, une telle supposition était absurde. Mais cela n'était pas inoffensif, car en imaginant combien Albertine, si elle pouvait savoir, si elle pouvait rétrospectivement comprendre, serait heureuse de revenir auprès de moi, je l'y voyais, je voulais l'embrasser ; et hélas c'était impossible, elle ne reviendrait jamais, elle était morte. Mon imagination la cherchait dans le ciel, par les soirs où nous l'avions regardé encore ensemble, au delà de ce clair de lune qu'elle aimait, je tâchais de hisser jusqu'à elle ma tendresse pour qu'elle lui fût une consolation de ne plus vivre, et cet amour pour un être devenu si lointain était comme une religion, mes pensées montaient vers elle comme des prières. Le désir est bien fort, il engendre la croyance, j'avais cru qu'Albertine ne partirait pas parce que je le désirais. Parce que je le désirais je crus qu'elle n'était pas morte ; je me mis à lire des livres sur les tables tournantes, je commençai à croire possible l'immortalité de l'âme. Mais elle ne me suffisait pas. Il fallait qu'après ma mort je la retrouvasse avec son corps, comme si l'éternité ressemblait à la vie. Que dis-je à la vie ! J'étais plus exigeant encore. J'aurais voulu ne pas être à tout jamais privé par la mort des plaisirs que pourtant elle n'est pas seule à nous ôter. Car sans elle ils auraient fini par s'émousser, ils avaient déjà commencé de l'être par l'action de l'habitude ancienne, des nouvelles curiosités. Puis, dans la vie, Albertine, même physiquement, eût peu à peu changé, jour par jour je me serais adapté à ce changement. Mais mon souvenir, n'évoquant d'elle que des moments, demandait de la revoir telle qu'elle n'aurait déjà plus été si elle avait vécu ; ce qu'il voulait c'était un miracle qui satisfît aux limites naturelles et arbitraires de la mémoire, qui ne peut sortir du passé. Avec la naïveté des théologiens antiques, je l'imaginais m'accordant les explications, non pas même qu'elle eût pu me donner mais, par une contradiction dernière, celles qu'elle m'avait toujours refusées pendant sa vie. Et ainsi, sa mort étant une espèce de rêve, mon amour lui semblerait un bonheur inespéré ; je ne retenais de la mort que la commodité et l'optimisme d'un dénouement qui simplifie, qui arrange tout. Quelquefois ce n'était pas si loin, ce n'était pas dans un autre monde que j'imaginais notre réunion. De même qu'autrefois, quand je ne connaissais Gilberte que pour jouer avec elle aux Champs-Élysées, le soir à la maison je me figurais que j'allais recevoir une lettre d'elle où elle m'avouerait son amour, qu'elle allait entrer, une même force de désir, ne s'embarrassant pas plus des lois physiques qui le contrariaient que, la première fois, au sujet de Gilberte – où, en somme, il n'avait pas eu tort puisqu'il avait eu le dernier mot – me faisait penser maintenant que j'allais recevoir un mot d'Albertine, m'apprenant qu'elle avait bien eu un accident de cheval, mais que pour des raisons romanesques (et comme, en somme, il est quelquefois arrivé pour des personnages qu'on a crus longtemps morts) elle n'avait pas voulu que j'apprisse qu'elle avait guéri et, maintenant repentante, demandait à venir vivre pour toujours avec moi. Et, me faisant très bien comprendre ce que peuvent être certaines folies douces de personnes qui par ailleurs semblent raisonnables, je sentais coexister en moi la certitude qu'elle était morte et l'espoir incessant de la voir entrer.

Je n'avais pas encore reçu de nouvelles d'Aimé qui pourtant devait être arrivé à Balbec. Sans doute mon enquête portait sur un point secondaire et bien arbitrairement choisi. Si la vie d'Albertine avait été vraiment coupable, elle avait dû contenir bien des choses autrement importantes, auxquelles le hasard ne m'avait pas permis de toucher, comme il l'avait fait pour cette conversation sur le peignoir grâce à la rougeur d'Albertine. C'était tout à fait arbitrairement que j'avais fait un sort à cette journée-là, que plusieurs années après je tâchais de reconstituer. Si Albertine avait aimé les femmes, il y avait des milliers d'autres journées de sa vie dont je ne connaissais pas l'emploi et qui pouvaient être aussi intéressantes pour moi à connaître ; j'aurais pu envoyer Aimé dans bien d'autres endroits de Balbec, dans bien d'autres villes que Balbec. Mais précisément ces journées-là, parce que je n'en savais pas l'emploi, elles ne se représentaient pas à mon imagination. Elles n'avaient pas d'existence. Les choses, les êtres ne commençaient à exister pour moi que quand ils prenaient dans mon imagination une existence individuelle. S'il y en avait des milliers d'autres pareils, ils devenaient pour moi représentatifs du reste. Si j'avais le désir depuis longtemps de savoir, en fait de soupçons à l'égard d'Albertine, ce qu'il en était pour la douche, c'est de la même manière que, en fait de désirs de femmes, et quoique je susse qu'il y avait un grand nombre de jeunes filles et de femmes de chambre qui pouvaient les valoir et dont le hasard aurait tout aussi bien pu me faire entendre parler, je voulais connaître – puisque c'était celles-là dont Saint-Loup m'avait parlé, celles-là qui existaient individuellement pour moi – la jeune fille qui allait dans les maisons de passe et la femme de chambre de Mme Putbus. Les difficultés que ma santé, mon indécision, ma « procrastination », comme disait Saint-Loup, mettaient à réaliser n'importe quoi, m'avaient fait remettre de jour en jour, de mois en mois, d'année en année, l'éclaircissement de certains soupçons comme l'accomplissement de certains désirs. Mais je les gardais dans ma mémoire en me promettant de ne pas oublier d'en connaître la réalité, parce que seuls ils m'obsédaient (puisque les autres n'avaient pas de forme à mes yeux, n'existaient pas), et aussi parce que le hasard même qui les avait choisis au milieu de la réalité m'était un garant que c'était bien en eux, avec un peu de réalité, de la vie véritable et convoitée, que j'entrerais en contact.

Et puis, un seul petit fait, s'il est certain, ne peut-on, comme le savant qui expérimente, dégager la vérité pour tous les ordres de faits semblables ? Un seul petit fait, s'il est bien choisi, ne suffit-il pas à l'expérimentateur pour décider d'une loi générale qui fera connaître la vérité sur des milliers de faits analogues ?

Albertine avait beau n'exister dans ma mémoire qu'à l'état où elle m'était successivement apparue au cours de la vie, c'est-à-dire subdivisée suivant une série de fractions de temps, ma pensée, rétablissant en elle l'unité, en refaisait un être, et c'est sur cet être que je voulais porter un jugement général, savoir si elle m'avait menti, si elle aimait les femmes, si c'est pour en fréquenter librement qu'elle m'avait quitté. Ce que dirait la doucheuse pourrait peut-être trancher à jamais mes doutes sur les mœurs d'Albertine.

Mes doutes ! Hélas, j'avais cru qu'il me serait indifférent, même agréable de ne plus voir Albertine, jusqu'à ce que son départ m'eût révélé mon erreur. De même sa mort m'avait appris combien je me trompais en croyant souhaiter quelquefois sa mort et supposer qu'elle serait ma délivrance. Ce fut de même que, quand je reçus la lettre d'Aimé, je compris que, si je n'avais pas jusque-là souffert trop cruellement de mes doutes sur la vertu d'Albertine, c'est qu'en réalité ce n'était nullement des doutes. Mon bonheur, ma vie avaient besoin qu'Albertine fût vertueuse, ils avaient posé une fois pour toutes qu'elle l'était. Muni de cette croyance préservatrice, je pouvais sans danger laisser mon esprit jouer tristement avec des suppositions auxquelles il donnait une forme mais n'ajoutait pas foi. Je me disais : « Elle aime peut-être les femmes », comme on se dit : « Je peux mourir ce soir » ; on se le dit, mais on ne le croit pas, on fait des projets pour le lendemain. C'est ce qui explique que, me croyant, à tort, incertain si Albertine aimait ou non les femmes, et par conséquent qu'un fait coupable à l'actif d'Albertine ne m'apporterait rien que je n'eusse souvent envisagé, j'aie pu éprouver devant les images, insignifiantes pour d'autres, que m'évoquait la lettre d'Aimé, une souffrance inattendue, la plus cruelle que j'eusse ressentie encore, et qui forma avec ces images, avec l'image hélas, d'Albertine elle-même, une sorte de précipité comme on dit en chimie, où tout était indivisible et dont le texte de la lettre d'Aimé, que je sépare d'une façon toute conventionnelle, ne peut donner aucunement l'idée, puisque chacun des mots qui la composent était aussitôt transformé, coloré à jamais par la souffrance qu'il venait d'exciter.

« MONSIEUR,

» Monsieur voudra bien me pardonner si je n'ai pas plus tôt écrit à Monsieur. La personne que Monsieur m'avait chargé de voir s'était absentée pour deux jours et, désireux de répondre à la confiance que Monsieur avait mise en moi, je ne voulais pas revenir les mains vides. Je viens de causer enfin avec cette personne qui se rappelle très bien (Mlle A.). » Aimé, qui avait un certain commencement de culture, voulait mettre : « Mlle A. » en italique ou entre guillemets. Mais quand il voulait mettre des guillemets il traçait une parenthèse, et quand il voulait mettre quelque chose entre parenthèses il le mettait entre guillemets. C'est ainsi que Françoise disait que quelqu'un restait dans ma rue pour dire qu'il y demeurait, et qu'on pouvait demeurer deux minutes pour rester, les fautes des gens du peuple consistant seulement très souvent à interchanger – comme a fait d'ailleurs la langue française – des termes qui au cours des siècles ont pris réciproquement la place l'un de l'autre. « D'après elle la chose que supposait Monsieur est absolument certaine. D'abord c'était elle qui soignait (Mlle A.) chaque fois que celle-ci venait aux bains. (Mlle A.) venait très souvent prendre sa douche avec une grande femme plus âgée qu'elle, toujours habillée en gris, et que la doucheuse sans savoir son nom connaissait pour l'avoir vue souvent rechercher des jeunes filles. Mais elle ne faisait plus attention aux autres depuis qu'elle connaissait (Mlle A.). Elle et (Mlle A.) s'enfermaient toujours dans la cabine, restaient très longtemps, et la dame en gris donnait au moins dix francs de pourboire à la personne avec qui j'ai causé. Comme m'a dit cette personne, vous pensez bien que si elles n'avaient fait qu'enfiler des perles, elles ne m'auraient pas donné dix francs de pourboire. (Mlle A.) venait aussi quelquefois avec une femme très noire de peau, qui avait un face-à-main. Mais (Mlle A.) venait le plus souvent avec des jeunes filles plus jeunes qu'elle, surtout une très rousse. Sauf la dame en gris, les personnes que (Mlle A.) avait l'habitude d'amener n'étaient pas de Balbec et devaient même souvent venir d'assez loin. Elles n'entraient jamais ensemble, mais (Mlle A.) entrait, en disant de laisser la porte de la cabine ouverte – qu'elle attendait une amie, et la personne avec qui j'ai parlé savait ce que cela voulait dire. Cette personne n'a pu me donner d'autres détails ne se rappelant pas très bien, « ce qui est facile à comprendre après si longtemps ». Du reste, cette personne ne cherchait pas à savoir, parce qu'elle est très discrète et que c'était son intérêt car (Mlle A.) lui faisait gagner gros. Elle a été très sincèrement touchée d'apprendre qu'elle était morte. Il est vrai que si jeune c'est un grand malheur pour elle et pour les siens. J'attends les ordres de Monsieur pour savoir si je peux quitter Balbec où je ne crois pas que j'apprendrai rien davantage. Je remercie encore Monsieur du petit voyage que Monsieur m'a ainsi procuré et qui m'a été très agréable d'autant plus que le temps est on ne peut plus favorable. La saison s'annonce bien pour cette année. On espère que Monsieur viendra faire cet été une petite apparition.

» Je ne vois plus rien d'intéressant à dire à Monsieur », etc...

Pour comprendre à quelle profondeur ces mots entraient en moi, il faut se rappeler que les questions que je me posais à l'égard d'Albertine n'étaient pas des questions accessoires, indifférentes, des questions de détails, les seules en réalité que nous nous posions à l'égard de tous les êtres qui ne sont pas nous, ce qui nous permet de cheminer, revêtus d'une pensée imperméable, au milieu de la souffrance, du mensonge, du vice et de la mort. Non, pour Albertine, c'était des questions d'essence : En son fond qu'était-elle ? À quoi pensait-elle ? Qu'aimait-elle ? Me mentait-elle ? Ma vie avec elle a-t-elle été aussi lamentable que celle de Swann avec Odette ? Aussi ce qu'atteignait la réponse d'Aimé, bien qu'elle ne fût pas une réponse générale, mais particulière – et justement à cause de cela – c'était bien Albertine, en moi, les profondeurs.

Enfin je voyais devant moi, dans cette arrivée d'Albertine à la douche par la petite rue avec la dame en gris, un fragment de ce passé qui ne me semblait pas moins mystérieux, moins effroyable que je ne le redoutais quand je l'imaginais enfermé dans le souvenir, dans le regard d'Albertine. Sans doute, tout autre que moi eût pu trouver insignifiants ces détails auxquels l'impossibilité où j'étais, maintenant qu'Albertine était morte, de les faire réfuter par elle conférait l'équivalent d'une sorte de probabilité. Il est même probable que pour Albertine, même s'ils avaient été vrais, ses propres fautes, si elle les avait avouées, que sa conscience les eût trouvées innocentes ou blâmables, que sa sensualité les eût trouvées délicieuses ou assez fades, eussent été dépourvues de cette inexprimable impression d'horreur dont je ne les séparais pas. Moi-même, à l'aide de mon amour des femmes et quoiqu'elles ne dussent pas avoir été pour Albertine la même chose, je pouvais un peu imaginer ce qu'elle éprouvait. Et certes c'était déjà un commencement de souffrance que de me la représenter désirant comme j'avais si souvent désiré, me mentant comme je lui avais si souvent menti, préoccupée par telle ou telle jeune fille, faisant des frais pour elle, comme moi pour Mlle de Stermaria, pour tant d'autres ou pour les paysannes que je rencontrais dans la campagne. Oui, tous mes désirs m'aidaient à comprendre dans une certaine mesure les siens ; c'était déjà une grande souffrance où tous les désirs, plus ils avaient été vifs, étaient changés en tourments d'autant plus cruels ; comme si dans cette algèbre de la sensibilité ils reparaissaient avec le même coefficient mais avec le signe moins au lieu du signe plus. Pour Albertine, autant que je pouvais en juger par moi-même, ses fautes, quelque volonté qu'elle eût de me les cacher – ce qui me faisait supposer qu'elle se jugeait coupable ou avait peur de me chagriner – ses fautes, parce qu'elle les avait préparées à sa guise dans la claire lumière de l'imagination où se joue le désir, lui paraissaient tout de même des choses de même nature que le reste de la vie, des plaisirs pour elle qu'elle n'avait pas eu le courage de se refuser, des peines pour moi qu'elle avait cherché à éviter de me faire en me les cachant, mais des plaisirs et des peines qui pouvaient figurer au milieu des autres plaisirs et peines de la vie. Mais moi, c'est du dehors, sans que je fusse prévenu, sans que je pusse moi-même les élaborer, c'est de la lettre d'Aimé que m'étaient venues les images d'Albertine arrivant à la douche et préparant son pourboire.

Sans doute c'est parce que dans cette arrivée silencieuse et délibérée d'Albertine avec la femme en gris je lisais le rendez-vous qu'elles avaient pris, cette convention de venir faire l'amour dans un cabinet de douches, qui impliquait une expérience de la corruption, l'organisation bien dissimulée de toute une double existence, c'est parce que ces images m'apportaient la terrible nouvelle de la culpabilité d'Albertine qu'elles m'avaient immédiatement causé une douleur physique dont elles ne se sépareraient plus. Mais aussitôt la douleur avait réagi sur elles : un fait objectif, tel qu'une image, est différent selon l'état intérieur avec lequel on l'aborde. Et la douleur est un aussi puissant modificateur de la réalité qu'est l'ivresse. Combinée avec ces images, la souffrance en avait fait aussitôt quelque chose d'absolument différent de ce que peuvent être pour toute autre personne une dame en gris, un pourboire, une douche, la rue où avait lieu l'arrivée délibérée d'Albertine avec la dame en gris. Toutes ces images – échappée sur une vie de mensonges et de fautes telle que je ne l'avais jamais conçue – ma souffrance les avait immédiatement altérées en leur matière même, je ne les voyais pas dans la lumière qui éclaire les spectacles de la terre, c'était le fragment d'un autre monde, d'une planète inconnue et maudite, une vue de l'Enfer. L'Enfer c'était tout ce Balbec, tous ces pays avoisinants d'où, d'après la lettre d'Aimé, elle faisait venir souvent les filles plus jeunes qu'elle amenait à la douche. Ce mystère que j'avais jadis imaginé dans le pays de Balbec et qui s'y était dissipé quand j'y avais vécu, que j'avais ensuite espéré ressaisir en connaissant Albertine parce que, quand je la voyais passer sur la plage, quand j'étais assez fou pour désirer qu'elle ne fût pas vertueuse, je pensais qu'elle devait l'incarner, comme maintenant tout ce qui touchait à Balbec s'en imprégnait affreusement ! Les noms de ces stations, Toutainville, Evreville, Incarville, devenus si familiers, si tranquillisants, quand je les entendais le soir en revenant de chez les Verdurin, maintenant que je pensais qu'Albertine avait habité l'une, s'était promenée jusqu'à l'autre, avait pu souvent aller à bicyclette à la troisième, excitaient en moi une anxiété plus cruelle que la première fois, où je les voyais avec tant de trouble avant d'arriver à Balbec que je ne connaissais pas encore. C'est un des pouvoirs de la jalousie de nous découvrir combien la réalité des faits extérieurs et les sentiments de l'âme sont quelque chose d'inconnu qui prête à mille suppositions. Nous croyons savoir exactement ce que sont les choses et ce que pensent les gens, pour la simple raison que nous ne nous en soucions pas. Mais dés que nous avons le désir de savoir, comme a le jaloux, alors c'est un vertigineux kaléidoscope où nous ne distinguons plus rien. Albertine m'avait-elle trompé ? avec qui ? dans quelle maison ? quel jour ? celui où elle m'avait dit telle chose ? où je me rappelais que j'avais dans la journée dit ceci ou cela ? je n'en savais rien. Je ne savais pas davantage quels étaient ses sentiments pour moi, s'ils étaient inspirés par l'intérêt, par la tendresse. Et tout d'un coup je me rappelais tel incident insignifiant, par exemple qu'Albertine avait voulu aller à Saint-Martin-le-Vêtu, disant que ce nom l'intéressait, et peut-être simplement parce qu'elle avait fait la connaissance de quelque paysanne qui était là-bas. Mais ce n'était rien qu'Aimé m'eût appris tout cela par la doucheuse, puisque Albertine devait éternellement ignorer qu'il me l'avait appris, le besoin de savoir ayant toujours été surpassé, dans mon amour pour Albertine, par le besoin de lui montrer que je savais ; car cela faisait tomber entre nous la séparation d'illusions différentes, tout en n'ayant jamais eu pour résultat de me faire aimer d'elle davantage, au contraire. Or voici que, depuis qu'elle était morte, le second de ces besoins était amalgamé à l'effet du premier : je tâchais de me représenter l'entretien où je lui aurais fait part de ce que j'avais appris, aussi vivement que l'entretien où je lui aurais demandé ce que je ne savais pas ; c'est-à-dire la voir près de moi, l'entendre me répondant avec bonté, voir ses joues redevenir grosses, ses yeux perdre leur malice et prendre de la tristesse, c'est-à-dire l'aimer encore et oublier la fureur de ma jalousie dans le désespoir de mon isolement. Le douloureux mystère de cette impossibilité de jamais lui faire savoir ce que j'avais appris et d'établir nos rapports sur la vérité de ce que je venais seulement de découvrir (et que je n'avais peut-être pu découvrir que parce qu'elle était morte) substituait sa tristesse au mystère plus douloureux de sa conduite. Quoi ? Avoir tant désiré qu'Albertine sût que j'avais appris l'histoire de la salle de douches, Albertine qui n'était plus rien ! C'était là encore une des conséquences de cette impossibilité où nous sommes, quand nous avons à raisonner sur la mort, de nous représenter autre chose que la vie. Albertine n'était plus rien. Mais pour moi c'était la personne qui m'avait caché qu'elle eût des rendez-vous avec des femmes à Balbec, qui s'imaginait avoir réussi à me le faire ignorer. Quand nous raisonnons sur ce qui se passe après notre propre mort, n'est-ce pas encore nous vivant que par erreur nous projetons à ce moment-là ? Et est-il beaucoup plus ridicule, en somme, de regretter qu'une femme qui n'est plus rien ignore que nous ayons appris ce qu'elle faisait il y a six ans que de désirer que de nous-même, qui serons mort, le public parle encore avec faveur dans un siècle ? S'il y a plus de fondement réel dans le second cas que dans le premier, les regrets de ma jalousie rétrospective n'en procédaient pas moins de la même erreur d'optique que chez les autres hommes le désir de la gloire posthume. Pourtant cette impression de ce qu'il y avait de solennellement définitif dans ma séparation d'avec Albertine, si elle s'était substituée un moment à l'idée de ses fautes, ne faisait qu'aggraver celles-ci en leur conférant un caractère irrémédiable.

Je me voyais perdu dans la vie comme sur une plage illimitée où j'étais seul et où, dans quelque sens que j'allasse, je ne la rencontrerais jamais. Heureusement je trouvai fort à propos dans ma mémoire – comme il y a toujours toutes espèces de choses, les unes dangereuses, les autres salutaires dans ce fouillis où les souvenirs ne s'éclairent qu'un à un – je découvris, comme un ouvrier l'objet qui pourra servir à ce qu'il veut faire, une parole de ma grand'mère. Elle m'avait dit à propos d'une histoire invraisemblable que la doucheuse avait racontée à Mme de Villeparisis : « C'est une femme qui doit avoir la maladie du mensonge. » Ce souvenir me fut d'un grand secours. Quelle portée pouvait avoir ce qu'avait dit la doucheuse à Aimé ? D'autant plus qu'en somme elle n'avait rien vu. On peut venir prendre des douches avec des amies sans penser à mal pour cela. Peut-être pour se vanter la doucheuse exagérait-elle le pourboire. J'avais bien entendu Françoise soutenir une fois que ma tante Léonie avait dit devant elle qu'elle avait « un million à manger par mois », ce qui était de la folie ; une autre fois qu'elle avait vu ma tante Léonie donner à Eulalie quatre billets de mille francs, alors qu'un billet de cinquante francs plié en quatre me paraissait déjà peu vraisemblable. Et ainsi je cherchais – et je réussis peu à peu – à me défaire de la douloureuse certitude que je m'étais donné tant de mal à acquérir, ballotté que j'étais toujours entre le désir de savoir et la peur de souffrir. Alors ma tendresse put renaître, mais, aussitôt avec cette tendresse, une tristesse d'être séparé d'Albertine, durant laquelle j'étais peut-être encore plus malheureux qu'aux heures récentes où c'était par la jalousie que j'étais torturé. Mais cette dernière renaquit soudain en pensant à Balbec, à cause de l'image soudain revue (et qui jusque-là ne m'avait jamais fait souffrir et me paraissait même une des plus inoffensives de ma mémoire) de la salle à manger de Balbec le soir, avec, de l'autre côté du vitrage, toute cette population entassée dans l'ombre comme devant le vitrage lumineux d'un aquarium, en faisant se frôler (je n'y avais jamais pensé) dans sa conglomération les pêcheurs et les filles du peuple contre les petites bourgeoises jalouses de ce luxe, nouveau à Balbec, ce luxe que sinon la fortune, du moins l'avarice et la tradition interdisaient à leurs parents, petites bourgeoises parmi lesquelles il y avait sûrement presque chaque soir Albertine, que je ne connaissais pas encore et qui sans doute levait là quelque fillette qu'elle rejoignait quelques minutes plus tard dans la nuit, sur le sable, ou bien dans une cabine abandonnée, au pied de la falaise. Puis c'était ma tristesse qui renaissait, je venais d'entendre, comme une condamnation à l'exil, le bruit de l'ascenseur qui, au lieu de s'arrêter à mon étage, montait au-dessus. Pourtant la seule personne dont j'eusse pu souhaiter la visite ne viendrait plus jamais, elle était morte. Et malgré cela, quand l'ascenseur s'arrêtait à mon étage mon cœur battait, un instant je me disais : « Si tout de même cela n'était qu'un rêve ! C'est peut-être elle, elle va sonner, elle revient, Françoise va entrer me dire avec plus d'effroi que de colère – car elle est plus superstitieuse encore que vindicative et craindrait moins la vivante que ce qu'elle croira peut-être un revenant : – « Monsieur ne devinera jamais qui est là. » J'essayais de ne penser à rien, de prendre un journal. Mais la lecture m'était insupportable de ces articles écrits par des gens qui n'éprouvent pas de réelle douleur. D'une chanson insignifiante l'un disait : « C'est à pleurer » tandis que moi-je l'aurais écoutée avec tant d'allégresse si Albertine avait vécu. Un autre, grand écrivain cependant, parce qu'il avait été acclamé à sa descente d'un train, disait qu'il avait reçu là des témoignages inoubliables, alors que moi, si maintenant je les avais reçus, je n'y aurais même pas pensé un instant. Et un troisième assurait que sans la fâcheuse politique la vie de Paris serait « tout à fait délicieuse », alors que je savais bien que, même sans politique, cette vie ne pouvait m'être qu'atroce et m'eût semblé délicieuse, même avec la politique, si j'eusse retrouvé Albertine. Le chroniqueur cynégétique disait (on était au mois de mai) : « Cette époque est vraiment douloureuse, disons mieux, sinistre, pour le vrai chasseur, car il n'y a rien, absolument rien à tirer », et le chroniqueur du « Salon » : « Devant cette manière d'organiser une exposition on se sent pris d'un immense découragement, d'une tristesse infinie... » Si la force de ce que je sentais me faisait paraître mensongères et pâles les expressions de ceux qui n'avaient pas de vrais bonheurs ou malheurs, en revanche les lignes les plus insignifiantes qui, de si loin que ce fût, pouvaient se rattacher ou à la Normandie, ou à la Touraine, ou aux établissements hydrothérapiques, ou à la Berma, ou à la princesse de Guermantes, ou à l'amour, ou à l'absence, ou à l'infidélité, remettaient brusquement devant moi, sans que j'eusse eu le temps de me détourner, l'image d'Albertine, et je me remettais à pleurer. D'ailleurs, d'habitude, ces journaux je ne pouvais même pas les lire, car le simple geste d'en ouvrir un me rappelait à la fois que j'en accomplissais de semblables quand Albertine vivait, et qu'elle ne vivait plus ; je les laissais retomber sans avoir la force de les déplier jusqu'au bout. Chaque impression évoquait une impression identique mais blessée parce qu'en avait été retranchée l'existence d'Albertine, de sorte que je n'avais jamais le courage de vivre jusqu'au bout ces minutes mutilées. Même, quand peu à peu Albertine cessa d'être présente à ma pensée et toute-puissante sur mon cœur, je souffrais tout d'un coup s'il me fallait, comme au temps où elle était là, entrer dans sa chambre, chercher de la lumière, m'asseoir près du pianola. Divisée en petits dieux familiers, elle habita longtemps la flamme de la bougie, le bouton de la porte, le dossier d'une chaise, et d'autres domaines plus immatériels, comme une nuit d'insomnie ou l'émoi que me donnait la première visite d'une femme qui m'avait plu. Malgré cela, le peu de phrases que mes yeux lisaient dans une journée ou que ma pensée se rappelait avoir lues excitaient souvent en moi une jalousie cruelle. Pour cela elles avaient moins besoin de me fournir un argument valable de l'immoralité des femmes que de me rendre une impression ancienne liée à l'existence d'Albertine. Transporté alors dans un moment oublié dont l'habitude d'y penser n'avait pas pour moi émoussé la force, et où Albertine vivait encore, ses fautes prenaient quelque chose de plus voisin, de plus angoissant, de plus atroce. Alors je me redemandais s'il était certain que les révélations de la doucheuse fussent fausses. Une bonne manière de savoir la vérité serait d'envoyer Aimé en Touraine, passer quelques jours dans le voisinage de la villa de Mme Bontemps. Si Albertine aimait les plaisirs qu'une femme prend avec les femmes, si c'est pour n'être pas plus longtemps privée d'eux qu'elle m'avait quitté, elle avait dû, aussitôt libre, essayer de s'y livrer et y réussir, dans un pays qu'elle connaissait et où elle n'aurait pas choisi de se retirer si elle n'avait pas pensé y trouver plus de facilités que chez moi. Sans doute, il n'y avait rien d'extraordinaire à ce que la mort d'Albertine eût si peu changé mes préoccupations. Quand notre maîtresse est vivante, une grande partie des pensées qui forment ce que nous appelons notre amour nous viennent pendant les heures où elle n'est pas à côté de nous. Ainsi l'on prend l'habitude d'avoir pour objet de sa rêverie un être absent, et qui, même s'il ne le reste que quelques heures, pendant ces heures-là n'est qu'un souvenir. Aussi la mort ne change-t-elle pas grand-chose. Quand Aimé revint, je lui demandai de partir pour Châtellerault, et ainsi non seulement par mes pensées, mes tristesses, l'émoi que me donnait un nom relié, de si loin que ce fût, à un certain être, mais encore par toutes mes actions, par les enquêtes auxquelles je procédais, par l'emploi que je faisais de mon argent, tout entier destiné à connaître les actions d'Albertine, je peux dire que toute cette année-là ma vie resta remplie par un amour, par une véritable liaison. Et celle qui en était l'objet était une morte. On dit quelquefois qu'il peut subsister quelque chose d'un être après sa mort si cet être était un artiste et mettait un peu de soi dans son œuvre. C'est peut-être de la même manière qu'une sorte de bouture prélevée sur un être, et greffée au cœur d'un autre, continue à y poursuivre sa vie, même quand l'être d'où elle avait été détachée a péri. Aimé alla loger à côté de la villa de Mme Bontemps ; il fit la connaissance d'une femme de chambre, d'un loueur de voitures chez qui Albertine allait souvent en prendre une pour la journée. Les gens n'avaient rien remarqué. Dans une seconde lettre, Aimé me disait avoir appris d'une petite blanchisseuse de la ville qu'Albertine avait une manière particulière de lui serrer le bras quand celle-ci lui rapportait le linge. « Mais, disait-elle, cette demoiselle ne lui avait jamais fait autre chose. » J'envoyai à Aimé l'argent qui payait son voyage, qui payait le mal qu'il venait de me faire par sa lettre, et cependant je m'efforçais de le guérir en me disant que c'était là une familiarité qui ne prouvait aucun désir vicieux quand je reçus un télégramme d'Aimé : « Ai appris les choses les plus intéressantes. Ai plein de nouvelles pour prouver. Lettre suit. » Le lendemain vint une lettre dont l'enveloppe suffit à me faire frémir ; j'avais reconnu qu'elle était d'Aimé, car chaque personne même la plus humble, a sous sa dépendance ces petits êtres familiers, à la fois vivants et couchés dans une espèce d'engourdissement sur le papier, les caractères de son écriture que lui seul possède. « D'abord la petite blanchisseuse n'a rien voulu me dire, elle assurait que Mlle Albertine n'avait jamais fait que lui pincer le bras. Mais pour la faire parler je l'ai emmenée dîner, je l'ai fait boire. Alors elle m'a raconté que Mlle Albertine la rencontrait souvent au bord de la Loire, quand elle allait se baigner ; que Mlle Albertine, qui avait l'habitude de se lever de grand matin pour aller se baigner, avait l'habitude de la retrouver au bord de l'eau, à un endroit où les arbres sont si épais que personne ne peut vous voir, et d'ailleurs il n'y a personne qui peut vous voir à cette heure-là. Puis la blanchisseuse amenait ses petites amies et elles se baignaient et après, comme il faisait très chaud déjà là-bas et que ça tapait dur même sous les arbres, elles restaient dans l'herbe à se sécher, à jouer, à se caresser. La petite blanchisseuse m'a avoué qu'elle aimait beaucoup à s'amuser avec ses petites amies, et que voyant Mlle Albertine qui se frottait toujours contre elle dans son peignoir, elle le lui avait fait enlever et lui faisait des caresses avec sa langue le long du cou et des bras, même sur la plante des pieds que Mlle Albertine lui tendait. La blanchisseuse se déshabillait aussi, et elles jouaient à se pousser dans l'eau ; là elle ne n'a rien dit de plus, mais, tout dévoué à vos ordres et voulant faire n'importe quoi pour vous faire plaisir, j'ai emmené coucher avec moi la petite blanchisseuse. Elle m'a demandé si je voulais qu'elle me fit ce qu'elle faisait à Mlle Albertine quand celle-ci ôtait son costume de bain. Et elle m'a dit : « Si vous aviez vu comme elle frétillait, cette demoiselle, elle me disait : (ah ! tu me mets aux anges) et elle était si énervée qu'elle ne pouvait s'empêcher de me mordre. » J'ai vu encore la trace sur le bras de la petite blanchisseuse. Et je comprends le plaisir de Mlle Albertine car cette petite-là est vraiment très habile. »

J'avais bien souffert à Balbec quand Albertine m'avait dit son amitié pour Mlle Vinteuil. Mais Albertine était là pour me consoler. Puis quand, pour avoir trop cherché à connaître les actions d'Albertine, j'avais réussi à la faire partir de chez moi, quand Françoise m'avait annoncé qu'elle n'était plus là, et que je m'étais trouvé seul, j'avais souffert davantage. Mais du moins l'Albertine que j'avais aimée restait dans mon cœur. Maintenant, à sa place – pour me punir d'avoir poussé plus loin une curiosité à laquelle, contrairement à ce que j'avais supposé, la mort n'avait pas mis fin – ce que je trouvais c'était une jeune fille différente, multipliant les mensonges et les tromperies là où l'autre m'avait si doucement rassuré en me jurant n'avoir jamais connu ces plaisirs que, dans l'ivresse de sa liberté reconquise, elle était partie goûter jusqu'à la pâmoison, jusqu'à mordre cette petite blanchisseuse qu'elle retrouvait au soleil levant, sur le bord de la Loire, et à qui elle disait : « Tu me mets aux anges. » Une Albertine différente, non pas seulement dans le sens où nous entendons le mot différent quand il s'agit des autres. Si les autres sont différents de ce que nous avons cru, cette différence ne nous atteignant pas profondément, et le pendule de l'intuition ne pouvant projeter hors de lui qu'une oscillation égale à celle qu'il a exécutée dans le sens intérieur, ce n'est que dans les régions superficielles d'eux-mêmes que nous situons ces différences. Autrefois, quand j'apprenais qu'une femme aimait les femmes, elle ne me paraissait pas pour cela une femme autre, d'une essence particulière. Mais s'il s'agit d'une femme qu'on aime, pour se débarrasser de la douleur qu'on éprouve à l'idée que cela peut être on cherche à savoir non seulement ce qu'elle a fait, mais ce qu'elle ressentait en le faisant, quelle idée elle avait de ce qu'elle faisait ; alors descendant de plus en plus avant, par la profondeur de la douleur, on atteint au mystère, à l'essence. Je souffrais jusqu'au fond de moi-même, jusque dans mon corps, dans mon cœur – bien plus que ne m'eût fait souffrir la peur de perdre la vie – de cette curiosité à laquelle collaboraient toutes les forces de mon intelligence et de mon inconscient ; et ainsi c'est dans les profondeurs mêmes d'Albertine que je projetais maintenant tout ce que j'apprenais d'elle. Et la douleur qu'avait ainsi fait pénétrer en moi, à une telle profondeur, la réalité du vice d'Albertine me rendit bien plus tard un dernier office. Comme le mal que j'avais fait à ma grand'mère, le mal que m'avait fait Albertine fut un dernier lien entre elle et moi et qui survécut même au souvenir, car, avec la conservation d'énergie que possède tout ce qui est physique, la souffrance n'a même pas besoin des leçons de la mémoire. Ainsi un homme qui a oublié les belles nuits passées au clair de lune dans les bois souffre encore des rhumatismes qu'il y a pris. Ces goûts niés par elle et qu'elle avait, ces goûts dont la découverte était venue à moi, non dans un froid raisonnement mais dans la brûlante souffrance ressentie à la lecture de ces mots : « Tu me mets aux anges », souffrance qui leur donnait une particularité qualitative, ces goûts ne s'ajoutaient pas seulement à l'image d'Albertine comme s'ajoute au bernard-l'ermite la coquille nouvelle qu'il traîne après lui, mais bien plutôt comme un sel qui entre en contact avec un autre sel, en change la couleur, bien plus, la nature. Quand la petite blanchisseuse avait dû dire à ses petites amies : « Imaginez-vous, je ne l'aurais pas cru, eh bien, la demoiselle c'en est une aussi », pour moi ce n'était pas seulement un vice d'abord insoupçonné d'elles qu'elles ajoutaient à la personne d'Albertine, mais la découverte qu'elle était une autre personne, une personne comme elles, parlant la même langue, ce qui, en la faisant compatriote d'autres, me la rendait encore plus étrangère à moi, prouvait que ce que j'avais eu d'elle, ce que je portais dans mon cœur, ce n'était qu'un tout petit peu d'elle, et que le reste qui prenait tant d'extension de ne pas être seulement cette chose si mystérieusement importante, un désir individuel, mais de lui être commune avec d'autres, elle me l'avait toujours caché, elle m'en avait tenu à l'écart, comme une femme qui m'eût caché qu'elle était d'un pays ennemi et espionne, et qui même eût agi plus traîtreusement encore qu'une espionne, car celle-ci ne trompe que sur sa nationalité, tandis qu'Albertine c'était sur son humanité la plus profonde, sur ce qu'elle n'appartenait pas à l'humanité commune, mais à une race étrange qui s'y mêle, s'y cache et ne s'y fond jamais. J'avais justement vu deux peintures d'Elstir où dans un paysage touffu il y a des femmes nues. Dans l'une d'elles, l'une des jeunes filles lève le pied comme Albertine devait faire quand elle l'offrait à la blanchisseuse. De l'autre pied elle pousse à l'eau l'autre jeune fille qui gaiement résiste, la cuisse levée, son pied trempant à peine dans l'eau bleue. Je me rappelais maintenant que la levée de la cuisse y faisait le même méandre de cou de cygne avec l'angle du genou, que faisait la chute de la cuisse d'Albertine quand elle était à côté de moi sur le lit, et j'avais voulu souvent lui dire qu'elle me rappelait ces peintures. Mais je ne l'avais pas fait pour ne pas éveiller en elle l'image de corps nus de femmes. Maintenant je la voyais à côté de la blanchisseuse et de ses amies, recomposer le groupe que j'avais tant aimé quand j'étais assis au milieu des amies d'Albertine à Balbec. Et si j'avais été un amateur sensible à la seule beauté j'aurais reconnu qu'Albertine le recomposait mille fois plus beau, maintenant que les éléments en étaient les statues nues de déesses comme celles que les grands sculpteurs éparpillaient à Versailles sous les bosquets ou donnaient dans les bassins à laver et à polir aux caresses du flot. Maintenant je la voyais à côté de la blanchisseuse, jeunes filles au bord de l'eau, dans leur double nudité de marbres féminins, au milieu d'une touffe de végétations et trempant dans l'eau comme des bas-reliefs nautiques. Me souvenant de ce qu'Albertine était sur mon lit, je croyais voir sa cuisse recourbée, je la voyais, c'était un col de cygne, il cherchait la bouche de l'autre jeune fille. Alors je ne voyais même plus une cuisse, mais le col hardi d'un cygne, comme celui qui dans une étude frémissante cherche la bouche d'une Léda qu'on voit dans toute la palpitation spécifique du plaisir féminin, parce qu'il n'y a qu'un cygne et qu'elle semble plus seule, de même qu'on découvre au téléphone les inflexions d'une voix qu'on ne distingue pas tant qu'elle n'est pas dissociée d'un visage où l'on objective son expression. Dans cette étude, le plaisir, au lieu d'aller vers la face qui l'inspire et qui est absente, remplacée par un cygne inerte, se concentre dans celle qui le ressent. Par instant la communication était interrompue entre mon cœur et ma mémoire. Ce qu'Albertine avait fait avec la blanchisseuse ne m'était plus signifié que par des abréviations quasi algébriques qui ne me représentaient plus rien ; mais cent fois par heure le courant interrompu était rétabli, et mon cœur était brûlé sans pitié par un feu d'enfer, tandis que je voyais Albertine ressuscitée par ma jalousie, vraiment vivante, se raidir sous les caresses de la petite blanchisseuse à qui elle disait : « Tu me mets aux anges. » Comme elle était vivante au moment où elle commettait ses fautes, c'est-à-dire au moment où moi-même je me trouvais, il ne me suffisait pas de connaître cette faute, j'aurais voulu qu'elle sût que je la connaissais. Aussi, si dans ces moments-là je regrettais de penser que je ne la reverrais jamais, ce regret portait la marque de ma jalousie et, tout différent du regret déchirant des moments où je l'aimais, n'était que le regret de ne pas pouvoir lui dire : « Tu croyais que je ne saurais jamais ce que tu as fait après m'avoir quitté, eh bien je sais tout, la blanchisseuse au bord de la Loire, tu lui disais : « Tu me mets aux anges », j'ai vu la morsure. » Sans doute je me disais : « Pourquoi me tourmenter ? Celle qui a eu du plaisir avec la blanchisseuse n'est plus rien, donc n'était pas une personne dont les actions gardent de la valeur. Elle ne se dit pas que je sais. Mais elle ne se dit pas non plus que je ne sais pas puisqu'elle ne se dit rien. » Mais ce raisonnement me persuadait moins que la vue de son plaisir qui me ramenait au moment où elle l'avait éprouvé. Ce que nous sentons existe seul pour nous, et nous le projetons dans le passé, dans l'avenir, sans nous laisser arrêter par les barrières fictives de la mort. Si mon regret qu'elle fût morte subissait dans ces moments-là l'influence de ma jalousie et prenait cette forme si particulière, cette influence s'étendait à mes rêves d'occultisme, d'immortalité qui n'étaient qu'un effort pour tâcher de réaliser ce que je désirais. Aussi, à ces moments-là, si j'avais pu réussir à l'évoquer en faisant tourner une table comme autrefois Bergotte croyait que c'était possible, ou à la rencontrer dans l'autre vie comme le pensait l'abbé X., je ne l'aurais souhaité que pour lui répéter : « Je sais pour la blanchisseuse. Tu lui disais : tu me mets aux anges ; j'ai vu la morsure. » Ce qui vint à mon secours contre cette image de la blanchisseuse, ce fut – certes quand elle eut un peu duré – cette image elle-même parce que nous ne connaissons vraiment que ce qui est nouveau, ce qui introduit brusquement dans notre sensibilité un changement de ton qui nous frappe, ce à quoi l'habitude n'a pas encore substitué ses pâles fac-similés. Mais ce fut surtout ce fractionnement d'Albertine en de nombreux fragments, en de nombreuses Albertines, qui était son seul mode d'existence en moi. Des moments revinrent où elle n'avait été que bonne, ou intelligente, ou sérieuse, ou même aimant plus que tout les sports. Et ce fractionnement, n'était-il pas, au fond, juste qu'il me calmât ? Car s'il n'était pas en lui-même quelque chose de réel, s'il tenait à la forme successive des heures où elle m'était apparue, forme qui restait celle de ma mémoire comme la courbure des projections de ma lanterne magique tenait à la courbure des verres colorés, ne représentait-il pas à sa manière une vérité, bien objective celle-là, à savoir que chacun de nous n'est pas un, mais contient de nombreuses personnes qui n'ont pas toutes la même valeur morale, et que, si l'Albertine vicieuse avait existé, cela n'empêchait pas qu'il y en eût eu d'autres, celle qui aimait à causer avec moi de Saint-Simon dans sa chambre ; celle qui, le soir où je lui avais dit qu'il fallait nous séparer, avait dit si tristement : « Ce pianola, cette chambre, penser que je ne reverrai jamais tout cela » et, quand elle avait vu l'émotion que mon mensonge avait fini par me communiquer, s'était écriée avec une pitié si sincère : « Oh ! non, tout plutôt que de vous faire de la peine, c'est entendu, je ne chercherai pas à vous revoir. » Alors je ne fus plus seul ; je sentis disparaître cette cloison qui nous séparait. Du moment que cette Albertine bonne était revenue, j'avais retrouvé la seule personne à qui je pusse demander l'antidote des souffrances qu'Albertine me causait. Certes je désirais toujours lui parler de l'histoire de la blanchisseuse, mais ce n'était plus en manière de cruel triomphe et pour lui montrer méchamment ce que je savais. Comme je l'aurais fait si Albertine avait été vivante, je lui demandai tendrement si l'histoire de la blanchisseuse était vraie. Elle me jura que non, qu'Aimé n'était pas très véridique et que, voulant paraître avoir bien gagné l'argent que je lui avais donné, il n'avait pas voulu revenir bredouille et avait fait dire ce qu'il avait voulu à la blanchisseuse. Sans doute Albertine n'avait cessé de me mentir. Pourtant, dans le flux et le reflux de ses contradictions je sentais qu'il y avait eu une certaine progression à moi due. Qu'elle ne m'eût même pas fait, au début, des confidences (peut-être, il est vrai, involontaires dans une phrase qui échappe) je n'en eusse pas juré. Je ne me rappelais plus. Et puis elle avait de si bizarres façons d'appeler certaines choses que cela pouvait signifier cela ou non, mais le sentiment qu'elle avait eu de ma jalousie l'avait ensuite portée à rétracter avec horreur ce qu'elle avait d'abord complaisamment avoué. D'ailleurs, Albertine n'avait même pas besoin de me dire cela. Pour être persuadé de son innocence il me suffisait de l'embrasser, et je le pouvais maintenant qu'était tombée la cloison qui nous séparait, pareille à celle impalpable et résistante qui après une brouille s'élève entre deux amoureux et contre laquelle se briseraient les baisers. Non, elle n'avait besoin de rien me dire. Quoi qu'elle eût fait, quoi qu'elle eût voulu, la pauvre petite, il y avait des sentiments en lesquels, par-dessus ce qui nous divisait, nous pouvions nous unir. Si l'histoire était vraie, et si Albertine m'avait caché ses goûts, c'était pour ne pas me faire de chagrin. J'eus la douceur de l'entendre dire à cette Albertine-là. D'ailleurs en avais-je jamais connu une autre ? Les deux plus grandes causes d'erreur dans nos rapports avec un autre être sont : avoir soi-même bon cœur, ou bien, cet autre être, l'aimer. On aime sur un sourire, sur un regard, sur une épaule. Cela suffit ; alors, dans les longues heures d'espérance ou de tristesse on fabrique une personne, on compose un caractère. Et quand plus tard on fréquente la personne aimée on ne peut pas plus, devant quelque cruelle réalité qu'on soit placé, ôter ce caractère bon, cette nature de femme nous aimant, à l'être qui a tel regard, telle épaule que nous ne pouvons, quand elle vieillit, ôter son premier visage à une personne que nous connaissons depuis sa jeunesse. J'évoquai le beau regard bon et pitoyable de cette Albertine-là, ses grosses joues, son cou aux larges grains. C'était l'image d'une morte, mais, comme cette morte vivait, il me fut aisé de faire immédiatement ce que j'eusse fait infailliblement si elle avait été auprès de moi de son vivant (ce que je ferais si je devais jamais la retrouver dans une autre vie), je lui pardonnai.

Les instants que j'avais vécus auprès de cette Albertine-là m'étaient si précieux que j'eusse voulu n'en avoir laissé échapper aucun. Or parfois, comme on rattrape les bribes d'une fortune dissipée, j'en retrouvais qui avaient semblé perdus : en nouant un foulard derrière mon cou au lieu de devant, je me rappelai une promenade à laquelle je n'avais jamais repensé et où, pour que l'air froid ne pût venir sur ma gorge, Albertine me l'avait arrangé de cette manière après m'avoir embrassé. Cette promenade si simple, restituée à ma mémoire par un geste si humble, me fit le plaisir de ces objets intimes ayant appartenu à une morte chérie, que nous rapporte la vieille femme de chambre et qui ont tant de prix pour nous ; mon chagrin s'en trouvait enrichi, et d'autant plus que, ce foulard, je n'y avais jamais repensé.

Maintenant Albertine, lâchée de nouveau, avait repris son vol ; des hommes, des femmes la suivaient. Elle vivait en moi. Je me rendais compte que ce grand amour prolongé pour Albertine était comme l'ombre du sentiment que j'avais eu pour elle, en reproduisait les diverses parties et obéissait aux mêmes lois que la réalité sentimentale qu'il reflétait au-delà de la mort. Car je sentais bien que si je pouvais entre mes pensées pour Albertine mettre quelque intervalle, d'autre part, si j'en avais mis trop, je ne l'aurais plus aimée ; elle me fût par cette coupure devenue indifférente, comme me l'était maintenant ma grand'mère. Trop de temps passé sans penser à elle eût rompu dans mon souvenir la continuité, qui est le principe même de la vie, qui pourtant peut se ressaisir après un certain intervalle de temps. N'en avait-il pas été ainsi de mon amour pour Albertine quand elle vivait, lequel avait pu se renouer après un assez long intervalle dans lequel j'étais resté sans penser à elle ? Or mon souvenir devait obéir aux mêmes lois, ne pas pouvoir supporter de plus longs intervalles, car il ne faisait, comme une aurore boréale, que refléter après la mort d'Albertine le sentiment que j'avais eu pour elle, il était comme l'ombre de mon amour.

D'autres fois mon chagrin prenait tant de formes que parfois je ne le reconnaissais plus ; je souhaitais d'avoir un grand amour, je voulais chercher une personne qui vivrait auprès de moi, cela me semblait le signe que je n'aimais plus Albertine quand c'était celui que je l'aimais toujours ; car le besoin d'éprouver un grand amour n'était, tout autant que le désir d'embrasser les grosses joues d'Albertine, qu'une partie de mon regret. C'est quand je l'aurais oubliée que je pourrais trouver plus sage, plus heureux de vivre sans amour. Ainsi le regret d'Albertine, parce que c'était lui qui faisait naître en moi le besoin d'une sœur, le rendait inassouvissable. Et au fur et à mesure que mon regret d'Albertine s'affaiblirait, le besoin d'une sœur, lequel n'était qu'une forme inconsciente de ce regret, deviendrait moins impérieux. Et pourtant ces deux reliquats de mon amour ne suivirent pas dans leur décroissance une marche également rapide. Il y avait des heures où j'étais décidé à me marier, tant le premier subissait une profonde éclipse, le second au contraire gardant une grande force. Et, en revanche, plus tard mes souvenirs jaloux s'étant éteints, tout d'un coup parfois une tendresse me remontait au cœur pour Albertine, et alors, pensant à mes amours pour d'autres femmes, je me disais qu'elle les aurait compris, partagées – et son vice devenait comme une cause d'amour. Parfois ma jalousie renaissait dans des moments où je ne me souvenais plus d'Albertine, bien que ce fût d'elle alors que j'étais jaloux. Je croyais l'être d'Andrée à propos de qui on m'apprit à ce moment-là une aventure qu'elle avait. Mais Andrée n'était pour moi qu'un prête-nom, qu'un chemin de raccord, qu'une prise de courant qui me reliait indirectement à Albertine. C'est ainsi qu'en rêve on donne un autre visage, un autre nom, à une personne sur l'identité profonde de laquelle on ne se trompe pas pourtant. En somme, malgré les flux et les reflux qui contrariaient dans ces cas particuliers cette loi générale, les sentiments que m'avait laissés Albertine eurent plus de peine à mourir que le souvenir de leur cause première. Non seulement les sentiments, mais les sensations. Différent en cela de Swann qui, lorsqu'il avait commencé à ne plus aimer Odette, n'avait même plus pu recréer en lui la sensation de son amour, je me sentais encore revivant un passé qui n'était plus que l'histoire d'un autre ; mon « moi » en quelque sorte mi-partie, tandis que son extrémité supérieure était déjà dure et refroidie, brûlait encore à sa base chaque fois qu'une étincelle y refaisait passer l'ancien courant, même quand depuis longtemps mon esprit avait cessé de concevoir Albertine. Et aucune image d'elle n'accompagnant les palpitations cruelles, les larmes qu'apportait à mes yeux un vent froid soufflant, comme à Balbec, sur les pommiers déjà roses, j'en arrivais à me demander si la renaissance de ma douleur n'était pas due à des causes toutes pathologiques et si ce que je prenais pour la reviviscence d'un souvenir et la dernière période d'un amour n'était pas plutôt le début d'une maladie de cœur.

Il y a, dans certaines affections, des accidents secondaires que le malade est trop porté à confondre avec la maladie elle-même. Quand ils cessent, il est étonné de se trouver moins éloigné de la guérison qu'il n'avait cru. Telle avait été la souffrance causée – la complication amenée – par les lettres d'Aimé relativement à l'établissement de douches et à la petite blanchisseuses. Mais un médecin de l'âme qui m'eût visité eût trouvé que, pour le reste, mon chagrin lui-même allait mieux. Sans doute en moi, comme j'étais un homme, un de ces êtres amphibies qui sont simultanément plongés dans le passé et dans la réalité actuelle, il existait toujours une contradiction entre le souvenir vivant d'Albertine et la connaissance que j'avais de sa mort. Mais cette contradiction était en quelque sorte l'inverse de ce qu'elle était autrefois. L'idée qu'Albertine était morte, cette idée qui, les premiers temps, venait battre si furieusement en moi l'idée qu'elle était vivante, que j'étais obligé de me sauver devant elle comme les enfants à l'arrivée de la vague, cette idée de sa mort, à la faveur même de ces assauts incessants, avait fini par conquérir en moi la place qu'y occupait récemment encore l'idée de sa vie. Sans que je m'en rendisse compte, c'était maintenant cette idée de la mort d'Albertine – non plus le souvenir présent de sa vie – qui faisait pour la plus grande partie le fond de mes inconscientes songeries, de sorte que, si je les interrompais tout à coup pour réfléchir sur moi-même, ce qui me causait de l'étonnement, ce n'était pas, comme les premiers jours, qu'Albertine si vivante en moi pût n'exister plus sur la terre, pût être morte, mais qu'Albertine, qui n'existait plus sur la terre, qui était morte, fût restée si vivante en moi. Maçonné par la contiguïté des souvenirs qui se suivent l'un l'autre, le noir tunnel sous lequel ma pensée rêvassait depuis trop longtemps pour qu'elle prît même plus garde à lui s'interrompait brusquement d'un intervalle de soleil, laissant voir au loin un univers souriant et bleu où Albertine n'était plus qu'un souvenir indifférent et plein de charme. Est-ce celle-là, me disais-je, qui est la vraie, ou bien l'être qui, dans l'obscurité où je roulais depuis si longtemps, me semblait la seule réalité ? Le personnage que j'avais été il y a si peu de temps encore et qui ne vivait que dans la perpétuelle attente du moment où Albertine viendrait lui dire bonsoir et l'embrasser, une sorte de multiplication de moi-même me faisait paraître ce personnage comme n'étant plus qu'une faible partie, à demi dépouillée, de moi, et comme une fleur qui s'entr'ouvre j'éprouvais la fraîcheur rajeunissante d'une exfoliation. Au reste, ces brèves illuminations ne me faisaient peut-être que mieux prendre conscience de mon amour pour Albertine, comme il arrive pour toutes les idées trop constantes, qui ont besoin d'une opposition pour s'affirmer. Ceux qui ont vécu pendant la guerre de 1870, par exemple, disent que l'idée de la guerre avait fini par leur sembler naturelle, non parce qu'ils ne pensaient pas assez à la guerre mais parce qu'ils y pensaient toujours. Et pour comprendre combien c'est un fait étrange et considérable que la guerre, il fallait, quelque chose les arrachant à leur obsession permanente, qu'ils oubliassent un instant que la guerre régnait, se retrouvassent pareils à ce qu'ils étaient quand on était en paix, jusqu'à ce que tout à coup sur le blanc momentané se détachât, enfin distincte, la réalité monstrueuse que depuis longtemps ils avaient cessé de voir, ne voyant pas autre chose qu'elle.

My jealous curiosity as to what Albertine might have done was unbounded. I suborned any number of women from whom I learned nothing. If this curiosity was so keen, it was because people do not die at once for us, they remain bathed in a sort of aura of life in which there is no true immortality but which means that they continue to occupy our thoughts in the same way as when they were alive. It is as though they were travelling abroad. This is a thoroughly pagan survival. Conversely, when we have ceased to love her, the curiosity which the person arouses dies before she herself is dead. Thus I would no longer have taken any step to find out with whom Gilberte had been strolling on a certain evening in the Champs-Elysées. Now I felt that these curiosities were absolutely alike, had no value in themselves, were incapable of lasting, but I continued to sacrifice everything to the cruel satisfaction of this transient curiosity, albeit I knew in advance that my enforced separation from Albertine, by the fact of her death, would lead me to the same indifference as had resulted from my deliberate separation from Gilberte.

If she could have known what was about to happen, she would have stayed with me. But this meant no more than that, once she saw herself dead, she would have preferred, in my company, to remain alive. Simply in view of the contradiction that it implied, such a supposition was absurd. But it was not innocuous, for in imagining how glad Albertine would be, if she could know, if she could retrospectively understand, to come back to me, I saw her before me, I wanted to kiss her; and alas, it was impossible, she would never come back, she was dead. My imagination sought for her in the sky, through the nights on which we had gazed at it when still together; beyond that moonlight which she loved, I tried to raise up to her my affection so that it might be a consolation to her for being no longer alive, and this love for a being so remote was like a religion, my thoughts rose towards her like prayers. Desire is very powerful, it engenders belief; I had believed that Albertine would not leave me because I desired that she might not. Because I desired it, I began to believe that she was not dead; I took to reading books upon table-turning, I began to believe in the possibility of the immortality of the soul. But that did not suffice me. I required that, after my own death, I should find her again in her body, as though eternity were like life. Life, did I say! I was more exacting still. I would have wished not to be deprived for ever by death of the pleasures of which however it is not alone in robbing us. For without her death they would eventually have grown faint, they had begun already to do so by the action of long-established habit, of fresh curiosities. Besides, had she been alive, Albertine, even physically, would gradually have changed, day by day I should have adapted myself to that change. But my memory, calling up only detached moments of her life, asked to see her again as she would already have ceased to be, had she lived; what it required was a miracle which would satisfy the natural and arbitrary limitations of memory which cannot emerge from the past. With the simplicity of the old theologians, I imagined her furnishing me not indeed with the explanations which she might possibly have given me but, by a final contradiction, with those that she had always refused me during her life. And thus, her death being a sort of dream, my love would seem to her an unlooked-for happiness; I saw in death only the convenience and optimism of a solution which simplifies, which arranges everything. Sometimes it was not so far off, it was not in another world that I imagined our reunion. Just as in the past, when I knew Gilberte only from playing with her in the Champs-Elysées, at home in the evening I used to imagine that I was going to receive a letter from her in which she would confess her love for me, that she was coming into the room, so a similar force of desire, no more embarrassed by the laws of nature which ran counter to it than on the former occasion in the case of Gilberte, when after all it had not been mistaken since it had had the last word, made me think now that I was going to receive a message from Albertine, informing me that she had indeed met with an accident while riding, but that for romantic reasons (and as, after all, has sometimes happened with people whom we have long believed to be dead) she had not wished me to hear of her recovery and now, repentant, asked to be allowed to come and live with me for ever. And, making quite clear to myself the nature of certain harmless manias in people who otherwise appear sane, I felt coexisting in myself the certainty that she was dead and the incessant hope that I might see her come into the room,

I had not yet received any news from Aimé, albeit he must by now have reached Balbec. No doubt my inquiry turned upon a secondary point, and one quite arbitrarily selected. If Albertine’s life had been really culpable, it must have contained many other things of far greater importance, which chance had not allowed me to touch, as it had allowed me that conversation about the wrapper, thanks to Albertine’s blushes. It was quite arbitrarily that I had been presented with that particular day, which many years later I was seeking to reconstruct. If Albertine had been a lover of women, there were thousands of other days in her life her employment of which I did not know and about which it might be as interesting for me to learn; I might have sent Aimé to many other places in Balbec, to many other towns than Balbec. But these other days, precisely because I did not know how she had spent them, did not represent themselves to my imagination. They had no existence. Things, people, did not begin to exist for me until they assumed in my imagination an individual existence. If there were thousands of others like them, they became for me representative of all the rest. If I had long felt a desire to know, in the matter of my suspicions with regard to Albertine, what exactly had happened in the baths, it was in the same manner in which, in the matter of my desires for women, and although I knew that there were any number of girls and lady’s-maids who could satisfy them and whom chance might just as easily have led me to hear mentioned, I wished to know — since it was of them that Saint-Loup had spoken to me — the girl who frequented houses of ill fame and Mme. Putbus’s maid. The difficulties which my health, my indecision, my ‘procrastination,’ as M. de Charlus called it, placed in the way of my carrying out any project, had made me put off from day to day, from month to month, from year to year, the elucidation of certain suspicions as also the accomplishment of certain desires. But I kept them in my memory promising myself that I would not forget to learn the truth of them, because they alone obsessed me (since the others had no form in my eyes, did not exist), and also because the very accident that had chosen them out of the surrounding reality gave me a guarantee that it was indeed in them that I should come in contact with a trace of reality, of the true and coveted life.

Besides, from a single fact, if it is certain, can we not, like a scientist making experiments, extract the truth as to all the orders of similar facts? Is not a single little fact, if it is well chosen, sufficient to enable the experimenter to deduce a general law which will make him know the truth as to thousands of analogous facts?

Albertine might indeed exist in my memory only in the state in which she had successively appeared to me in the course of her life, that is to say subdivided according to a series of fractions of time, my mind, reestablishing unity in her, made her a single person, and it was upon this person that I sought to bring a general judgment to bear, to know whether she had lied to me, whether she loved women, whether it was in order to be free to associate with them that she had left me. What the woman in the baths would have to say might perhaps put an end for ever to my doubts as to Albertine’s morals.

My doubts! Alas, I had supposed that it would be immaterial to me, even pleasant, not to see Albertine again, until her departure revealed to me my error. Similarly her death had shewn me how greatly I had been mistaken when I believed that I hoped at times for her death and supposed that it would be my deliverance. So it was that, when I received Aimé‘s letter, I realised that, if I had not until then suffered too painfully from my doubts as to Albertine’s virtue, it was because in reality they were not doubts at all. My happiness, my life required that Albertine should be virtuous, they had laid it down once and for all time that she was. Furnished with this preservative belief, I could without danger allow my mind to play sadly with suppositions to which it gave a form but added no faith. I said to myself, “She is perhaps a woman-lover,” as we say, “I may die to-night”; we say it, but we do not believe it, we make plans for the morrow. This explains why, believing mistakenly that I was uncertain whether Albertine did or did not love women, and believing in consequence that a proof of Albertine’s guilt would not give me anything that I had not already taken into account, I was able to feel before the pictures, insignificant to anyone else, which Aimé‘s letter called up to me, an unexpected anguish, the most painful that I had ever yet felt, and one that formed with those pictures, with the picture, alas! of Albertine herself, a sort of precipitate, as chemists say, in which the whole was invisible and of which the text of Aimé‘s letter, which I isolate in a purely conventional fashion, can give no idea whatsoever, since each of the words that compose it was immediately transformed, coloured for ever by the suffering that it had aroused.

“MONSIEUR,

“Monsieur will kindly forgive me for not having written sooner to Monsieur. The person whom Monsieur instructed me to see had gone away for a few days, and, anxious to justify the confidence which Monsieur had placed in me, I did not wish to return empty-handed. I have just spoken to this person who remembers (Mlle. A.) quite well.” Aimé who possessed certain rudiments of culture meant to italicise Mlle. A. between inverted commas. But when he meant to write inverted commas, he wrote brackets, and when he meant to write something in brackets he put it between inverted commas. Thus it was that Françoise would say that some one stayed in my street meaning that he abode there, and that one could abide for a few minutes, meaning stay, the mistakes of popular speech consisting merely, as often as not, in interchanging — as for that matter the French language has done — terms which in the course of centuries have replaced one another. “According to her the thing that Monsieur supposed is absolutely certain. For one thing, it was she who looked after (Mlle. A.) whenever she came to the baths. (Mlle. A.) came very often to take her bath with a tall woman older than herself, always dressed in grey, whom the bath-woman without knowing her name recognised from having often seen her going after girls. But she took no notice of any of them after she met (Mlle. A.). She and (Mlle. A.) always shut themselves up in the dressing-box, remained there a very long time, and the lady in grey used to give at least 10 francs as a tip to the person to whom I spoke. As this person said to me, you can imagine that if they were just stringing beads, they wouldn’t have given a tip of ten francs. (Mlle. A.) used to come also sometimes with a woman with a very dark skin and long-handled glasses. But (Mlle. A.) came most often with girls younger than herself, especially one with a high complexion. Apart from the lady in grey, the people whom (Mlle. A.) was in the habit of bringing were not from Balbec and must indeed often have come from quite a distance. They never came in together, but (Mlle. A.) would come in, and ask for the door of her box to be left unlocked — as she was expecting a friend, and the person to whom I spoke knew what that meant. This person could not give me any other details, as she does not remember very well, which is easily understood after so long an interval.’ Besides, this person did not try to find out, because she is very discreet and it was to her advantage, for (Mlle. A.) brought her in a lot of money. She was quite sincerely touched to hear that she was dead. It is true that so young it is a great calamity for her and for her friends. I await Monsieur’s orders to know whether I may leave Balbec where I do not think that I can learn anything more. I thank Monsieur again for the little holiday that he has procured me, and which has been very pleasant especially as the weather is as fine as could be. The season promises well for this year. We hope that Monsieur will come and put in a little appearance.

“I can think of nothing else to say that will interest Monsieur.”

To understand how deeply these words penetrated my being, the reader must bear in mind that the questions which I had been asking myself with regard to Albertine were not subordinate, immaterial questions, questions of detail, the only questions as a matter of fact which we ask ourselves about anyone who is not ourselves, whereby we are enabled to proceed, wrapped in an impenetrable thought, through the midst of suffering, falsehood, vice or death. No, in Albertine’s case, they were essential questions: “In her heart of hearts what was she? What were her thoughts? What were her loves? Did she lie to me? Had my life with her been as lamentable as Swann’s life with Odette?” And so the point reached by Aimé‘s reply, even although it was not a general reply — and precisely for that reason — was indeed in Albertine, in myself, the uttermost depths.

At last I saw before my eyes, in that arrival of Albertine at the baths along the narrow lane with the lady in grey, a fragment of that past which seemed to me no less mysterious, no less alarming than I had feared when I imagined it as enclosed in the memory, in the facial expression of Albertine. No doubt anyone but myself might have dismissed as insignificant these details, upon which my inability, now that Albertine was dead, to secure a denial of them from herself, conferred the equivalent of a sort of likelihood. It is indeed probable that for Albertine, even if they had been true, her own misdeeds, if she had admitted them, whether her conscience thought them innocent or reprehensible, whether her sensuality had found them exquisite or distinctly dull, would not have been accompanied by that inexpressible sense of horror from which I was unable to detach them. I myself, with the help of my own love of women, albeit they could not have been the same thing to Albertine, could more or less imagine what she felt. And indeed it was already a first degree of anguish, merely to picture her to myself desiring as I had so often desired, lying to me as I had so often lied to her, preoccupied with one girl or another, putting herself out for her, as I had done for Mlle. de Stermaria and ever so many others, not to mention the peasant girls whom I met on country roads. Yes, all my own desires helped me to understand, to a certain degree, what hers had been; it was by this time an intense anguish in which all my desires, the keener they had been, had changed into torments that were all the more cruel; as though in this algebra of sensibility they reappeared with the same coefficient but with a minus instead of a plus sign. To Albertine, so far as I was capable of judging her by my own standard, her misdeeds, however anxious she might have been to conceal them from me — which made me suppose that she was conscious of her guilt or was afraid of grieving me — her misdeeds because she had planned them to suit her own taste in the clear light of imagination in which desire plays, appeared to her nevertheless as things of the same nature as the rest of life, pleasures for herself which she had not had the courage to deny herself, griefs for me which she had sought to avoid causing me by concealing them, but pleasures and griefs which might be numbered among the other pleasures and griefs of life. But for me, it was from without, without my having been forewarned, without my having been able myself to elaborate them, it was from Aimé‘s letter that there had come to me the visions of Albertine arriving at the baths and preparing her gratuity.

No doubt it was because in that silent and deliberate arrival of Albertine with the woman in grey I read the assignation that they had made, that convention of going to make love in a dressing-box which implied an experience of corruption, the well-concealed organisation of & double life, it was because these images brought me the terrible tidings of Albertine’s guilt that they had immediately caused me a physical grief from which they would never in time to come be detached. But at once my grief had reacted upon them: an objective fact, such as an image, differs according to the internal state in which we approach it. And grief is as potent in altering reality as is drunkenness. Combined with these images, suffering had at once made of them something absolutely different from what might be for anyone else a lady in grey, a gratuity, a bath, the street which had witnessed the deliberate arrival of Albertine with the lady in grey. All these images — escaping from a life of falsehood and misconduct such as I had never conceived — my suffering had immediately altered in their very substance, I did not behold them in the light that illuminates earthly spectacles, they were a fragment of another world, of an unknown and accursed planet, a glimpse of Hell. My Hell was all that Balbec, all those neighbouring villages from which, according to Aimé‘s letter, she frequently collected girls younger than herself whom she took to the baths. That mystery which I had long ago imagined in the country round Balbec and which had been dispelled after I had stayed there, which I had then hoped to grasp again when I knew Albertine because, when I saw her pass me on the beach, when I was mad enough to desire that she might not be virtuous, I thought that she must be its incarnation, how fearfully now everything that related to Balbec was impregnated with it. The names of those stations, Toutainville, Epreville, Parville, grown so familiar, so soothing, when I heard them shouted at night as I returned from the Verdurins’, now that I thought how Albertine had been staying at the last, had gone from there to the second, must often have ridden on her bicycle to the first, they aroused in me an anxiety more cruel than on the first occasion, when I beheld the places with such misgivings, before arriving at a Balbec which I did not yet know. It is one of the faculties of jealousy to reveal to us the extent to which the reality of external facts and the sentiments of the heart are an unknown element which lends itself to endless suppositions. We suppose that we know exactly what things are and what people think, for the simple reason that we do not care about them. But as soon as we feel the desire to know, which the jealous man feels, then it becomes a dizzy kaleidoscope in which we can no longer make out anything. Had Albertine been unfaithful to me? With whom? In what house? Upon what day? The day on which she had said this or that to me? When I remembered that I had in the course of it said this or that? I could not tell. Nor did I know what were her sentiments towards myself, whether they were inspired by financial interest, by affection. And all of a sudden I remembered some trivial incident, for instance that Albertine had wished to go to Saint-Mars le Vêtu, saying that the name interested her, and perhaps simply because she had made the acquaintance of some peasant girl who lived there. But it was nothing that Aimé should have found out all this for me from the woman at the baths, since Albertine must remain eternally unaware that he had informed me, the need to know having always been exceeded, in my love for Albertine, by the need to shew her that I knew; for this abolished between us the partition of different illusions, without having ever had the result of making her love me more, far from it. And now, after she was dead, the second of these needs had been amalgamated with the effect of the first: I tried to picture to myself the conversation in which I would have informed her of what I had learned, as vividly as the conversation in which I would have asked her to tell me what I did not know; that is to say, to see her by my side, to hear her answering me kindly, to see her cheeks become plump again, her eyes shed their malice and assume an air of melancholy; that is to say, to love her still and to forget the fury of my jealousy in the despair of my loneliness. The painful mystery of this impossibility of ever making her know what I had learned and of establishing our relations upon the truth of what I had only just discovered (and would not have been able, perhaps, to discover, but for the fact of her death) substituted its sadness for the more painful mystery of her conduct. What? To have so keenly desired that Albertine should know that I had heard the story of the baths, Albertine who no longer existed! This again was one of the consequences of our utter inability, when we have to consider the matter of death, to picture to ourselves anything but life. Albertine no longer existed. But to me she was the person who had concealed from me that she had assignations with women at Balbec, who imagined that she had succeeded in keeping me in ignorance of them. When we try to consider what happens to us after our own death, is it not still our living self which by mistake we project before us? And is it much more absurd, when all is said, to regret that a woman who no longer exists is unaware that we have learned what she was doing six years ago than to desire that of ourselves, who will be dead, the public shall still speak with approval a century hence? If there is more real foundation in the latter than in the former case, the regrets of my retrospective jealousy proceeded none the less from the same optical error as in other men the desire for posthumous fame. And yet this impression of all the solemn finality that there was in my separation from Albertine, if it had been substituted for a moment for my idea of her misdeeds, only aggravated them by bestowing upon them an irremediable character.

I saw myself astray in life as upon an endless beach where I was alone and, in whatever direction I might turn, would never meet her. Fortunately, I found most appropriately in my memory — as there are always all sorts of things, some noxious, others salutary in that heap from which individual impressions come to light only one by one — I discovered, as a craftsman discovers the material that can serve for what he wishes to make, a speech of my grandmother’s. She had said to me, with reference to an improbable story which the bath-woman had told Mme. de Villeparisis: “She is a woman who must suffer from a disease of mendacity.” This memory was a great comfort to me. What importance could the story have that the woman had told Aimé? Especially as, after all, she had seen nothing. A girl can come and take baths with her friends without having any evil intention. Perhaps for her own glorification the woman had exaggerated the amount of the gratuity. I had indeed heard Françoise maintain once that my aunt Léonie had said in her hearing that she had ‘a million a month to spend,’ which was utter nonsense; another time that she had seen my aunt Léonie give Eulalie four thousand-franc notes, whereas a fifty-franc note folded in four seemed to me scarcely probable. And so I sought — and, in course of time, managed — to rid myself of the painful certainty which I had taken such trouble to acquire, tossed to and fro as I still was between the desire to know and the fear of suffering. Then my affection might revive afresh, but, simultaneously with it, a sorrow at being parted from Albertine, during the course of which I was perhaps even more wretched than in the recent hours when it had been jealousy that tormented me. But my jealousy was suddenly revived, when I thought of Balbec, because of the vision which at once reappeared (and which until then had never made me suffer and indeed appeared one of the most innocuous in my memory) of the dining-room at Balbec in the evening, with, on the other side of the windows, all that populace crowded together in the dusk, as before the luminous glass of an aquarium, producing a contact (of which I had never thought) in their conglomeration, between the fishermen and girls of the lower orders and the young ladies jealous of that splendour new to Balbec, that splendour from which, if not their means, at any rate avarice and tradition debarred their parents, young ladies among whom there had certainly been almost every evening Albertine whom I did not then know and who doubtless used to accost some little girl whom she would meet a few minutes later in the dark, upon the sands, or else in a deserted bathing hut at the foot of the cliff. Then it was my sorrow that revived, I had just heard like a sentence of banishment the sound of the lift which, instead of stopping at my floor, went on higher. And yet the only person from whom I could have hoped for a visit would never come again, she was dead. And in spite of this, when the lift did stop at my floor, my heart throbbed, for an instant I said to myself: “If, after all, it was only a dream! It is perhaps she, she is going to ring the bell, she has come back, Françoise will come in and say with more alarm than anger — for she is even more superstitious than vindictive, and would be less afraid of the living girl than of what she will perhaps take for a ghost —‘Monsieur will never guess who is here.’” I tried not to think of anything, to take up a newspaper. But I found it impossible to read the articles written by men who felt no real grief. Of a trivial song, one of them said: “It moves one to tears,” whereas I myself would have listened to it with joy had Albertine been alive. Another, albeit a great writer, because he had been greeted with cheers when he alighted from a train, said that he had received ‘an unforgettable welcome,’ whereas I, if it had been I who received that welcome, would not have given it even a moment’s thought. And a third assured his readers that, but for its tiresome politics, life in Paris would be ‘altogether delightful’ whereas I knew well that even without politics that life could be nothing but atrocious to me, and would have seemed to me delightful, even with its politics, could I have found Albertine again. The sporting correspondent said (we were in the month of May): “This season of the year is positively painful, let us say rather disastrous, to the true sportsman, for there is nothing, absolutely nothing in the way of game,” and the art critic said of the Salon: “In the face of this method of arranging an exhibition we are overwhelmed by an immense discouragement, by an infinite regret....” If the force of the regret that I was feeling made me regard as untruthful and colourless the expressions of men who had no true happiness or sorrow in their lives, on the other hand the most insignificant lines which could, however, remotely, attach themselves either to Normandy, or to Touraine, or to hydropathic establishments, or to Léa, or to the Princesse de Guermantes, or to love, or to absence, or to infidelity, at once set before my eyes, without my having the time to turn them away from it, the image of Albertine, and my tears started afresh. Besides, in the ordinary course, I could never read these newspapers, for the mere act of opening one of them reminded me at once that I used to open them when Albertine was alive, and that she was alive no longer; I let them drop without having the strength to unfold their pages. Each impression called up an impression that was identical but marred, because there had been cut out of it Albertine’s existence, so that I had never the courage to live to the end these mutilated minutes. Indeed, when, little by little, Albertine ceased to be present in my thoughts and all-powerful over my heart, I was stabbed at once if I had occasion, as in the time when she was there, to go into her room, to grope for the light, to sit down by the pianola. Divided among a number of little household gods, she dwelt for a long time in the flame of the candle, the door-bell, the back of a chair, and other domains more immaterial such as a night of insomnia or the emotion that was caused me by the first visit of a woman who had attracted me. In spite of this the few sentences which I read in the course of a day or which my mind recalled that I had read, often aroused in me a cruel jealousy. To do this, they required not so much to supply me with a valid argument in favour of the immorality of women as to revive an old impression connected with the life of Albertine. Transported then to a forgotten moment, the force of which my habit of thinking of it had not dulled, and in which Albertine was still alive, her misdeeds became more immediate, more painful, more agonising. Then I asked myself whether I could be certain that the bath-woman’s revelations were false. A good way of finding out the truth would be to send Aimé to Touraine, to spend a few days in the neighbourhood of Mme. Bontemps’s villa. If Albertine enjoyed the pleasures which one woman takes with others, if it was in order not to be deprived of them any longer that she had left me, she must, as soon as she was free, have sought to indulge in them and have succeeded, in a district which she knew and to which she would not have chosen to retire had she not expected to find greater facilities there than in my house. No doubt there was nothing extraordinary in the fact that Albertine’s death had so little altered my preoccupations. When our mistress is alive, a great part of the thoughts which form what we call our loves come to us during the hours when she is not by our side. Thus we acquire the habit of having as the object of our meditation an absent person, and one who, even if she remains absent for a few hours only, during those hours is no more than a memory. And so death does not make any great difference. When Aimé returned, I asked him to go down to Châtellerault, and thus not only by my thoughts, my sorrows, the emotion caused me by a name connected, however remotely, with a certain person, but even more by all my actions, by the inquiries that I undertook, by the use that I made of my money, all of which was devoted to the discovery of Albertine’s actions, I may say that throughout this year my life remained filled with love, with a true bond of affection. And she who was its object was a corpse. We say at times that something may survive of a man after his death, if the man was an artist and took a certain amount of pains with his work. It is perhaps in the same way that a sort of cutting taken from one person and grafted on the heart of another continues to carry on its existence, even when the person from whom it had been detached has perished. Aimé established himself in quarters close to Mme. Bontemps’s villa; he made the acquaintance of a maidservant, of a jobmaster from whom Albertine had often hired a carriage by the day. These people had noticed nothing. In a second letter, Aimé informed me that he had learned from a young laundress in the town that Albertine had a peculiar way of gripping her arm when she brought back the clean linen. “But,” she said, “the young lady never did anything more.” I sent Aimé the money that paid for his journey, that paid for the harm which he had done me by his letter, and at the same time I was making an effort to discount it by telling myself that this was a familiarity which gave no proof of any vicious desire when I received a telegram from Aimé: “Have learned most interesting things have abundant proofs letter follows.” On the following day came a letter the envelope of which was enough to make me tremble; I had guessed that it came from Aimé, for everyone, even the humblest of us, has under his control those little familiar spirits at once living and couched in a sort of trance upon the paper, the characters of his handwriting which he alone possesses. “At first the young laundress refused to tell me anything, she assured me that Mlle. Albertine had never done anything more than pinch her arm. But to get her to talk, I took her out to dinner, I made her drink. Then she told me that Mlle. Albertine used often to meet her on the bank of the Loire, when she went to bathe, that Mlle. Albertine who was in the habit of getting up very early to go and bathe was in the habit of meeting her by the water’s edge, at a spot where the trees are so thick that nobody can see you, and besides there is nobody who can see you at that hour in the morning. Then the young laundress brought her friends and they bathed and afterwards, as it was already very hot down here and the sun scorched you even through the trees, they used to lie about on the grass getting dry and playing and caressing each other. The young laundress confessed to me that she loved to amuse herself with her young friends and that seeing Mlle. Albertine was always wriggling against her in her wrapper she made her take it off and used to caress her with her tongue along the throat and arms, even on the soles of her feet which Mlle. Albertine stretched out to her. The laundress undressed too, and they played at pushing each other into the water; after that she told me nothing more, but being entirely at your orders and ready to do anything in the world to please you, I took the young laundress to bed with me. She asked me if I would like her to do to me what she used to do to Mlle. Albertine when she took off her bathing-dress. And she said to me: ‘If you could have seen how she used to quiver, that young lady, she said to me: (oh, it’s just heavenly) and she got so excited that she could not keep from biting me.’ I could still see the marks on the girl’s arms. And I can understand Mlle. Albertine’s pleasure, for the girl is really a very good performer.”

I had indeed suffered at Balbec when Albertine told me of her friendship with Mlle. Vinteuil. But Albertine was there to comfort me. Afterwards when, by my excessive curiosity as to her actions, I had succeeded in making Albertine leave me, when Françoise informed me that she was no longer in the house and I found myself alone, I had suffered more keenly still. But at least the Albertine whom I had loved remained in my heart. Now, in her place — to punish me for having pushed farther a curiosity to which, contrary to what I had supposed, death had not put an end — what I found was a different girl, heaping up lies and deceits one upon another, in the place where the former had so sweetly reassured me by swearing that she had never tasted those pleasures which, in the intoxication of her recaptured liberty, she had gone down to enjoy to the point of swooning, of biting that young laundress whom she used to meet at sunrise on the bank of the Loire, and to whom she used to say: “Oh, it’s just heavenly.” A different Albertine, not only in the sense in which we understand the word different when it is used of other people. If people are different from what we have supposed, as this difference cannot affect us profoundly, as the pendulum of intuition cannot move outward with a greater oscillation than that of its inward movement, it is only in the superficial regions of the people themselves that we place these differences. Formerly, when I learned that a woman loved other women, she did not for that reason seem to me a different woman, of a peculiar essence. But when it is a question of a woman with whom we are in love, in order to rid ourselves of the grief that we feel at the thought that such a thing is possible, we seek to find out not only what she has done, but what she felt while she was doing it, what idea she had in her mind of the thing that she was doing; then descending and advancing farther and farther, by the profundity of our grief we attain to the mystery, to the essence. I was pained internally, in my body, in my heart — far more than I should have been pained by the fear of losing my life — by this curiosity with which all the force of my intellect and of my subconscious self collaborated; and similarly it was into the core of Albertine’s own being that I now projected everything that I learned about her. And the grief that had thus caused to penetrate to so great a depth in my own being the fact of Albertine’s vice, was to render me later on a final service. Like the harm that I had done my grandmother, the harm that Albertine had done me was a last bond between her and myself which outlived memory even, for with the conservation of energy which belongs to everything that is physical, suffering has no need of the lessons of memory. Thus a man who has forgotten the charming night spent by moonlight in the woods, suffers still from the rheumatism which he then contracted. Those tastes which she had denied but which were hers, those tastes the discovery of which had come to me not by a cold process of reasoning but in the burning anguish that I had felt on reading the words: “Oh, it’s just heavenly,” a suffering which gave them a special quality of their own, those tastes were not merely added to the image of Albertine as is added to the hermit-crab the new shell which it drags after it, but, rather, like a salt which comes in contact with another salt, alters its colour, and, what is more, its nature. When the young laundress must have said to her young friends: “Just fancy, I would never have believed it, well, the young lady is one too!” to me it was not merely a vice hitherto unsuspected by them that they added to Albertine’s person, but the discovery that she was another person, a person like themselves, speaking the same language, which, by making her the compatriot of other women, made her even more alien to myself, proved that what I had possessed of her, what I carried in my heart, was only quite a small part of her, and that the rest which was made so extensive by not being merely that thing so mysteriously important, an. individual desire, but being shared with others, she had always concealed from me, she had kept me aloof from it, as a woman might have concealed from me that she was a native of an enemy country and a spy; and would indeed have been acting even more treacherously than a spy, for a spy deceives us only as to her nationality, whereas Albertine had deceived me as to her profoundest humanity, the fact that she did not belong to the ordinary human race, but to an alien race which moves among it, conceals itself among it and never blends with it. I had as it happened seen two paintings by Elstir shewing against a leafy background nude women. In one of them, one of the girls is raising her foot as Albertine must have raised hers when she offered it to the laundress. With her other foot she is pushing into the water the other girl, who gaily resists, her hip bent, her foot barely submerged in the blue water. I remembered now that the raising of the thigh made the same swan’s-neck curve with the angle of the knee that was made by the droop of Albertine’s thigh when she was lying by my side on the bed, and I had often meant to tell her that she reminded me of those paintings. But I had refrained from doing so, in order not to awaken in her mind the image of nude female bodies. Now I saw her, side by side with the laundress and her friends, recomposing the group which I had so admired when I was seated among Albertine’s friends at Balbec. And if I had been an enthusiast sensitive to absolute beauty, I should have recognised that Albertine re-composed it with a thousand times more beauty, now that its elements were the nude statues of goddesses like those which consummate sculptors scattered about the groves of Versailles or plunged in the fountains to be washed and polished by the caresses of their eddies. Now I saw her by the side of the laundress, girls by the water’s edge, in their twofold nudity of marble maidens in the midst of a grove of vegetation and dipping into the water like bas-reliefs of Naiads. Remembering how Albertine looked as she lay upon my bed, I thought I could see her bent hip, I saw it, it was a swan’s neck, it was seeking the lips of the other girl. Then I beheld no longer a leg, but the bold neck of a swan, like that which in a frenzied sketch seeks the lips of a Leda whom we see in all the palpitation peculiar to feminine pleasure, because there is nothing else but a swan, and she seems more alone, just as we discover upon the telephone the inflexions of a voice which we do not distinguish so long as it is not dissociated from a face in which we materialise its expression. In this sketch, the pleasure, instead of going to seek the face which inspires it and which is absent, replaced by a motionless swan, is concentrated in her who feels it. At certain moments the communication was cut between my heart and my memory. What Albertine had done with the laundress was indicated to me now only by almost algebraical abbreviations which no longer meant anything to me; but a hundred times in an hour the interrupted current was restored, and my heart was pitilessly scorched by a fire from hell, while I saw Albertine, raised to life by my jealousy, really alive, stiffen beneath the caresses of the young laundress, to whom she was saying: “Oh, it’s just heavenly.” As she was alive at the moment when she committed her misdeeds, that is to say at the moment at which I myself found myself placed, it was not sufficient to know of the misdeed, I wished her to know that I knew. And so, if at those moments I thought with regret that I should never see her again, this regret bore the stamp of my jealousy, and, very different from the lacerating regret of the moments in which I loved her, was only regret at not being able to say to her: “You thought that I should never know what you did after you left me, well, I know everything, the laundress on the bank of the Loire, you said to her: ‘Oh, it’s just heavenly,’ I have seen the bite.” No doubt I said to myself: “Why torment myself? She who took her pleasure with the laundress no longer exists, and consequently was not a person whose actions retain any importance. She is not telling herself that I know. But no more is she telling herself that I do not know, since she tells herself nothing.” But this line of reasoning convinced me less than the visual image of her pleasure which brought me back to the moment in which she had tasted it. What we feel is the only thing that exists for us, and we project it into the past, into the future, without letting ourselves be stopped by the fictitious barriers of death. If my regret that she was dead was subjected at such moments to the influence of my jealousy and assumed this so peculiar form, that influence extended over my dreams of occultism, of immortality, which were no more than an effort to realise what I desired. And so at those moments if I could have succeeded in evoking her by turning a table as Bergotte had at one time thought possible, or in meeting her in the other life as the Abbé X thought, I would have wished to do so only in order to repeat to her: “I know about the laundress. You said to her: ‘Oh, it’s just heavenly,’ I have seen the bite.” What came to my rescue against this image of the laundress, was — certainly when it had endured for any while — the image itself, because we really know only what is novel, what suddenly introduces into our sensibility a change of tone which strikes us, the things for which habit has not yet substituted its colourless facsimiles. But it was, above all, this subdivision of Albertine in many fragments, in many Albertines, which was her sole mode of existence in me. Moments recurred in which she had merely been good, or intelligent, or serious, or even addicted to nothing but sport. And this subdivision, was it not after all proper that it should soothe me? For if it was not in itself anything real, if it depended upon the successive form of the hours in which it had appeared to me, a form which remained that of my memory as the curve of the projections of my magic lantern depended upon the curve of the coloured slides, did it not represent in its own manner a truth, a thoroughly objective truth too, to wit that each one of us is not a single person, but contains many persons who have not all the same moral value and that if a vicious Albertine had existed, it did not mean that there had not been others, she who enjoyed talking to me about Saint-Simon in her room, she who on the night when I had told her that we must part had said so sadly: “That pianola, this room, to think that I shall never see any of these things again” and, when she saw the emotion which my lie had finally communicated to myself, had exclaimed with a sincere pity: “Oh, no, anything rather than make you unhappy, I promise that I will never try to see you again.” Then I was no longer alone. I felt the wall that separated us vanish. At the moment in which the good Albertine had returned, I had found again the one person from whom I could demand the antidote to the sufferings which Albertine was causing me. True, I still wanted to speak to her about the story of the laundress, but it was no longer by way of a cruel triumph, and to shew her maliciously how much I knew. As I should have done had Albertine been alive, I asked her tenderly whether the tale about the laundress was true. She swore to me that it was not, that Aimé was not truthful and that, wishing to appear to have earned the money which I had given him, he had not liked to return with nothing to shew, and had made the laundress tell him what he wished to hear. No doubt Albertine had been lying to me throughout. And yet in the flux and reflux of her contradictions, I felt that there had been a certain progression due to myself. That she had not indeed made me, at the outset, admissions (perhaps, it is true, involuntary in a phrase that escaped her lips) I would not have sworn. I no longer remembered. And besides she had such odd ways of naming certain things, that they might be interpreted in one sense or the other, but the feeling that she had had of my jealousy had led her afterwards to retract with horror what at first she had complacently admitted. Anyhow, Albertine had no need to tell me this. To be convinced of her innocence it was enough for me to embrace her, and I could do so now that the wall was down which parted us, like that impalpable and resisting wall which after a quarrel rises between two lovers and against which kisses would be shattered. No, she had no need to tell me anything. Whatever she might have done, whatever she might have wished to do, the poor child, there were sentiments in which, over the barrier that divided us, we could be united. If the story was true, and if Albertine had concealed her tastes from me, it was in order not to make me unhappy. I had the pleasure of hearing this Albertine say so. Besides, had I ever known any other? The two chief causes of error in our relations with another person are, having ourselves a good heart, or else being in love with the other person. We fall in love for a smile, a glance, a bare shoulder. That is enough; then, in the long hours of hope or sorrow, we fabricate a person, we compose a character. And when later on we see much of the beloved person, we can no longer, whatever the cruel reality that confronts us, strip off that good character, that nature of a woman who loves us, from the person who bestows that glance, bares that shoulder, than we can when she has grown old eliminate her youthful face from a person whom we have known since her girlhood. I called to mind the noble glance, kind and compassionate, of that Albertine, her plump cheeks, the coarse grain of her throat. It was the image of a dead woman, but, as this dead woman was alive, it was easy for me to do immediately what I should inevitably have done if she had been by my side in her living body (what I should do were I ever to meet her again in another life), I forgave her.

The moments which I had spent with this Albertine were so precious to me that I would not have let any of them escape me. Now, at times, as we recover the remnants of a squandered fortune, I recaptured some of these which I had thought to be lost; as I tied a scarf behind my neck instead of in front, I remembered a drive of which I had never thought again, before which, in order that the cold air might not reach my throat, Albertine had arranged my scarf for me in this way after first kissing me. This simple drive, restored to my memory by so humble a gesture, gave me the same pleasure as the intimate objects once the property of a dead woman who was dear to us which her old servant brings to us and which are so precious to us; my grief found itself enriched by it, all the more so as I had never given another thought to the scarf in question.

And now Albertine, liberated once more, had resumed her flight; men, women followed her. She was alive in me. I became aware that this prolonged adoration of Albertine was like the ghost of the sentiment that I had felt for her, reproduced its various elements and obeyed the same laws as the sentimental reality which it reflected on the farther side of death. For I felt quite sure that if I could place some interval between my thoughts of Albertine, or if, on the other hand, I had allowed too long an interval to elapse, I should cease to love her; a clean cut would have made me unconcerned about her, as I was now about my grandmother. A period of any length spent without thinking of her would have broken in my memory the continuity which is the very principle of life, which however may be resumed after a certain interval of time. Had not this been the case with my love for Albertine when she was alive, a love which had been able to revive after a quite long interval during which I had never given her a thought? Well, my memory must have been obedient to the same laws, have been unable to endure longer intervals, for all that it did was, like an aurora borealis, to reflect after Albertine’s death the sentiment that I had felt for her, it was like the phantom of my love.

At other times my grief assumed so many forms that occasionally I no longer recognised it; I longed to be loved in earnest, decided to seek for a person who would live with me; this seemed to me to be the sign that I no longer loved Albertine, whereas it meant that I loved her still; for the need to be loved in earnest was, just as much as the desire to kiss Albertine’s plump cheeks, merely a part of my regret. It was when I had forgotten her that I might feel it to be wiser, happier to live without love. And so my regret for Albertine, because it was it that aroused in me the need of a sister, made that need insatiable. And in proportion as my regret for Albertine grew fainter, the need of a sister, which was only an unconscious form of that regret, would become less imperious. And yet these two residues of my love did not proceed to shrink at an equal rate. There were hours in which I had made up my mind to marry, so completely had the former been eclipsed, the latter on the contrary retaining its full strength. And then, later on, my jealous memories having died away, suddenly at times a feeling welled up into my heart of affection for Albertine, and then, thinking of my own love affairs with other women, I told myself that she would have understood, would have shared them — and her vice became almost a reason for loving her. At times my jealousy revived in moments when I no longer remembered Albertine, albeit it was of her that I was jealous. I thought that I was jealous of Andrée, of one of whose recent adventures I had just been informed. But Andrée was to me merely a substitute, a bypath, a conduit which brought me indirectly to Albertine. So it is that in our dreams we give a different face, a different name to a person as to whose underlying identity we are not mistaken. When all was said, notwithstanding the flux and reflux which upset in these particular instances the general law, the sentiments that Albertine had left with me were more difficult to extinguish than the memory of their original cause. Not only the sentiments, but the sensations. Different in this respect from Swann who, when he had begun to cease to love Odette, had not even been able to recreate in himself the sensation of his love, I felt myself still reliving a past which was no longer anything more than the history of another person; my ego in a sense cloven in twain, while its upper extremity was already hard and frigid, burned still at its base whenever a spark made the old current pass through it, even after my mind had long ceased to conceive Albertine. And as no image of her accompanied the cruel palpitations, the tears that were brought to my eyes by a cold wind blowing as at Balbec upon the apple trees that were already pink with blossom, I was led to ask myself whether the renewal of my grief was not due to entirely pathological causes and whether what I took to be the revival of a memory and the final period of a state of love was not rather the first stage of heart-disease.

There are in certain affections secondary accidents which the sufferer is too apt to confuse with the malady itself. When they cease, he is surprised to find himself nearer to recovery than he has supposed. Of this sort had been the suffering caused me — the complication brought about — by Aimé‘s letters with regard to the bathing establishment and the young laundress. But a healer of broken hearts, had such a person visited me, would have found that, in other respects, my grief itself was on the way to recovery. No doubt in myself, since I was a man, one of those amphibious creatures who are plunged simultaneously in the past and in the reality of the moment, there still existed a contradiction between the living memory of Albertine and my consciousness of her death. But this contradiction was so to speak the opposite of what it had been before. The idea that Albertine was dead, this idea which at first used to contest so furiously with the idea that she was alive that I was obliged to run away from it as children run away from a breaking wave, this idea of her death, by the very force of its incessant onslaught, had ended by capturing the place in my mind that, a short while ago, was still occupied by the idea of her life. Without my being precisely aware of it, it was now this idea of Albertine’s death — no longer the present memory of her life — that formed the chief subject of my unconscious musings, with the result that if I interrupted them suddenly to reflect upon myself, what surprised me was not, as in earlier days, that Albertine so living in myself could be no longer existent upon the earth, could be dead, but that Albertine, who no longer existed upon the earth, who was dead, should have remained so living in myself. Built up by the contiguity of the memories that followed one another, the black tunnel, in which my thoughts had been straying so long that they had even ceased to be aware of it, was suddenly broken by an interval of sunlight, allowing me to see in the distance a blue and smiling universe in which Albertine was no more than a memory, unimportant and full of charm. Is it this, I asked myself, that is the true Albertine, or is it indeed the person who, in the darkness through which I have so long been rolling, seemed to me the sole reality? The person that I had been so short a time ago, who lived only in the perpetual expectation of the moment when Albertine would come in to bid him good night and to kiss him, a sort of multiplication of myself made this person appear to me as no longer anything more than a feeble part, already half-detached from myself, and like a fading flower I felt the rejuvenating refreshment of an exfoliation. However, these brief illuminations succeeded perhaps only in making me more conscious of my love for Albertine, as happens with every idea that is too constant and has need of opposition to make it affirm itself. People who were alive during the war of 1870, for instance, say that the idea of war ended by seeming to them natural, not because they were not thinking sufficiently of the war, but because they could think of nothing else. And in order to understand how strange and important a fact war is, it was necessary that, some other thing tearing them from their permanent obsession, they should forget for a moment that war was being waged, should find themselves once again as they had been in a state of peace, until all of a sudden upon the momentary blank there stood out at length distinct the monstrous reality which they had long ceased to see, since there had been nothing else visible.